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Les secrets de la vraie bière d’abbaye

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Pourquoi les moines sont-ils de si bons brasseurs ? Tout simplement pour respecter la règle de Saint Benoit, qui leur demande d’offrir l’hospitalité à qui la demande et de travailler pour vivre...

Les amateurs de bière peuvent en témoigner : les meilleures bières du monde sont souvent brassées dans des abbayes. Mais pourquoi un tel savoir-faire ? Tout simplement à cause de la tradition d’hospitalité imposée par la règle de Saint Benoit datant du VIe siècle, qui dicte aux moines l’obligation d’offrir le gîte et le couvert aux voyageurs et aux pèlerins. La bière devint alors un symbole clé de leur hospitalité, tout en constituant une source de revenus pour leur communauté.

La bière, un breuvage bon pour la santé

C’est à Charlemagne que l’on doit le développement de cette production de bière dans les abbayes, car il exigea que le brassage soit confié à des experts et que chaque monastère soit pourvu d’une brasserie. C’est ainsi que les moines s’emploieront à développer les techniques et les recettes brassicoles, en particulier en ajoutant du houblon pour ses propriétés aromatiques, antibactériennes et conservatrices. Ainsi, au Moyen-âge, boire de la bière évitait d’attraper certaines maladies comme la peste, car l’eau du brassin portée à ébullition avait été débarrassée des microbes.

L’impact de la Révolution dans les brasseries

Au fil des siècles, et suite à la Révolution française, l’activité brassicole a disparu des abbayes françaises, la plupart des moines ayant quitté le pays. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que le brassage reprenne progressivement dans certaines abbayes belges. Puis au cours du XXe siècle, certains religieux confièrent la production à des brasseurs extérieurs qui fabriquèrent la bière sous licence. Et certaines n’ont plus qu’un très lointain rapport avec une abbaye… C’est pourquoi un label (Bière d’abbaye certifiée) a été créé pour les produits issus d’un réel partenariat entre un monastère et une brasserie laïque.

Focus sur les bières trappistes

Aujourd’hui, les derniers monastères qui brassent sont tous trappistes, des Cisterciens de la stricte observance, réforme mise en place au XVIIème siècle. Le brassage se déroule dans l’abbaye, sous le contrôle des moines, parfois assistés de laïcs et les bières qu’ils produisent arborent le logo “Authentic trappist product”. Il n’existe aujourd’hui plus que neuf bières trappistes, Chimay, Orval, Rochefort, Westvleteren, Westmalle, Achel en Belgique, Koningshoeven aux Pays-Bas, Engelszell en Autriche et la Mont des Cats en France, mais cette dernière n’a pas le droit de porter le logo “Authentic trappist product”, car elle est brassée en Belgique par la brasserie de Chimay.

La “Saint-Wandrille”, une bière d’abbaye française

Bonne nouvelle, depuis décembre 2016, l’abbaye bénédictine de Saint-Wandrille de Fontenelle en Seine-Maritime a repris la tradition de brasserie monastique. Auparavant, pour faire vivre la communauté, ils fabriquaient de la cire. Puis, ils se sont spécialisés dans l’archivage électronique. Mais ne pouvant pas suivre l’évolution technologique, les moines de Saint-Wandrille ont cherché un nouveau moyen de gagner leur vie… et l’idée de la fabrication d’une bière a germé. Deux moines sont allés se former au lycée agricole Biotech’ de Douai avant de se lancer dans l’aventure. Fin 2015, l’abbaye s’est équipée en vue de produire 80 000 bouteilles par an et depuis fin 2016, les premières bouteilles sont commercialisées…

La “Saint Wandrille” est une bière artisanale blonde, tirant sur l’ambrée, une bière de caractère assez épicée mais ronde et rafraichissante, titrant 6,5°, élaborée au monastère et produite exclusivement avec des céréales et du houblon cultivés en France. Les revenus qu’elle engendrera vont permettre la réfection d’une aile de l’abbaye, menacée d’effondrement, l’ouverture d’une nouvelle hôtellerie pour des retraitants de plus en plus nombreux, la consolidation des ruines de l’ancienne abbatiale et la restauration du cloître gothique. Sur une porte de ce dernier, une frise représente une feuille de… houblon, prouve que la bière s’inscrivait déjà dans l’histoire de l’abbaye de Saint-Wandrille !

La bière “Saint-Wandrille” est disponible à la boutique de l’abbaye. Bouteilles de 50 cl, au prix de 4,50 € l’unité, par internet ou encore par l’intermédiaire de quelques cavistes et épiceries fines, comme le Comptoir des Abbayes à Paris. En savoir plus : Abbaye Saint-Wandrille, 2, rue saint Jacques, 76490 Saint Wandrille-Rançon, tel : 02 35 96 23 11, https://www.st-wandrille.com/fr

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