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Ouragan et nouveaux avis de tempête

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Quel rapport entre les dévastations d’Irma, les manifestations contre la loi travail et la PMA pour toutes ? L’art d’essuyer les tempêtes… ou de les susciter.

Ouragan, cyclone ou typhon ? C’est la même chose sous différents noms selon l’endroit : ouragan en Atlantique nord et Pacifique nord, cyclone dans l’océan Indien et le Pacifique sud, typhon dans le Pacifique nord. Et ça secoue autant ! Les habitants de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy peuvent en témoigner : ils ne s’en sont d’ailleurs pas privés lorsque le président Macron leur a rendu visite.

« La population se sent abandonnée »

« Après le passage d’Irma, l’île de Saint-Martin est ravagée et la population se sent abandonnée » rapporte Paris Match qui publie des photos saisissantes du désastre. Décombres, baies explosées, toitures envolées, voitures et bateaux enchevêtrés, un voilier échoué dans un cimetière… L’île entière a été soufflée par des rafales dépassant 340 km/h. Ni la préfecture, ni les grands hôtels n’ont résisté. Ces bâtiments-là seront sûrement reconstruits, mais « d’innombrables habitations, restaurants, bars et hôtels situés à moins de 50 mètres de la mer, ne sont pas assurés » s’inquiète Match. « Sur les 38 000 habitants de la partie française de Saint-Martin, 20 000 sont sans toit. »

Annick Girardin, ministre de l’Outre-Mer, a beau inviter à la « prudence » sur LCI, les rumeurs sur le nombre de victimes (officiellement onze morts dans la partie française de Saint-Martin et quatre dans la partie néerlandaise) seront difficiles à éteindre : « Ici, les clandestins, très nombreux, ne comptent pas ». Les pillards, eux, ont agi au vu et su de tout le monde, y compris d’Annick Girardin qui s’était rendue sur place. « Certains ont “fracassé” les bâtiments des douanes et se sont servis “dans le proche dépôt d’armes” », assure un policier au reporter de Match. « “Ils ont défoncé mon entrepôt, se lamente le patron de Tout à louer. Pour piquer des groupes électrogènes, des scieuses diverses, des pompes à eau.” Ailleurs, c’étaient des télés, du matériel hi-fi, des vêtements, et même des planches à repasser. Ils ont aussi raflé tout Metro, en trois heures, “devant trois pauvres gendarmes qui veillaient… mais à ce qu’il n’y ait pas de bagarres entre eux !” se scandalisent plusieurs témoins. » Côté sécurité, pas de véritable anticipation du chaos : « Vingt gendarmes sont arrivés en renfort, avant Irma, pour parer aux pillages, s’énerve le gradé. Ils étaient débordés. » Pour ne pas être rançonnés, les habitants s’étaient armés et barricadés.

Et maintenant ? « Toutes les familles sont inquiètes. Elles jugent que côté secours, en métropole, il y a eu un léger retard à l’allumage. » Une Saint-Martinoise ne s’est pas privée de le dire à Emmanuel Macron venu à la rencontre de la population mardi 12 septembre. Ce fut « un échange musclé » rapporte Le Point : « “Vous êtes sur une tour d’ivoire et vous descendez de temps en temps (…) j’avais besoin de vous le dire entre quatre yeux” a lancé au chef de l’État cette résidente de Grand-Case. “Je suis là pour ça aussi”, lui a répondu Emmanuel Macron (…) » Mais il a ajouté : « Notre pays a connu parfois bien pire, on l’a oublié », en évoquant la catastrophe du barrage de Malpasset, dont la rupture avait dévasté Fréjus (Var) en 1959, causant la mort de plus de 400 personnes ». Pas sûr que cette référence historique soit de nature à apaiser les colères.

« L’avenir de l’île est déjà là »

Pourtant, comme à son habitude, Emmanuel Macron a soigné « la com », souligne Ouest-France : « L’entourage du président s’est montré bavard pour distiller les détails de la visite d’Emmanuel Macron sur l’île sinistrée de Saint-Martin, après le passage de l’ouragan Irma. Patrouille avec les gendarmes, lit de camp, toilette au seau : le chef de l’État a dit qu’il vivrait “comme les habitants”. Certains observateurs n’hésitent pas à parler d’un “coup de communication”. » Lui-même a insisté là-dessus en conférence de presse. De plus, « comme à son habitude, le Président français n’a pas manqué d’irriguer les réseaux sociaux depuis son arrivée sur l’île de Saint-Martin. À l’image de ce cliché posté sur Twitter où il est en compagnie d’une petite fille, avec la légende : “L’avenir de l’île est déjà là” ».

En fait de communication, à Saint-Martin, « le black-out a fait disjoncter l’État » juge Libération : «Un black-out total. Insupportable à l’heure de l’information immédiate. (…) La radio, sur laquelle les habitants de ces zones soumises aux tempêtes tropicales ont l’habitude de basculer en cas de crise, n’a pas pu jouer son rôle de trait d’union entre les autorités et les sinistrés. (…) Juste après le passage de l’ouragan, les habitants ont été livrés à eux-mêmes pendant plusieurs heures, renforçant le sentiment d’abandon et alimentant les rumeurs. Une problématique que n’avait pas anticipée l’exécutif. » Et ce n’est pas l’affirmation par Emmanuel Macron que la France était en train d’organiser « le plus grand pont aérien depuis la Seconde Guerre mondiale », qui pouvait apaiser les esprits dans une société traumatisée par la violence inouïe de l’ouragan mais aussi « fracturée » entre très riches et pauvres et entre noirs et blancs. À Saint-Martin plus qu’ailleurs dans les Antilles, « le melting-pot a échoué ».

