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Lyon : la parole se libère, le débat reste entier

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Samedi 6 avril, après la projection du film Grâce à Dieu au cinéma de quartier Bellecombe à Lyon, un débat a été organisé en présence du Père Yves Baumgarten, remplaçant temporaire du Cardinal Barbarin, François Devaux, président de la Parole Libérée et le réalisateur du film François Ozon, venu tout spécialement pour l’occasion. La salle nombreuse a pu longuement exprimer les doutes et les colères qui traversent les catholiques lyonnais.

La salle était archi pleine, ce samedi 6 avril pour voir le film de François Ozon, Grâce à Dieu, qui retrace le parcours des membres de la Parole Libérée, victimes du Père Preynat. « Nos 279 places ont été vendues essentiellement en prévente le matin même », explique l’une des trente bénévoles de ce cinéma de quartier, qui s’étonne encore de la facilité avec laquelle le débat s’est organisé. « Quand nous avons décidé de programmer le film, nous en avons parlé au curé du quartier en lui proposant de venir ensuite discuter avec les spectateurs. Il a transmis l’information au diocèse et assez vite le père Baumgarten a répondu qu’il viendrait et souhaiterait que quelqu’un du film soit présent. Après quelques échanges de mails, nous avons appris avec surprise que François Ozon lui-même se déplacerait ainsi que des membres de la Parole libérée ». Une organisation rapide donc pour un débat inédit qui était très attendu de part et d’autre.

Une expérience assez redoutable

François Ozon se dit ravi de l’initiative du diocèse comme du succès du film, pourtant long de 2h20 ! « On sent que les catholiques s’en emparent. Beaucoup de débats sont organisés partout en France, grâce à ce film qui va arriver au million de spectateurs ». Le président de la Parole libérée François Devaux est allé chercher le réalisateur à la gare, et arrive pour le débat avec sa femme et ses trois filles. Il n’a pas souhaité revoir une troisième fois le film. « C’est difficile de voir sa vie à l’écran, compliqué à gérer », reconnaît-il. Ce qui n’empêche pas l’homme de prendre ensuite le micro avec vigueur et de bousculer le Père Yves Baumgarten qui représente l’institution à laquelle il en veut tant. Quant au remplaçant temporaire du Cardinal Barbarin, c’est la deuxième fois qu’il voit le film. Et il avoue que c’est encore plus difficile. « J’ai pris conscience des erreurs humaines de mon Eglise. On n’a pas su faire, on n’a pas compris. Ce film, c’est tout ce qu’on n’a pas vu, toutes les souffrances de l’autre partie. Intérieurement, c’est une expérience assez redoutable », confesse-t-il.

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François Ozon revient ensuite sur le télescopage des dates. D’après lui, ce n’était pas volontaire. « Ce film a été tourné en février 2018 et en général, un film sort un an après soit en février 2019. C’est la justice française qui a modifié ses dates et ses reports de procès, pas nous ! ». « Et puis franchement, si vous connaissez l’affaire, vous n’apprenez rien dans ce film mais découvrez en revanche la vie des victimes » ajoute-t-il. Et pourquoi ne pas avoir changé tous les noms ? Le réalisateur là encore a sa réponse. « De toutes les façons, tout le monde les aurait reconnus et je n’allais pas jouer sur les syllabes ! En revanche pour les victimes, j’ai pensé à leurs enfants et j’ai changé les noms de famille, pas les prénoms. »

Double incompréhension dans la salle

Place aux questions de la salle, entre applaudissements et exaspérations. Dans l’ensemble, l’assemblée est grisonnante, plutôt catholique mais très remontée contre une double incompréhension : l’appel de la condamnation fait par le Cardinal Barbarin et le refus de sa démission par le Pape.  « Il n’aurait jamais dû faire appel mais accepter cette décision courageusement, pour l’Eglise ! », estime une quinquagénaire. « Même si le Pape refuse, il aurait dû partir quand même », ajoute une autre. Timidement, le père Baumgarten rappelle qu’il ne faut pas rejeter la faute sur un seul homme. « C’est un peu trop simple, nous avons tous notre part de responsabilité. La faute est collégiale et collective. Arrêtons de personnaliser le débat, revenons à la pratique même de l’Evangile, mettons la vérité dans nos vies ».

