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Le FN perd son vice-président, le PS perd son siège historique, la CGT perd son pari

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Le départ de Florian Philippot symbolise la crise du Front national, la mise en vente de l’immeuble de la rue de Solférino symbolise celle du PS. Quant à la CGT, elle échoue à mobiliser contre la loi Travail.

« Marine Le Pen “respecte” la “décision” de Florian Philippot de quitter le Front national, mais elle a dénoncé jeudi une stratégie de “victimisation” et de “montée des tensions” de la part de son ex-vice-président » rapporte Europe 1 (21 septembre). « Le FN se remettra sans difficulté », a-t-elle ajouté lors de cette intervention à Questions d’info LCP-AFP-Le Monde-Franceinfo.

« Après des mois de crises larvées, Florian Philippot a finalement claqué jeudi matin la porte du FN, explique Le Parisien. Une annonce faite après la décision de Marine le Pen — qui lui demandait depuis deux semaines de renoncer à la présidence de son association les Patriotes — de le démettre de ses fonctions de responsable de la communication et de la stratégie du parti. » « On m’a dit que j’étais vice-président à rien (…) donc bien sûr je quitte le Front national », a déclaré l’ex-n°2 sur France 2.

Un nouveau symptôme de la crise d’identité du FN

« En l’espace de cinq mois, le FN a ainsi perdu deux têtes d’affiche, Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot » souligne Le Parisien. Et maintenant, que va faire l’ancien vice-président ? « Son association les Patriotes pourrait se transformer en parti politique : “On verra ce qu’il en est, c’est encore un peu tôt”, précise l’eurodéputée Sophie Montel, qui rend elle aussi sa carte. Les élus régionaux proches de Philippot dans l’Est devraient constituer un groupe sous cette appellation. Quant à l’intéressé, il continuera de siéger au Parlement européen, mais comme non inscrit, sur le même banc que… Jean-Marie le Pen, dont il avait largement contribué à l’éviction ! » Ces deux très proches de Marine Le Pen sont devenus des pestiférés pour des raisons politiques contraires. Quant à Marion Maréchal-Le Pen, elle a quitté la vie politique pour se consacrer à sa famille et élargir son horizon professionnel mais aussi pour échapper à la dyarchie de sa tante et de Florian Philippot. Quoi qu’il en soit, ce nouveau départ est bien le signe de « la crise d’identité traversée par le parti — qui a lancé sa rénovation en vue de son congrès début 2018 ».

Dans son « contrepoint » du Figaro, Guillaume Tabard estime que Florian Philippot paie l’échec d’une campagne [présidentielle] qu’il a totalement inspirée » alors qu’il était « à la fois mentor, conseiller, coach et mauvais génie de la présidente du parti. (…) Pour retrouver pareille rupture politique et personnelle, il faut remonter quarante ans en arrière avec le divorce au RPR entre Jacques Chirac et Marie-France Garaud, lui aussi provoqué par une défaite électorale — les européennes de 1979. » Reste à savoir si Marine Le Pen sortira « affaiblie ou libérée par cette rupture » qu’elle a qualifiée elle-même de « gâchis » au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV.

« Pour nombre de cadres frontistes, la question de la sortie de l’euro est à l’origine de l’échec de la présidentielle » rapporte RFI. « Une idée que Florian Philippot ne cessait de défendre depuis des années. Or, le séminaire organisé en juillet par le parti a tranché la question. Le retour à la souveraineté monétaire n’est désormais plus une priorité pour le Front national. Un changement de pied qui a considérablement affaibli la position de Florian Philippot en interne. Les tenants de la ligne identitaire ont alors fait pression ces derniers jours sur une Marine Le Pen fragilisée par le débat de l’entre-deux tours de la présidentielle pour qu’elle le pousse à claquer la porte. C’est donc aujourd’hui clairement une victoire pour eux. » Une victoire à la Pyrrhus ?

« Ce départ est “une victoire très précaire” pour Marine Le Pen”, explique l’historien Nicolas Lebourg, sur le site de L’Obs. « “Elle ne fait que gagner du temps.” Si la dirigeante a vu partir ces derniers mois du FN les deux personnalités qui lui faisaient de l’ombre, Marion Maréchal-Le Pen, puis Florian Philippot, elle n’a pas réglé les questions de fond posées par son échec à la présidentielle. Depuis la présidentielle, elle a utilisé ce dernier comme une victime expiatoire. Elle en a fait un bouc émissaire en rejetant la responsabilité de la défaite sur lui plutôt que de mener une vraie réflexion sur ses propres responsabilités et celle, collective, du FN. Elle coupe une tête plutôt que de se pencher sur les causes structurelles de son échec. »

Le PS contraint de vendre son siège de la rue de Solférino

Trop chic et surtout trop cher ! « Le Bureau national du Parti socialiste va officiellement annoncer ce mardi soir la vente de son siège parisien, situé rue de Solférino, au cœur du cossu VIIe arrondissement de Paris » rapporte Libération (19 septembre). C’est une des conséquences de l’« état catastrophique » des finances du parti « après la claque de la présidentielle ». Ainsi se soldent « trente-sept ans de vie politique dans cet hôtel particulier de la rive gauche, entre la Seine et le boulevard Saint-Germain ». Une vente « hautement symbolique » juge Libération : « En 1980, c’était François Mitterrand qui avait installé le parti à un jet de pierre de l’Assemblée nationale et d’une grande partie des ministères ».

