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« Eux, les migrants, ce sont nous, ce sont nos frères et sœurs »

LOUISA GOULIAMAKI / AFP
Des migrants récemment arrivés entrent dans un navire de guerre prévu pour leur hébergement sur le port de Mytilène sur l'île de Lesbos, le 4 mars 2020.

Après l’annonce, le 28 février, par le président turc de l’ouverture de ses frontières vers l’Union européenne, plusieurs milliers de migrants tentent de pénétrer en Grèce. Une situation de tension extrême « qui est la résultante d’une politique européenne migratoire inexistante », selon le père Antoine Paumard, directeur du service jésuite des réfugiés (JRS) en France.

Carrefour de civilisations pendant des siècles, la Grèce se retrouve aujourd’hui, une nouvelle fois, à un carrefour. Après l’annonce le 28 février par le président turc Recep Tayyip Erdogan de l’ouverture de ses frontières vers l’Union européenne, plusieurs milliers de migrants se sont dirigés vers la Grèce, réveillant en Europe le souvenir de la crise migratoire de 2015. Comme il y a cinq ans, la Grèce se trouve une nouvelle fois en première ligne face à cet afflux migratoire.

De quoi parle-t-on ? Distante d’à peine sept kilomètres des côtes turques, l’île grecque de Lesbos a toujours été un point de passage pour les migrants. Mais aujourd’hui, ce sont quelque 13.000 personnes qui espèrent traverser alors que l’île est en passe d’atteindre un point de rupture avec près de 20.000 personnes vivant dans des conditions misérables dans un camp prévu pour 2.600 personnes. En seulement quatre jours, plus de 1.700 migrants ont déjà rejoint les îles de la mer Égée, d’après les chiffres du gouvernement, auxquels s’ajoutent 38.000 migrants déjà présents en Grèce.

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Alors que des images de gardes côtes grecs empêchant les embarcations de migrants d’approcher ont fait la une de médias qui n’ont pas manqué de souligner l’hostilité des Grecs, le père Antoine Paumard, directeur du service jésuite des réfugiés (JRS) en France, y voit surtout une manière de ne pas répéter les erreurs du passé. « Les Grecs ont appris de 2015, ils savent que s’ils acceptent d’accueillir des personnes au niveau de cette frontière, les autres régions ne suivront pas. Et vu le manque de solidarité des pays européens, ceux qui rentrent en Grèce y resteront et le pays ne pourra pas les accueillir dignement », explique-t-il.

« L’utilisation des personnes dans le jeu politique est constante, mais cela n’en demeure pas moins navrant. »

Pourquoi une telle crispation ? L’Union européenne n’a pas manqué de dénoncer le chantage aux migrants d’Erdogan au moment où Ankara réclame un appui occidental en Syrie, pays où la Turquie mène une opération militaire. Si l’Union européenne a dans la foulée adressée un message aux migrants visant à les dissuader de se rendre à la frontière turco-grecque, le procédé employé par le président turc n’en demeure pas moins « abject », assure le père Paumard. « L’utilisation des personnes dans le jeu politique est constante, mais cela n’en demeure pas moins navrant ».

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« L’Union européenne paye l’erreur d’une politique d’externalisation des frontières », reprend-t-il. « Nous avons raté l’intégration des migrants arrivés entre les années 1970 et aujourd’hui car on prend la question des réfugiés comme une question à problèmes. Mais cela n’en est pas nécessairement une ! ». « La situation à la frontière gréco-turque est le résultat de l’absence d’une politique européenne migratoire. Mais ça n’est pas une fatalité, nous avons une nouvelle chance avec ce second rendez-vous ».

« L’éducation, la santé, l’accès à l’emploi, au logement, la simplification des démarches juridiques… sont des problèmes auxquels font face les migrants mais qui agacent aussi profondément les Français », explique le père Paumard. « Pourquoi le fait de voir des réfugiés dans la rue agace-t-il autant ? Parce qu’il y a aussi des Français à la rue ». Citant les propos du Pape, le responsable JRS France assure : « Eux, les migrants, ce sont nous, ce sont nos frères et sœurs. Et consciemment ou inconsciemment, voir cette misère, constater l’absence, parfois, de respect des droits fondamentaux, provoque une sourde colère, un agacement ».

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« Le pape François a choisi comme thème pour la prochaine journée du migrant ‘Contraints de fuir comme Jésus-Christ’ », reprend le père Antoine Paumard. « Je souhaite en ce temps de Carême que chacun prenne le temps d’aller à la rencontre d’un de ces migrants. Avoir une connaissance intérieure du Christ, c’est aussi, pour moi, un appel à ce qu’on connaisse intimement des personnes qui ont vécu l’exil ».