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Un discours qui agace assez vite François Devaux.  « 50 ans que l’Eglise est au courant du cas Preynat, il n’y a pas qu’une faute c’est de la malveillance, on veut une indemnisation des victimes ! » s’énerve –t-il. « Je frappe aux portes, des évêques de France, du Pape, personne ne nous reçoit ! ». L’homme en colère concèdera au cours du débat : « on a ouvert la boîte de pandore, je suis dans mon rôle quand j’attaque et je bouscule ».

« Il faut que cela change »

François Ozon, plus discret pendant le débat, essentiellement entre chrétiens qui ont besoin de s’exprimer, constate néanmoins « la communauté catholique s’est emparée du sujet et je pense que le changement ne viendra pas du haut mais des fidèles ». Plusieurs personnes dans la salle confirment ce sentiment, notamment des femmes qui demandent plus de place dans l’église et la fin du cléricalisme. « Il faut que cela change dans le quotidien de nos paroisses ! ». Un quadragénaire ajoute «  Comment trouver la bonne démarche quand, encore dimanche dernier pendant la messe, on nous demande de prier pour l’église victime des scandales alors qu’elle n’est quand même pas la première victime ! Ne nous trompons pas ! ». Une autre de préciser « on est choqué car dans cette histoire on ne reconnaît pas l’idéal de notre église ». Beaucoup remercient le réalisateur et la Parole Libérée pour leurs actions de lanceurs d’alertes qui donnent également du courage à tous ceux qui veulent des changements en interne. « Ce film, c’est finalement une chance pour l’Eglise, je suis dans l’espérance », précise une psychologue à la retraite.

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Quant aux quelques contradicteurs, ils se font rapidement éconduire par François Devaux qui reste surtout un homme en colère contre le système. A la question, « n’en voulez-vous pas à Preynat surtout, et au fait qu’il ne soit toujours pas en prison ? », étonnamment il répond calmement par la négative. «  Il a reconnu les faits, il a avoué, c’est un pauvre type et je ne me bats plus pour mon cas personnel. J’ai été bien entouré par mes parents. En revanche, je suis furieux contre le  système qui a protégé cet homme ! Plus jamais ça ». Dans la salle, sont également assis deux autres membres de la Parole Libérée, Alexandre Hezez, qui prendra un instant la parole, et Pierre-Emmanuel Germain-Thill avec sa mère (interprétée par Josiane Balasko dans le film). Après presque deux heures de ce débat cathartique, il est temps de conclure, si tant est que cela soit possible tant les attentes sont nombreuses.

Des statistiques pour protéger les mineurs

« Ma démarche devra être moins militante et moins colérique », concède François Devaux. Il faut se tourner vers le futur et surtout la prévention. Or les membres de la Parole Libérée ont découvert, à leur grand étonnement, qu’il n’existe en France aucun chiffre, aucune statistique, concernant la pédophilie qui sévit pourtant dans tous les milieux, tous les corps constitués, à commencer par les familles elles-mêmes. « On a les chiffres de la sécurité routière et des morts sur la route, mais absolument rien sur les enfants abusés ! s’étonne encore François Devaux. « Comment alors permettre au législateur d’avancer et de faire des lois adaptés à la protection des mineurs ? »

Voilà donc le nouveau combat de l’association qui élargit son champ d’action et lance un grand travail d’enquête et de recherches afin d’établir des statistiques fiables et précises. « Je pense que nous avons acquis la légitimité nécessaire pour ce travail et pour devenir ainsi un référent officiel et reconnu », conclut-il sous les applaudissements de la salle, vidée après ce débat nécessaire mais loin d’être clos.

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