« Pourquoi diable quitter le voluptueux VIIe arrondissement ? » feint de s’interroger Gilles Debernardi dans son billet du Dauphiné (21 septembre). « Pour “se rapprocher des couches populaires” osent soutenir quelques jeunes élus, idéalistes ou hypocrites. Personne n’y croit, même pas Stéphane Le Foll : “À ce rythme, pour se rapprocher des couches rurales, on s’installera bientôt dans la Creuse !” De Paris à Guéret, autant dire de Charybde en Sylla. Si les socialistes, la mort dans l’âme, vendent leur siège de la rue de Solférino, c’est uniquement pour des raisons financières. Une série de revers électoraux, ponctués par la rouste du candidat Hamon, a vidé les caisses. La dotation de l’État rapetisse, le nombre d’adhérents aussi. Le budget grandiose devient riquiqui, un déménagement s’impose vers des quartiers plus modestes. La symbolique aidant, les militants pourraient y voir le signe d’un inexorable déclin. Mais non, plaie d’argent n’est pas mortelle. (…) La grandeur d’un parti ne se mesure pas à la taille de ses locaux mais à l’impact de ses idées. »

« Un parti politique est mort quand il n’arrive plus à ancrer son existence dans la topographie parisienne » semble lui répondre Eric Zemmour dans sa chronique de RTL : « On ne dira plus “la rue de Solferino” comme on ne dit plus depuis longtemps “la place du colonel Fabien” ou “la rue de Valois” ou “la rue de Lille” (…). Le Parti communiste, le Parti radical, le parti gaulliste sont morts même si certains croient encore parler en leur nom (…) le Parti socialiste est entré en agonie en 1983, lorsqu’il s’est soumis à la doxa libérale au nom de l’Europe ».

La CGT peine à mobiliser contre la loi Travail

Décidément, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! « Le nombre de manifestants dans la capitale était en baisse lors de cette deuxième manifestation contre la réforme du Code du travail… » relève 20 minutes. À Paris comme en province… « “La loi Macron, c’est pour les patrons !” Les slogans n’avaient guère changé depuis la semaine dernière mais ils étaient moins nombreux à les scander à Paris, Marseille ou Rennes, jeudi 21 septembre » confirme Le Monde. « Dans la capitale, de 16 000 à 55 000 personnes, selon les sources, ont marché de Montparnasse à place d’Italie. Un défilé où les chasubles syndicales étaient plus visibles que les pancartes d’anonymes. “Oui, il y a moins de monde que le 12 septembre, convient Christophe Poilly, de la CGT Energie 91. Même pour nous, militants, c’est compliqué de remobiliser en aussi peu de temps. On le savait mais ce n’est pas un échec, le rapport de force monte quand même.” À la veille de la présentation des ordonnances en conseil des ministres, la CGT espérait maintenir la pression et, au minimum, rééditer ce qu’elle avait réussi à réaliser le 12 septembre… » — et ce n’était déjà pas un raz-de-marée. Résultat sans surprise pour Le Point : « Car sur le plan aussi bien politique que militant, la CGT est particulièrement affaiblie. Les mouvements d’extrême gauche et une défiance persistante envers les syndicats plombent l’organisation de Montreuil. Les derniers résultats aux élections professionnelles montrent une envie de changement : les syndicats de débat, et non de combat, sont de plus en plus plébiscités dans les entreprises, et même dans les instances parapubliques. »

Il n’empêche que semaine après semaine, le gouvernement est « confronté à une fronde protéiforme qui menace de s’envenimer ». Et c’est Mélenchon qui compte bien mener le bal, rapporte le Huffington Post : « Au-delà de la participation du jour, le front anti-Macron mise surtout sur la répétition et la diversification des actions contre la réforme du code du travail pour faire plier l’exécutif. Tandis qu’Emmanuel Macron signera ce vendredi les fameuses ordonnances instaurant, notamment, le plafonnement des dommages et intérêts prud’hommaux, son gouvernement s’apprête à faire face à une déferlante de blocages et de mouvements hostiles. Le premier intervient ce samedi avec la grande marche organisée par la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. “Ce n’est que le début”, a prévenu le député des Bouches-du-Rhône, présent ce jeudi dans le cortège parisien. (…) “Pour l’instant, chaque mobilisation nourrit l’autre”, prédit Jean-Luc Mélenchon, convaincu que, sous la pression de “la démocratie de la rue”, le président de la République sera contraint de réévaluer la situation”.

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