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La belle-famille : cadeau ou fardeau ?

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Une belle-famille est un cadeau ! Malgré ce qu’en disent les humoristes, l’opinion populaire ou encore votre voisine... Comme un cadeau tombé du ciel, le jour de votre mariage, ne le négligeons pas et apprenons à aimer ces « belles »-personnes que Dieu a placées sur notre route, tout en veillant à ce que ce cadeau ne devienne pas un fardeau pour le couple.

Nul besoin d’avoir fait de longues études syntaxiques pour remarquer que dans le mot “belle-famille”, il y a “belle”. Au Moyen-Âge, l’usage de “beau” ou de “belle” devant un lien de parenté est une preuve d’affection. Saint Louis, dans son testament spirituel à son fils Philippe III le Hardi, commence ainsi : « Biau filz, la premiere chose que je t’enseigne, c’est que tu mettes ton cuer en amer Die », c’est-à-dire : « Beau fils, la première chose que je t’enseigne, c’est que tu mettes ton cœur à aimer Dieu ». Cet usage chaleureux, au fil des siècles, s’est étendu aux liens de parenté par alliance. Il est amusant de constater que, malgré la mauvaise réputation que revêt parfois la belle-famille, ou encore pire, la belle-mère, dans l’imagerie populaire, les mots eux-mêmes invitent à des relations cordiales avec la famille de « l’autre ».

En ayant façonné ainsi le terme de « belle-famille », la langue française semble saluer et encourager une attitude affectueuse vis-à-vis de la famille de son conjoint. (Bien plus que la langue anglaise qui ne souligne que l’aspect légal par les mots « in-laws » !) Alors pourquoi ne pas se laisser porter par les mots, et apprendre à aimer sa belle-mère, son beau-père, ses beaux-frères et belles-sœurs, que le mariage a placés sur notre route ?

Une belle-famille est un cadeau pour son couple, pour soi, pour ses enfants : ne la négligeons pas !

Vos beaux-parents sont trop loin pour garder vos enfants le week-end, ils n’ont pas de villa au bord de la mer, votre belle-mère ne vous fournit pas en confiture, et en plus, vous êtes vraiment très différents, vous n’avez rien à vous dire et êtes mal à l’aise avec eux… Vous allez me rétorquer que, dans ce cas, vous ne voyez pas du tout en quoi votre belle-famille est un cadeau ! Et pourtant si.

Pour son couple. Une belle-famille, justement parce qu’elle est différente de la vôtre, est en soi un bien inestimable. Le mariage est le choc de deux cultures, plus ou moins éloignées, que ce soit socialement, financièrement, géographiquement, ou dans la manière de vivre… Ce sont de ces différences que peuvent naître des incompréhensions, des frictions, des tensions…, mais ce sont aussi grâce à elles que le couple va pouvoir se construire, en piochant ici ou là des coutumes familiales, ou bien en rejetant d’autres formes d’héritage. On ne sort pas de nulle part, chaque personne est conditionnée par son éducation, son enfance, son environnement familial, nul ne peut le gommer. En revanche, être adulte, c’est retenir de ce conditionnement ce qui est bon pour soi et pour son couple. La belle-famille est la gardienne du trésor familial de votre conjoint, et représente un nouveau monde de possibles, grâce auquel le couple peut créer son propre univers et cultiver les valeurs qui lui sont chères. Et il y a forcément du bon là-dedans, sinon vous n’auriez pas choisi d’épouser le fils ou la fille !

Pour soi. Connaître sa belle-famille, c’est connaître le maillon de la chaîne qui a fait de son conjoint ce qu’il est. Par conséquent, c’est comprendre mieux son mari ou sa femme ! Et comprendre mieux son conjoint, c’est l’aimer mieux. Rien que pour ça, la belle-famille vaut le détour ! Connaître sa belle-famille, c’est aussi élargir le cercle de ses proches, de ceux sur lesquels on peut compter.

