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Matera, la Jérusalem italienne

Barbara Divry
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Connue pour ses habitations et ses églises troglodytiques classées à l’Unesco, Matera (Italie) a été désignée Capitale Européenne de la Culture pour 2019. Une occasion rêvée pour découvrir les trésors de cette noble cité perdue dans la région de Basilicate que d’aucun appelle Surnommée la « Jérusalem de l’Ouest ».

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Émergeant de la brume matinale, le campanile de la cathédrale de Matera se distingue à peine au sommet de l’enchevêtrement de toits et de ruelles aux tons ocres. Il est 10 heures et le tintement des cloches résonne dans les quartiers des Sassi. C’est ce paysage hors du temps qui a inspiré Pasolini dans son Évangile selon saint Matthieu et plus récemment Mel Gibson pour son film la Passion du Christ.

© Barbara Divry
Les Sassi de Matera classés à l'Unesco depuis 1993.

Une histoire vieille comme le monde

Ville parmi les plus ancienne du monde, Matera n’a pas le passé aussi prestigieux qu’Alep ou Jéricho. Mais elle a la chance d’avoir été habitée sans interruption depuis le néolithique. Nichée au creux d’un amphithéâtre naturel presque invisible du ciel, la cité est protégée depuis la nuit des temps. Deux atouts pour la conservation de ses églises rupestres. Percées à flanc de falaises, les grottes de la ville furent longtemps occupées par des moines ermites qui ne tardent pas à les nommer « Sassi » (les noyaux en italien). Des petits monastères creusés à la main par des moines byzantins dès le VIIe siècles aux belles façades romanes construites par les Normands au XIIIe siècles, les Sassi de Matera (correspondant au quartier de Barisano et de Caveoso) sont en réalité un enchevêtrement de styles religieux.

À Matera, 150 églises sont recensées. Mais seulement une dizaine se visite. Les horaires sont soumis au bon vouloir du prêtre ou de l’association qui les gèrent ! Quant au monastère de Saint-Antoine, il est encore fermé pour travaux. Au hasard des chemins, il n’est pas rare de découvrir une chapelle creusée dans le tuf. Celle de Sainte-Barbara est  perchée sur un promontoire rocheux à l’extrémité Sud de la vieille ville. De ce côté des Sassi, la vue sur la cathédrale est encore plus impressionnante. Les ruelles sont moins fréquentées et les habitations troglodytiques n’ont pas été restaurées car la ville veut en faire une zone protégée. L’arrivée des touristes depuis 1993, date de son classement par l’Unesco, a changé la physionomie de la ville et des grottes comme celle de la Cava Civita se sont transformées en hôtel de luxe. Dans l’ancien monastère de la Madonna delle Virtu et San Nicolas del Greci, des expositions sont organisées. Actuellement des sculptures de Dali sont exposées au milieu de fresques remarquables datant du Xe et XIe siècles.

© Barbara Divry
En 2019, les églises de Madonna delle Virtu et San Nicola dei Greci consacrent une exposition à Salvator Dali.

Des églises rupestres à la crypte du péché originel

Au cœur du quartier troglodytique de Sasso Caveoso, impossible d’ignorer l’éperon rocheux flanqué d’une croix au sommet. Il est devenu un repère pour les touristes égarés dans cet imbroglio de ruelles. À l’intérieur de ce rocher, l’entrée discrète de l’église Santa Maria de Idris ne laisse pas présager de la qualité des fresques bibliques. L’église a été accolée et reliée par un passage souterrain à l’église San Giovanni in Monterrone creusée au Xe siècles par des moines byzantins. À notre plus grande surprise, plusieurs styles se superposent et forment un patchwork artistique singulier où apparaissent les symboles de l’Annonciation et ceux d’un christ Pantocrator. Chaque image aussi naïve soit-elle intrigue par la justesse de ses traits et la douceur de ses couleurs. L’art rupestre de Matera s’adressait aux bergers qui venaient faire paître leurs troupeaux sur les plateaux des Murge de l’autre côté de la rivière.

Comme dans la plupart des églises troglodytiques de Matera, les fresques de l’église Santa Lucia alle Malve dans le quartier de Casalnuovo sont particulièrement émouvantes. Après quelques secondes d’adaptation à l’obscurité, le visage de la vierge allaitant et celle de l’archange Saint Michel apparaissent comme par enchantement. Dans cette première église bénédictine de type basilical habitée et transformée en maison (les autorités italiennes décidèrent de reloger les habitants dans la ville nouvelle en 1952) il règne un certain mystère. Au registre des cryptes à visiter dans la région, celle du péché originel surnommée « la chapelle Sixtine des peintures rupestres » est étonnante. Cinq cent ans avant Giotto, un moine byzantin artiste et poète a imaginé des fresques d’une grande modernité couvrant le fond des niches avec des motifs de roses. Trois absides laissent entrevoir tour à tour par un savant jeux de lumières la Vierge Marie habillée comme une reine flanquée de trois apôtres et de trois archanges. Sur le mur de droite, des scènes de la création et du péché originel illustrent avec une certaine naïveté le livre de la Genèse. Un magnifique témoignage de cet art agro-pastoral oublié de tous.

© Ludovic Maisant
Dans la crypte du péché originel, les trois apôtres sont entourés de roses

Matera, capitale culturelle 2019

Pour la deuxième fois de sa longue histoire, Matera est sous les feux de la rampe et cette fois-ci ce n’est pas pour dénoncer les conditions de vie difficiles dans les Sassi comme Carlo Levi l’a si bien écrit dans « le Christ s’est arrêté à Eboli » mais plutôt pour faire revivre une cité millénaire du sud de l’Italie. La région, la ville et la communauté européenne ont opté pour 1500 événements tout au long de l’année avec en exergue quatre expositions retraçant l’évolution de l’art rupestre vers l’art contemporain. Aussi mystérieuse que séduisante, la ville de Matera intrigue particulièrement par le contraste qui existe entre cette superposition de grottes et de cryptes couvertes de fresques antiques et la présence d’une ville haute émaillée d’églises baroques et de palais classiques.

Cette « ville dans la ville » jouxtant les anciens quartiers des Sassi est aujourd’hui le cadre de nombreuses créations locales. De la piazza Vittorio Veneto, au Palazzotto del Casale en passant par l’église du purgatoire et le palais Viceconte, la ville va vivre une année de festivités comme à la grande époque de la conquête normande, date à laquelle les façades romanes sont venues embellir les églises rupestres. Sur les cinq nouveaux itinéraires indiqués dans les rues par de petits panneaux de couleurs, des drapeaux « Open Future » aux couleurs de Matera 2019 signalent chaque événement culturel.  Un plongeon insolite dans le temps.

Découvrez les merveilles de Matera en cliquant sur le diaporama :

Pour des informations sur la région : www.basilicatatourisme.com

Pour rejoindre Matera, l’aéroport de Bari est le plus proche. Il est à 1h15 de route de Matera. Vol direct depuis Beauvais avec Ryanair à partir de 40€ A/R

Les maisons du voyage proposent une échappée de 8 jours dans les Pouilles et la région de Basilicata.

Les agences Art & Vie proposent pour les groupes 2 jours à Matera dans le cadre d’un séjour de 8 jours dans le Sud de l’Italie.

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