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Jacques et Laurence de Bourbon Busset : « L'amour le plus fou est dans le mariage »

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DES COUPLES QUI INSPIRENT (5/5) Rarement deux vies et une œuvre n’auront été aussi intimement mêlées. Si Laurence, pendant près d’un demi-siècle, a inspiré à son mari de magnifiques lignes sur l’amour conjugal, inversement, les réflexions de Jacques ont contribué à faire grandir leur attachement réciproque pour devenir cet « amour fou et durable » dont il fut à la fois le maçon et le chantre.

« Ce qui vous caractérise c’est la coïncidence entre votre vie et votre œuvre, veillez à ce que cette coïncidence ne cesse jamais », avait dit le poète Saint-John Perse au jeune Jacques de Bourbon Busset dans les couloirs du Quai d’Orsay. Un conseil que Jacques de Bourbon Busset appliqua avec talent, et qui fait de ses Journaux de véritables témoignages sur la beauté (et la folie !) du mariage.

« Chroniqueur d’un amour chronique »

« Je ne rougis pas à propos de cette série consacrée à la réussite conjugale, d’être le chroniqueur d’un amour chronique ». C’est ainsi qu’il se définit lors de son élection à l’Académie Française le 4 juin 1981, faisant référence à la vingtaine de livres consacrés à son épouse et à l’amour conjugal. Une vocation d’amant et d’écrivain qu’il embrassa corps et âme, et pour laquelle il abandonna la gloire et les honneurs d’une vie de diplomate. Car avant de se retirer dans son château du Saussay, dans l’Essonne, pour aimer et écrire, ce brillant normalien fut nommé président de la Croix-Rouge française en août 1944 par le général de Gaulle.

« L’amour durable, ce n’est pas l’amour qui se maintient, c’est l’amour qui grandit avec le temps »


En septembre de la même année, il se maria avec Laurence Ballande, surnommée plus tard « le Lion » en raison de son épaisse chevelure, inspiratrice de son œuvre et mère de leurs quatre enfants. Puis il devint chef de cabinet de Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères, avant d’exercer, à partir de 1952, la prestigieuse fonction de directeur des relations culturelles avec l’étranger, « le plus beau poste de l’Administration française », selon lui. Et pourtant, quatre ans après, alors qu’il n’avait que 44 ans, il se retira de la vie publique pour se consacrer à sa famille et à l’écriture. Une « reconversion » totale, définitive, déclenchée par la maladie de sa femme et la peur de la perdre, qu’il raconte dans son premier récit autobiographique Les aveux infidèles (1962). Dès lors, il se voua, tel un moine envers Dieu, à un amour fou, durable et absolu pour Laurence.

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Le pouvoir créateur du temps

Jacques de Bourbon Busset aimait la campagne, la nature et par-dessus tout, les arbres. On doit à cette affection de belles métaphores sur l’amour, mais aussi cette conviction que le temps n’use pas l’amour entre deux êtres mais au contraire le fait grandir, si tant est qu’on y prête attention. « L’amour fou est dans le mariage comme l’arbre est dans la graine », compare-t-il. Un amour appelé à grandir et que les époux Bourbon Busset ont eu à cœur de construire jour après jour malgré les épreuves et les difficultés.

« Nous n’avions pas déclamé des serments romantiques mais nous savions qu’aucune circonstance ne pourrait jamais nous séparer. Bien des fois, nous avons été mis à l’épreuve. Nous en avions longuement parlé et avions réduit l’obstacle à un incident de parcours. Comment expliquer qu’une telle alliance n’ait jamais été dénoncée ? Le sentiment de l’honneur, la volonté, les conditions extérieures y ont été pour peu de choses. Il y avait, à l’origine de notre entêtement la conviction que notre entente pouvait prendre appui sur le temps pour le vaincre et en faire un ami » (Lettre à Laurence, 1987).

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Le mariage, une fugue à deux voix

Grand amateur de musique classique, et du Magnificat de Bach notamment, dont il dit qu’il est impossible « qu’une telle musique ne rende pas meilleurs et plus forts ceux qui I’entendent », Jacques de Bourbon Busset compare le mariage à une « Fugue à deux voix », titre qu’il donna d’ailleurs à l’un de ses ouvrages, paru en 1959. Le mariage est dépeint non pas comme la fusion de deux êtres mais comme une union au sein de laquelle les deux époux se répondent et s’enrichissent mutuellement, comme « une alliance qui différencie sans séparer et unit sans confondre ».

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Il en a fait l’expérience avec Laurence : le mariage n’est pas le lieu de la fusion amoureuse, mais du respect de l’altérité. Et cette distance nécessaire entre les époux est le meilleur moyen pour faire grandir l’autre. Lorsqu’il se heurte à ce mystère insondable que demeure l’autre, il évoque ces « barrières invisibles qui séparent impitoyablement les êtres », cette distance infranchissable qui fait de l’autre un étranger. Cependant, progressivement, les époux apprennent à faire avec, à accepter la distance, et même d’en comprendre la beauté. C’est en effet en respectant la part intime, cachée de l’autre, que l’on rend, selon lui, les âmes meilleures.

« Ce qui était difficile à expliquer et que nous avions du mal à nous expliquer nous-mêmes, c’était la nécessité d’une distance à conserver. Chaque être humain est dépositaire de quelque chose qui le dépasse, qui n’est pas vraiment de lui. Cette force ne peut être impunément exposée au grand jour. C’est une essence d’ombre qui supporte mal la lumière crue. Ce qui est le plus intime doit être protégé. Ce n’est pas un trésor, c’est beaucoup plus, c’est le ressort intérieur et il importe de le ménager chez l’autre comme chez soi. Aussi convient-il, entre amants, d’user de discrétion, de savoir renoncer à certaines questions et de respecter certains silences. Il importe de laisser croître la part cachée qui est sans doute la meilleure. Le moment viendra où elle brûlera du désir de s’exprimer et de communiquer avec la meilleure part de l’autre. Cette meilleure part, il est impossible sous peine de ne pas savoir de quoi on parle de ne pas l’appeler l’âme. » (Lettre à Laurence, 1987)

Le mariage comme voie d’accès à Dieu

« L’amour le plus fou est dans le mariage car un mariage vrai ose affirmer devant Dieu et devant les hommes que vivre, c’est avant tout, aider cet autre à vivre », affirme Jacques dans un recueil de textes intitulé Apologie du mariage (1981). Le mariage devient ainsi la promesse d’un amour fou, dynamique, absolu, pour tous les couples qui décident de rester unis pour le meilleur et pour le pire. Il est cet engagement à « aider l’autre à vivre », à s’épanouir, à devenir meilleur. C’est en cela que le mariage peut être considéré comme une voie d’accès à Dieu : un chemin, à notre niveau, pour rejoindre le Christ. « Le geste de serrer contre soi un peu de chair étrangère est dérisoire, et pourtant qu’y a-t-il de plus vrai ? Et si cette pauvre mimique était le seul moyen à notre portée d’étreindre ce qui n’est pas nous, de nous suspendre à la nacelle du monde pour être entraînés à Dieu vat ? »

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