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« Judy » ou l’enchantement d’une star sur le déclin

“Judy” : l’enchantement d’une star sur le déclin
@Imdb

Basé sur l’histoire de l’actrice et chanteuse Judy Garland, ce film du directeur de théâtre anglais Rupert Goold est un moment de grâce, bien que quelque peu amer. Renée Zellweger a reçu l’Oscar et le Golden Globes de la meilleure actrice pour sa performance incroyable dans le rôle de cette ancienne star du « Magicien d’Oz ».

Légende du showbiz depuis son rôle dans Le Magicien d’Oz, Judy Garland remonte sur scène à guichets fermés dans un cabaret londonien. Toujours adulée après trente ans de carrière, elle espère résoudre ses problèmes financiers pour obtenir la garde de ses enfants. Si cette femme déjà mûre a perdu un peu du timbre de sa voix, son charisme, mêlé à sa fragilité, est toujours bien intact. Judy touche le public grâce à son esprit vif, drôle et généreux, alors qu’elle se remémore comment tout a commencé.

Le jeu de Renée Zellweger doit beaucoup à l’émotion et la justesse de Judy Garland, de sa façon de donner une réplique à l’incessante précision des gestes, des expressions et des postures. Le scénario inspiré de la comédie musicale End of the rainbow, signé par le scénariste de The Crown Tom Edge, et la réalisation par le directeur artistique de théâtre ont fait le reste. La dramatisation, les dialogues et les scènes ne sonnent jamais faux, jusqu’à l’utilisation des flashs-back, dont on apprécie la finesse des enchaînements avec le présent. 

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Assurément un grand film sur le déclin d’une chanteuse détruite par l’angoisse et l’exigence d’une vie dévouée à la scène, qui transfigure cette souffrance en charme indescriptible. Nous découvrons l’origine de son mythe. La jeune Frances Ethel Gumm n’existe bientôt plus pour faire place à Judy Garland, l’égérie choisie par Louis B. Mayer, le patron du studio MGM, sur les planches duquel elle passe son adolescence. Les scènes du film reviennent sur la dureté de sa formation de comédienne où les heures de travail ne sont pas comptées, comme sur sa relation singulière de quasi soumission à Louis B. Mayer. 

Des années plus tard, elle est mère et s’est mariée quatre fois. Elle traîne ses deux derniers enfants sur les planches et dans la vie chaotique de sa vie artistique sur le déclin, ce qui lui fera perdre leur garde au profit de leur père. Une déchirure pour elle. Le verdict tombe : elle doit se remettre au travail sérieusement pour continuer à s’occuper d’eux. 

La place du coeur

À Londres, en plein hiver de l’année 1968, le public l’attend de pied ferme. Personne ne l’a oubliée. Diva au coeur tendre, un nouvel homme rentre même dans sa vie. Et si sa voix a perdu de son éclat, sa présence sur scène conquiert toujours l’auditoire. Pourtant, chaque instant trempe dans le drame ; nous ne savons jamais vraiment comment la chanteuse fait pour passer d’un dos voûté, d’une santé fragile à la star qui s’anime avec grâce et vigueur une fois sur scène. Ce secret réside sans doute dans la phrase du Magicien d’Oz : “On ne mesure pas un coeur à ce qu’il donne mais à ce qu’il reçoit”. Et c’est d’ailleurs à cela qu’invite notamment le film : s’interroger sur l’importance du coeur, de la bienveillance, de l’humanité. Car, à quoi tient cette dernière sinon à ce lien qui relie les hommes, une fois dénués des jugements et des masques ? 

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Judy Garland, icône de la comédie musicale américaine, est une étoile déchue et elle n’a peut-être jamais eu autant de grâce. Entre ses frasques sur scène, ses déboires, ses querelles avec la direction du cabaret, ses addictions et ses difficultés matérielles, son regard retient pourtant tout le souffle d’une vie à avoir vécu de l’amour du public. Sa fragilité pèse autant que le poids de son coeur. Et dans ses souvenirs parfois très subsidiaires, la chanteuse laisse transparaître l’envers du décor de sa vie, qui n’a lui-même été que décor. Qui elle est vraiment paraît sans cesse nous échapper, comme si elle était prisonnière de son mythe, lui-même bourreau et substantiel à sa vie. Est-elle avant tout artiste ou mère ? La question demeure en suspens tout au long du film. Rupert Goold a franchi avec brio la frontière entre le théâtre et le cinéma, dans une mise en scène où l’héroïne touche le public réel au-delà de celui du film.

« Judy », de Rupert Goold, avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Michael Gambon, Finn Wittrock, sur un scénario de Tom Edge. En salles le 26 février, 1h58.