Plutôt que de revenir en boucle sur le réchauffement climatique, les dirigeants devraient se pencher sur la dimension sociale de l’ouragan Irma, estime Fabrice de Chanceuil, fonctionnaire spécialisé dans les domaines de l’environnement et de la mer sur le site Écologie Humaine : « Les scènes de pillage qui ont suivi et prolongé la catastrophe sont à rechercher dans la situation économique des îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, tournées vers un tourisme au luxe ostentatoire rendant encore plus scandaleuse la pauvreté d’une partie totalement marginalisée de la population. »

Les « fainéants » n’ont pas déferlé

Malgré le renfort inespéré que leur avait offert l’accusation de « fainéants » lancée par Emmanuel Macron le 8 septembre, lors de son déplacement en Grèce, les manifestations de la CGT du 12 septembre contre les ordonnances réformant le code du travail n’avaient rien d’un tsunami. Le renfort de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui manifestait à Marseille, n’a pas suffi à provoquer un séisme. Échec logique, estime Slate : « La gauche s’était défaite au long des douze manifestations du printemps 2016, se déchirant sur la loi El Khomri du précédent quinquennat, et si l’histoire, ici aussi, ne repassait pas les plats, trop de signes, dans la rue, sur les banderoles, venaient rappeler que les premières lois Travail avaient tenu bon, qu’elles étaient appliquées, et que le nouveau quinquennat estimait, du coup, avoir les coudées franches pour continuer. (…) Par leur jusqu’-au-boutisme, le camp protestataire, le gauchisme de rue, avaient simplement contribué à faire disparaître la gauche de gouvernement de la scène politique.» C’est Mélenchon qui veut remplir l’espace libre à gauche. Dans une longue interview à Marianne, le chef de La France insoumise se présente comme le seul « recours du pays face au chaos libéral » et au « libéralisme autoritaire ». « Avec Emmanuel Macron, nous avons une pure créature du système néolibéral. Un concentré de Blair et de Thatcher », affirme-t-il.

L’hubris de la PMA pour toutes

Plus que dans la loi travail, le vrai bouleversement n’est-il pas dans l’annonce de la PMA pour toutes par la secrétaire aux droits des femmes Marlène Schiappa ? C’était une promesse du candidat Macron validée depuis par le Comité consultatif national d’éthique. Pour Diane de Bourguesdon, consultante et ex-candidate PCD aux législatives qui s’exprime dans Le Figaro, cette validation par le CCNE de la PMA sans père est « le symptôme d’une époque à l’hubris [l’orgueil, la démesure] de plus en plus déréglé, qui ne cesse de mettre en danger la liberté des plus faibles pour assouvir le désir de toute puissance des plus forts. »

C’est la suite logique d’un engrenage enclenché avec le PACS, dénonce Eric Zemmour dans sa chronique de RTL (14 septembre) : « Quand elle a fait voter le PACS, Elisabeth Guigou a promis qu’il n’y aurait pas de mariage homosexuel. (…) Quand il a imposé le mariage dit pour tous, François Hollande a promis la main sur le cœur : “La PMA, jamais !” Quand il a promis pendant sa campagne la PMA pour toutes, Emmanuel Macron a répété : “La GPA, jamais !” Quand le prochain autorisera la GPA, il dira : “La GPA payante, jamais !” (…) On connaît donc la suite (…) : au nom de l’égalité entre les enfants, on aura le remboursement par la sécurité sociale, les pauvres par leur cotisation payeront les caprices des riches. La sécurité sociale garantira les profits faramineux des grands laboratoires et des médecins spécialistes de ces opérations. »

« On l’oublie un peu vite mais l’Agence de Biomédecine est très critique sur cet élargissement » rappelle Antoine Pasquier sur Twitter, en renvoyant à cet article paru cet été dans Famille Chrétienne : « En avril 2013, le conseil d’orientation de cet organisme public chargé d’assurer le suivi de l’assistance médicale à la procréation en France avait rendu un avis très critique sur l’ouverture de l’AMP aux couples de femmes. (…) Ses membres s’inquiètent tout particulièrement du rôle auquel les médecins seraient alors assignés. “Ceux-ci pourraient se percevoir, face à ses nouvelles indications, comme de simples prestataires de services” (…). Sans être spécialisée sur les questions de filiation, le conseil d’orientation (…) met en garde contre les conséquences d’une telle ouverture pour l’enfant. “La reconnaissance d’une double filiation maternelle ou parentale aboutirait à une dissociation complète des fondements biologique et juridique de la filiation d’origine”, souligne l’avis. Une partie des membres du conseil estime plus que préoccupante l’idée d’institutionnaliser l’absence du “Il conviendrait de s’interroger sur l’existence d’un risque d’accréditer l’idée que la présence d’un père ne serait pas utile, à contre-courant des efforts faits pour préserver, y compris en cas de séparation des parents, le rôle tant du père que de la mère dans l’éducation de l’enfant”. En outre, avertissaient-ils, cette ouverture de l’AMP serait “susceptible de renforcer les revendications relatives à la gestation pour autrui” ».

Beaucoup de responsables politiques de droite partageaient alors un tel avis. Mais pour nombre d’entre eux aujourd’hui, qu’ils soient ou non « en marche », c’était avant…

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