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Le cardinal Parolin, éclaireur du Pape à Moscou ?

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Le secrétaire d’État du Saint-Siège effectue, ce lundi 27 août, une visite diplomatique en Russie, afin de préciser la position d'équilibre du Vatican à l'égard de Moscou.

Ce lundi 21 août 2017, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, effectue une visite diplomatique très importante en Russie, comme le révèle I.Media, qui se prolongera jusqu’au jeudi 24 août. Il y rencontrera le président Vladimir Poutine, le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov et le patriarche orthodoxe Kirill de Moscou. Qualifié par la presse italienne et internationale de « Ostpolitik 2.0 », en référence à la politique d’ouverture du Vatican vis-à-vis de l’URSS, ce voyage doit permettre de préciser la position d’équilibre du Saint-Siège à l’égard de ce pays incontournable sur la scène géopolitique. Surtout, la venue du numéro deux du Vatican pourrait préparer celle du Pape.

« Votre Pape est le bienvenu ! », rapporte le journal La Croix, à la sortie du service matinal de Saint-Philippe, simple petite église orthodoxe du centre de Moscou. Jean Paul II n’ayant jamais été autorisé, pour des raisons politiques et religieuses, à venir en Russie, il s’agirait d’un événement, à la fois d’un point de vue géopolitique et pour les 600 000 catholiques vivants en Russie. Le contexte a toutefois changé, les relations diplomatiques entre le pays des tsars et le Vatican n’ayant jamais été aussi bonnes. Jusqu’ici les relations avec l’Église orthodoxe, qui compte  250 millions de membres, dont 140 millions de russes, ont été tendues depuis le schisme de 1054 entre les deux religions. Après presque un millénaire de séparation, l’espoir d’une réconciliation est née lors d’une rencontre le 12 février 2016, sur un terrain neutre, à Cuba, entre le Pape et le patriarche russe. Sans en être l’initiateur, Poutine avait d’ailleurs pleinement participé à l’organisation de l’événement. Jusqu’ici aucun pape n’avait rencontré le patriarche russe. Cette rencontre intervient alors que le Vatican et la Russie, de plus en plus isolée sur le plan internationale, n’avaient jamais autant convergé.

Des convergences de fond

Le numéro deux du Vatican devrait proposer que le Saint-Siège soit un « médiateur entre deux mondes qui ne doivent pas être considérés comme opposés », affirme ainsi don Stefano Caprio, professeur à l’Institut pontifical oriental à Rome, sur le site vaticaniste Vatican Insider du 16 août. D’après lui, entre le Vatican et la Russie, « il n’y a pas de convergence totale, mais une convergence de fond » sur plusieurs points comme sur les chrétiens persécutés au Moyen-Orient où Rome est « en ligne avec l’Église orthodoxe », même si les accents sont différents sur le ton employé vis-à-vis du monde islamique. Selon le chercheur, « les orthodoxes ont moins peur » d’adopter une tonalité tranchée.

I.Media relève néanmoins que Mgr Parolin, lui-même, a nuancé l’analyse. Dans un entretien accordé au quotidien italien II Sole 24 ore le 27 juillet dernier, le prélat à affirmer, à propos du rattachement de la Crimée ukrainienne à la Russie, que « chacun a ses propres valeurs, ses propres intérêts (…) et même sa conception du droit international », bien qu’il affiche comme objectif de « construire des ponts » avec le Kremlin. Pour lui, le défi est de « contribuer à une meilleure compréhension réciproque entre ceux qui risquent de se présenter eux-mêmes comme des pôles contraires ». L’agence spécialisée sur le Vatican précise que cela caractérise à la fois les relations entre la Russie et l’Ukraine, et avec elle le reste de l’Europe, mais aussi celles devenues très complexes, entre Moscou et Washington, depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Pour un triangle diplomatique

Don Caprio confirme qu’il existe un « triangle » diplomatique entre Russie, États-Unis et Europe où le Vatican peut trouver une place de médiateur, entre Ostpolitik et Westpolitik. Dans Il Sole 24 ore le chef de la diplomatie vaticane explique désirer l’unité du continent européen, de l’Atlantique à l’Oural, comme le disaient le général De Gaulle ou Jean Paul II, afin d’assurer « son rôle historique en termes de civilisation, de culture, et de foi chrétienne ». Pour le chercheur italien, si la politique menée par Poutine semble « assez compatible » avec certains intérêts de la diplomatie vaticane, c’est également, au nom d’une certaine « contestation de la mondialisation », à Rome comme à Moscou, contre la « domination unilatérale américaine et occidentale sur le monde ». La politique su Saint-Siège, s’est alignée, depuis le pape François, sur cette ligne.

Cette volonté d’équilibre du Saint-Siège résulte enfin, conclut Mgr Parolin dans son interview au quotidien italien, de la phase de « grande incertitude » et instabilité dans laquelle est entrée le système international. C’est la fameuse « guerre mondiale par morceaux » souvent décrite par le souverain pontife, où la fragmentation des conflits rend plus que jamais nécessaire le dialogue prôné par les plus hauts représentants de l’Église.

Trois jours après l’attentat de Barcelone, le prélat en a aussi profité pour détailler sa vision du terrorisme. Selon lui, les actions en réponse aux attaques terroristes doivent être mesurés afin « d’éviter de déclencher une spirale de violence ou mener à une violation des droits humains, dont la liberté religieuse », tout en défendant « une perspective de long terme ». Celle-ci, d’après Mgr Parolin, passe par « un encouragement et une aide au développement personnel, particulièrement auprès des jeunes ». Il a également plaidé pour « un dialogue solide entre les religions ».

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