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Non, le christianisme n’a pas détruit l’eros

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« Dieu est amour », première encyclique du pontificat de Benoît XVI, débute par un lumineux rééquilibrage de la vieille opposition entre amour sensuel et amour divin. Le pape émérite nous libère dans ce texte d’une lutte stérile entre la chair et l’esprit, l’éros et l’agapè. Un précieux héritage.

Quand il était sur le trône de Pierre, Benoît XVI n’avait n’a pas peur de poser les questions qui fâchent : « Le christianisme a-t-il véritablement détruit l’éros ? » lance-t-il dans Deus caritas est (Dieu est amour), la première encyclique de son pontificat (2005-2013). Et de souligner que le mot est absent du Nouveau Testament et n’apparaît que deux fois dans l’Ancien. Aurait-il été absorbé par l’amour agapè, l’amour oblatif, l’amour divin, la charité ? Qu’en reste-t-il alors ?

L’amour agapè dont Dieu aime l’homme n’est pas dénué d’éros. Pas au sens d’une ivresse indisciplinée, mais comme l’amour passionné d’un époux pour son épouse, jusqu’à mourir pour elle. « L’éros de Dieu pour l’homme est, en même temps, totalement agapè. » Il offre un amour de gratuité et de pardon. C’est à ce niveau de noblesse que l’homme est appelé à vivre l’amour éros. « Ce n’est pas le refus de l’éros, mais sa guérison en vue de sa vraie grandeur. »

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Un amour exclusif et définitif

Le pape mentionne deux conditions pour que l’éros se hisse à la hauteur de l’agapè, pour que la chair reste unie à l’esprit : son caractère exclusif : « cette personne seulement », et son caractère définitif : « pour toujours ». L’éros relie des personnes humaines. La dignité de ces personnes a ses exigences. L’amour érotique en dehors d’un lien exclusif et définitif est un amour encore indéterminé, encore en recherche, appelé à mûrir. L’amour éros accède à l’agapè quand il accepte d’être une « véritable découverte de l’autre », « un soin de l’autre et pour l’autre », et non plus simplement la recherche égoïste d’une « immersion dans l’ivresse du bonheur ».

Indissociables corps et âme

Évacuer l’éros au nom de Dieu n’aurait aucun sens. Cela reviendrait à renier la manière dont Dieu a voulu créer chaque être humain, inséparablement corps et âme. Cela ferait exploser notre propre identité humaine, d’homme et de femme. Cela ôterait son sens au fait que Dieu ait pris un corps. Cela introduirait une contradiction dans la manière d’aimer de Dieu. Cela serait méconnaître Dieu.

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« Selon une orientation qui a son origine dans la création, l’éros renvoie l’homme au mariage, à un lien caractérisé par l’unicité et le définitif. » Des mots d’une brûlante actualité, qui redisent à quel point le christianisme cherche à élever l’éros, à lui donner sa vraie dimension, plutôt qu’à le détruire. Merci, Benoît XVI.

Sophie Lutz