Aleteia

Et si on pleurait un “bon coup” pour aller mieux ?

© Shutterstock
Share
Comment

Une bonne crise de larmes peut vous soulager et vous aider à reprendre des forces... Ne vous retenez plus de pleurer !

Vous avez eu une semaine stressante. Vous mettez donc votre pyjama le plus confortable, vous vous faites livrer votre plat préféré, vous allumez la télé et vous cherchez un film triste à regarder. Ensuite, vous vous assurez d’avoir des mouchoirs à portée de main, vous prenez une couverture toute douce et vous vous préparez à pleurer toute la soirée. Et ça ne manque pas, très vite,  les larmes coulent à flot. ..Une fois le film terminé et les larmes séchées, vous vous sentez fatiguée, mais calme. C’est la définition classique de ce que nous aimons appeler “pleurer un bon coup”.

Cela arrive à tout le monde de pleurer un bon coup. Mais cette expression soulève une question plus vaste : pourquoi est-ce bon de pleurer parfois ? Et si l’on se sent bien à pleurer dans son canapé, pourquoi beaucoup d’entre nous sont mal à l’aise à l’idée de pleurer dans le monde réel ? Pourquoi s’excuse-t-on de pleurer en public ? Les larmes versées pour un film triste sont acceptables, car on pleure sur le sort des autres. Mais les larmes déclenchées par nos émotions quotidiennes sembles parfois honteuses… S’agit-il alors de pleurer un mauvais coup (si tant est que cela existe) ?

Pleurer est aussi un signe de force

L’un des problèmes principaux réside dans le fait que les larmes dénotent de la faiblesse dans la société actuelle, probablement parce qu’elles signalent aux autres que l’on a besoin d’aide et de soutien. Il est très fréquent d’associer immédiatement les larmes aux enfants, ce qui peut renforcer la notion selon laquelle les larmes sont uniquement réservées aux situations enfantines et vulnérables. Mais le contraire est aussi vrai : pleurer est le signe que l’on est émotionnellement mature et capable de gérer ses sentiments correctement. Ainsi, de nombreuses personnes ont applaudi la jeune maman Tess Holliday, émotionnellement et physiquement épuisée, qui a eu le courage de poster une photo d’elle en pleurs sur Instagram. De plus, les recherches scientifiques montrent que les larmes ne sont pas faites uniquement pour le spectacle ou pour envoyer un signal de détresse : pleurer peut aussi avoir un effet cathartique.

Erica Martinez est psychologue clinicienne et aide les jeunes de la génération Y à débloquer leurs situations amoureuses, professionnelles et quotidiennes. Elle explique cette question complexe : « On a appris à certaines personnes à garder leurs larmes depuis leur enfance (“les grandes filles ne pleurent pas”, etc.), mais cela engendre des réactions incongrues et nocives pour la santé. » Donc dire automatiquement « je suis désolée » quand on pleure, comme le font beaucoup d’entre nous quand les larmes nous montent aux yeux en public, est un réflexe appris.

Peut-être avez-vous été humiliée par vos parents quand vous avez pleuré étant petite, ou par un moniteur de centre aéré ou encore une institutrice qui vous a dit d’arrêter de pleurer, de « grandir » ou de vous « endurcir ». Et même si on peut ne pas en avoir conscience, ces mots peuvent nous suivre jusqu’à l’âge adulte. Erica Martinez poursuit : « Il n’est pas étonnant que ces personnes ressentent un vide, manquent de joie et aient des problèmes dans leurs relations : elles ne savent pas exprimer leurs émotions ! La thérapie peut enlever certains de ces blocages. »

Les larmes sont souvent plus éloquentes que les mots

Je peux en témoigner. J’ai rarement pleuré étant adolescente et adulte. C’était comme si quelque chose m’empêchait d’accéder à mes émotions les plus profondes. À l’approche de la trentaine, j’ai commencé à avoir des crises de panique et à souffrir de dépression, et j’ai alors cherché de l’aide auprès du Seigneur et de la Bible. Des larmes refoulées depuis longtemps ont soudainement commencé à couler et je me demandais même si mes yeux s’arrêteraient un jour. Au début, j’étais gênée. En revanche, plus je pleurais, mieux je me sentais.

Erica Martinez a observé beaucoup d’histoires similaires à la mienne chez ses patients : « Mes patients hésitent souvent à pleurer lors des séances, ce qui nous amène à parler de ce que les pleurs signifient pour eux, et des messages anciens qu’ils associent aux larmes. Pleurer permet aux personnes de libérer physiquement des sentiments qu’ils n’arrivent pas à exprimer verbalement. Les personnes qui fondent en larmes prennent possession de leurs émotions. Elles se donnent le droit de ressentir et elles respectent leurs sentiments. » Elles vont pleurer un bon coup, et cela leur sera profitable.

“Pleurer un bon coup” versus “pleurer un mauvais coup”

Il est évident que “pleurer un mauvais coup” existe. Par exemple, l’expression “larmes de crocodile” renvoie à la tristesse hypocrite. Si nous prenons l’habitude de recourir aux larmes pour obtenir ce que nous voulons, nous finirons à terme par être perdants. Erica Martinez met en garde : « Pleurer pour que les choses tournent à votre avantage fonctionne au début, mais les gens finiront par se rendre compte qu’ils sont manipulés, et votre relation avec eux en souffrira. »

Au lieu d’être hypocrites ou passives-agressives, les personnes matures sont vraies. Elles se donnent le droit de vivre l’éventail complet des émotions humaines. Grandir émotionnellement implique d’écouter ses sentiments et de comprendre les émotions des autres.

Pendant des années, mes conseillers, mes amis et ma famille, chacun étant un cadeau du ciel, m’ont accompagnée jusqu’à ce que mon processus de guérison soit achevé. En chemin, ma capacité à ressentir la tristesse a augmenté, mais ma capacité à ressentir la joie aussi. J’ai découvert la véracité d’un paradoxe biblique : la destruction peut amener à la plénitude quand on donne un exutoire à sa douleur et qu’on laisse Dieu faire partie de l’équation.

Newsletter
Get Aleteia delivered to your inbox. Subscribe here.
[See Comment Policy]