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Ce que contient le livre d’entretiens du pape François et dont personne ne parle

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"Dieu argent", morale, miséricorde, dialogue inter-religieux… le livre d’entretiens du souverain pontife avec Dominique Wolton recèle de nombreux développements sur des sujets ignorés par les médias.

En librairie depuis le 6 septembre, Politique et société, le livre d’entretiens du pape François avec le sociologue français Dominique Wolton, fait couler beaucoup d’encre. De sa relation avec les femmes, à son discours sur les migrants, en passant par son rapport au communisme ou à sa psychanalyse, certains propos ont passionné les médias. Pourtant, des thèmes bien plus essentiels sont abordés.

Dialogue avec les chrétiens…

Ainsi, la question du dialogue avec ceux qui n’appartiennent pas à l’Église catholique prend une large place. La discussion doit d’abord se faire entre chrétiens, avec les orthodoxes et les protestants, afin de « réfléchir sur ce qui se passe aujourd’hui en Europe », « de l’Atlantique à l’Oural » selon le souverain pontife. Il estime que l’œcuménisme est indispensable « parce que l’Europe va mal ». « Il y a des valeurs communes, mais il y a aussi, dans nos dialogue inter-religieux, des questions théologiques qui sont plus spécifiques. » Ce dialogue peut réussir « en intégrant les religions dans un dialogue plus général sur l’Europe », mais aussi « sur les problèmes politiques et sociaux ».

Et avec toutes les autres religions

Convaincu que le “Vieux Continent” est multiculturel, la seule manière d’éviter le repli, selon le pape François, tient donc au dialogue au sein du christianisme, mais aussi avec l’islam et le judaïsme. Le souverain pontife plaide, non seulement, pour un dialogue avec l’islam, « mais aussi à l’intérieur de l’islam, avec les alaouites et les chiites ». Bien conscient des difficultés que cela représente, le pape François est loin d’être pessimiste sur l’évolution des relations avec les musulmans. Ainsi, il exhorte les chrétiens à se rendre dans les mosquées en justifiant que « dans certains pays d’Afrique où cette cohabitation est normale est sereine, cela existe. Pour Noël, les musulmans offrent des cadeaux aux chrétiens. Et pour la fin du ramadan, les chrétiens en offrent aux musulmans. » Il estime par ailleurs que le dialogue inter-religieux doit évidemment inclure les juifs. Selon lui, « le lieu le plus propice pour le faire en ce moment en Orient, c’est la Jordanie. Parce que c’est un pays musulman, mais avec de bonnes relations avec les juifs et avec les chrétiens. »

L’attitude de respect face aux non-croyants

Pour le souverain pontife, les chrétiens ne doivent pas oublier les non-croyants, qui « font partie de la réalité. » Pour lui, la solution ne réside pas dans le prosélytisme, car la foi est « un don de Dieu ». La solution est donc de partir de « l’expérience humaine » et de « parler de choses communes ». Une discussion qui doit s’effectuer selon le successeur de Pierre « en écoutant l’autre avec respect ». L’évêque de Rome préfère cette notion à celle de tolérance, dont il rappelle l’étymologie : tolerare en latin, c’est « supporter ». La tolérance consiste alors à « permettre quelque chose qui ne devrait pas exister », quand le respect oblige à l’amour de l’autre et à l’égalité entre les hommes.

La miséricorde, une obligation pour le croyant

Le respect de l’autre est indissociable de la miséricorde, dont il rappelle que « c’est un des noms de Dieu ». Ce « voyage qui va du cœur à la main » distingue le christianisme des autres religions. Pour le Pape, « si moi, en tant qu’individu, je n’accepte pas que Dieu soit miséricordieux, je ne suis pas croyant. » Ainsi, pour le souverain pontife, « le cœur doit être touché par la compassion, par la misère humaine, par n’importe quelle misère”. Cette forme de compassion doit alors s’incarner dans des actions concrètes, comme « rendre visite à des malades, aller en prison, faire sentir au prisonnier qu’il peut y avoir l’espoir de la réinsertion ». Pour lui, « l’Église prêche d’avantage avec les mains qu’avec les mots. » Cette miséricorde exige aussi d’être capable de s’abaisser « au niveau de l’ordre, même si l’autre est supérieur ». Cette humilité est nécessaire pour bâtir des relations humaines, qui exigent l’égalité entre les hommes.

L’Église est morale, mais n’est pas une morale

Derrière cette volonté du pape de voir la miséricorde se traduire en action, il y a le désir que « l’Église témoigne davantage ». Mais le souverain pontife met son interlocuteur en garde : « C’est quand il y a émerveillement qu’il y a témoignage. » Car, « le christianisme est une rencontre avec une personne », Jésus-Christ, et c’est donc « l’expérience de la stupéfaction, de l’émerveillement d’avoir rencontré Dieu », à travers son fils. L’autre conséquence de cette rencontre est la morale. Si « l’Église n’est pas une morale », cette dernière est bien la traduction de la foi ou d’un idéal pour les non-croyants. Mais la morale du Pape n’est pas « moraliste », elle ne s’impose pas aux autres. Elle se vit personnellement à travers une éthique tournée vers autrui, notamment les pauvres et les exclus.

L’Église face au dieu argent

C’est face à «la folie de l’argent » que l’Église a le plus de mal à se faire entendre. La faute à ce « que certains préfèrent ne seulement condamner que la morale (…) “sous la ceinture” ». Pourtant pour le souverain pontife, « l’idéologie de l’idole, du “dieu argent” qui dirige tout » est néfaste. Il estime qu’« on doit au contraire remettre l’homme et la femme au centre tandis que l’argent doit être au service de leur développement ». La responsabilité de cette folie en incombe à « l’économie libérale de marché », qui prospère au quatre coin du globe depuis trente ans et qui s’est intensifiée « depuis la globalisation et la chute du communisme ». Le pape François demande « que l’État régule un petit peu » et plaide pour une « économie sociale de marché ». La différence entre les deux c’est que la deuxième renoue avec la morale, qui favorise la solidarité, plus exigeante que le simple charité. Un autre remède serait pour l’évêque de Rome « le travail avec ses deux mains », « l’aspect concret du travail », « parce que cette idolâtrie de l’argent cesse dans ces rituels ». La solution serait donc de revenir à ce qui fait l’homme.

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