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Arme nucléaire : ce que l’Église enseigne

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Tandis que les tensions s'accentuent entre Washington et Pyongyang, le Saint-Siège a toujours condamné l'usage de l'arme atomique.

Ce dimanche 3 septembre, le président américain, Donald Trump, a annoncé qu’il envisageait d’attaquer militairement la Corée du Nord qui avait annoncé plus tôt avoir « parfaitement réussi » son sixième essai nucléaire. Une déclaration qui intervient 24 heures après la réception d’une délégation de vingt membres du Conseil coréen des leaders religieux, à Rome par le pape François. L’occasion pour le souverain pontife, préoccupé par la situation sur la péninsule coréenne, de rappeler que les religieux sont appelés à être « des porte-drapeaux de la paix, en annonçant et en incarnant un style non-violent, un style de paix ». Une vocation qui inclue une condamnation de l’arme nucléaire.

Et de fait, depuis son arrivée au Vatican, le pape François n’a jamais cessé de dénoncer l’arme atomique. « Je fais mien l’appel de mes prédécesseurs en faveur de la non-prolifération des armes et du désarmement de tous, en commençant par le désarmement nucléaire et chimique », affirme ainsi l’évêque de Rome pour la Journée mondiale de la paix 2014. Il demande alors aux chefs d’État : « Renoncez à la voie des armes et allez à la rencontre de l’autre par le dialogue, le pardon, et la réconciliation, pour reconstruire la justice, la confiance et l’espérance autour de vous. (…) Tant qu’il y aura une si grande quantité d’armement en circulation, comme actuellement, on pourra toujours trouver de nouveaux prétextes pour engager les hostilités ».

Une position qui le place dans la continuité de Benoît XVI. « Une guerre nucléaire ne ferait aucun vainqueur mais seulement des victimes », expliquait Benoît XVI lors la Journée mondiale de la paix 2006. L’Allemand condamnait ainsi avec vigueur les « gouvernements qui comptent sur les armes nucléaires pour garantir la sécurité de leurs pays ».

Cependant, cette position sans être nouvelle n’a pas toujours été exactement celle de l’Église.  Dès 1950, le Vatican condamne sans ambiguïté l’arme atomique. Cinq ans après les bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, Pie XII affirme aux participants de la 8e Assemblée de l’Association médicale : « Quand la mise en œuvre de ce moyen entraîne une extension telle du mal qu’il échappe entièrement au contrôle de l’homme, son utilisation doit être rejetée comme immorale ».

Treize ans plus tard, en 1963, Jean XXIII emprunte le même ton dans son encyclique dédiée à la paix universelle Pacem in Terris. Alors que cinq États sont dotés d’un tel arsenal, le Pape affirme : « Si une communauté politique est équipée d’armes atomiques, ce fait détermine les autres à se fournir de moyens similaires d’une égale puissance de destruction. » Pour lui, « la justice, la sagesse, le sens de l’humanité réclament par conséquent, qu’on arrête la course aux armements ; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l’armement existant dans les divers pays, la proscription de l’arme atomique et enfin le désarmement dûment effectué d’un commun accord et accompagné de contrôles efficaces. » Cette position est confirmée, trois ans plus tard, dans le concile de Vatican II qui souhaite, dans Gandium et Spes « que la réduction des armements commence à devenir une réalité ».

La guerre froide commande à Jean Paul II d’infléchir quelque peu cette ligne. Sans pour autant prôner l’armement nucléaire, le Pape polonais justifie sa possession comme arme de dissuasion. Il écrit ainsi en 1982 : « Dans les conditions actuelles, une dissuasion fondée sur l’équilibre, non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d’un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable. » La chute de l’URSS, en 1991, signera le retour de l’Église à sa position initiale.

Ainsi partir de 1992,  Mgr Renato Martino, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’ONU, condamne à nouveau « la stratégie dangereuse de la dissuasion nucléaire » et plaide pour « l’abolition des armes nucléaires et le renforcement de la loi internationale ». Le contexte actuel pourrait encourager Rome à faire de nouveau entendre sa voix.

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