Pour ses enfants. Côtoyer sa belle-famille, c’est offrir à ses enfants l’immense privilège de savoir d’où ils viennent, et la chance d’établir des relations particulières avec leurs grands-parents, des souvenirs avec des cousins, des liens affectifs avec des oncles et tantes…

Comment veiller à ce que le cadeau ne devienne pas un fardeau ?

« Vous ne pouvez pas acheter là ! Ce quartier est très laid ! », « A dimanche prochain, hein ?! », « On aurait dû écouter ma mère et la mettre dans le privé ! »

Ingérence, critiques, rituels sacralisés et répétitifs, manipulation, indifférence, possessivité… Les écueils dans lesquels peuvent tomber les relations entre le couple et une belle-famille peuvent être graves et mettre en danger le couple lui-même. D’où la nécessité de trouver la bonne distance, et d’apprendre à communiquer clairement, tout en délicatesse.

Trouver la bonne distance. De tout temps, l’homme est tiraillé entre deux commandements bibliques : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair » (Genèse, 2, 24), et « Honore ton père et ta mère » (Deutéronome, 5, 16). Dieu merci, ces deux exigences sont compatibles, car couper le cordon ne signifie pas couper les ponts ! Entre les deux, il y a une foule de possibilités pour trouver sa juste place, et définir des relations saines et équilibrées qui correspondent aux désirs de chacun. Il est important de ne pas perdre de vue que le couple est primordial.

Apprendre à communiquer. La communication avec sa belle-famille est délicate. D’abord parce que ce sont deux tribus différentes, qui ne se comprennent pas d’emblée : l’intérêt peut être interprété comme de l’ingérence, et la discrétion comme de l’indifférence. Ensuite parce qu’il s’agit de faire passer un message, tout en sauvegardant l’entente familiale. Pour cela, 4 clés : éviter tous reproches et accusations, dire les choses de façon constructive et positive, utiliser l’humour, et surtout, prendre du recul. Votre belle-mère souligne votre manque d’organisation, ou votre manque de savoir-faire culinaire ? Dédramatisez ! Ne culpabilisez pas (vous savez faire d’autres choses !), ne lui renvoyez pas un cinglant (et sanglant) : « Vous vous êtes vue ?! », mais répondez-lui que oui, vous êtes très mal organisée, oui, vous ne savez pas faire la cuisine, mais que vous et votre famille êtes très heureux ainsi.

Lorsque les relations sont compliquées, engager sa volonté d’aimer et apprendre à pardonner.

Parfois, les situations sont telles qu’il peut paraître impossible d’aimer, ou seulement de côtoyer, un membre de sa belle-famille. Cela peut être une belle-sœur maladivement jalouse qui envoie des piques à longueur de journée, une belle-mère qui n’adresse pas la parole à sa belle-fille et fait comme si elle n’existait pas, un beau-père tout à coup envahissant et possessif depuis qu’il est veuf,… Dans ces cas-là, votre chemin de sainteté est tout tracé ! Il ne vous reste plus qu’à comprendre et à accepter les méandres psychologiques qui amènent des personnes à avoir des comportements inadaptés, méchants, ou agressifs, et à pardonner…

Catherine, jeune grand-mère aujourd’hui, peut témoigner d’un comportement que l’on peut qualifier d’héroïque, qui l’a amené à s’occuper de sa belle-mère alors que cette dernière ne lui avait pas adressé la parole les 20 premières années de son mariage, à cause de son origine sociale. Catherine affirme : « Je ne me suis jamais laissée démonter par son silence. J’ai toujours continué à lui rendre visite avec mon mari. J’ai beaucoup prié pour elle. Au bout de 20 ans, elle m’a demandé pardon. Et j’ai pardonné bien sûr ! Cela faisait tellement longtemps que j’espérais ! ».

L’histoire de Catherine conforte l’idée que les relations familiales n’évoluent pas nécessairement dans le mauvais sens. Avec le temps, et une bonne dose d’humilité, de bienveillance et de patience, il arrive que les liens familiaux se tissent, ou se retissent, et redeviennent le cadeau qui nous est offert le jour de notre mariage !

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