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« Sous le soleil de Satan » ou l’affrontement du bien et du mal sur grand écran

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Le film de Maurice Pialat, sorti en salles il y a 30 ans jour pour jour, pose la question de la lutte du bien contre le mal.

Adaptation du roman de Georges Bernanos, le film avait reçu à l’unanimité du jury, mais sous les hués du public, la Palme d’or du Festival de Cannes en 1987. Le président du jury, Yves Montand avait du monter au créneau pour justifier ce choix : « Nous avons considéré que le travail qu’a réussi Pialat est un travail qui met le cinéma sur un autre niveau, à un autre étage. […] Et je me réjouis que ce film ait émergé à l’unanimité, même si deux ou trois membres du jury ont regretté que, parfois, certains mots leur échappaient — la langue de Bernanos, c’est déjà difficile pour nous, imaginez pour les étrangers — mais l’unanimité s’est faite de manière très spontanée. » Une déclaration en forme de récompense pour Pialat qui aura réussi l’exploit, à travers ce film, de porter sur grand écran un roman spirituel difficilement accessible.

Entre doute et recherche de sainteté

Pour bien saisir le parfum de souffre et de scandale qui a entouré ce film a sa sortie, il faut savoir que Georges Bernanos est obsédé par l’idée du combat permanent entre le bien et le mal. Ses romans mettent généralement en scène des prêtres catholiques angoissés par le Salut de l’âme de leurs paroissiens, perdus et rongés par le doute. Pour l’écrivain monarchiste, le monde moderne et son matérialisme ont pour première conséquence de tuer toute forme de spiritualité et de masquer le règne du mal sur notre monde. Quelques années après son premier livre, Le journal d’un curé de campagne, son chef-d’oeuvre romanesque, il commence a esquisser cette thématique dans Sous le soleil de Satan, où le narrateur constate que « le mal, comme le bien, est aimé pour lui-même, et servi ». L’adaptation de Maurice Pialat met particulièrement bien en scène ces sujets.

Dans un village du nord de la France, le jeune abbé Donissan, incarnée par Gérard Depardieu, est rongé par le doute sur sa vocation. Tourmenté par l’impiété de sa paroisse et par la peur de ne pas être à la hauteur, il est conseillé par l’abbé Menou-Segrais, joué par Maurice Pialat. Ce dernier joue un rôle crucial auprès du jeune abbé, lui permettant de comprendre qu’il est appelé à la sainteté. Mais deux autres personnages ont un ascendant peut-être plus important sur lui : Satan et Mouchette, jouée par une ravissante Sandrine Bonnaire.

Dans un premier temps, l’abbé Donnissan rencontre, sans le savoir, Satan alors qu’il a été mandaté par Menou-Segrais pour porter secours à une paroisse voisine. L’ange déchu prend l’apparence d’un étrange maquignon, qui lui vient en aide, afin de le tenter. Alors que l’abbé lui résiste, Satan lui donne un baiser qui le dote du « don de vision à travers les êtres ».

La vie dévorée par le péché

C’est après cette épisode qu’il rencontre Mouchette, jeune adolescence de 16 ans, enceinte de l’un de ses deux amants. Donissan voit alors qu’elle est plongée dans le mal, et se met en tête de la sauver. À travers cette jeune fille troublante, à qui Bernanos dédie, en 1937, son seul roman où Dieu semble absent, l’auteur met en scène le péché dont l’homme ne peut se débarrasser. Or, comme l’écrit Bernanos, « le péché qui nous dévore laisse à la vie peu de substance ». C’est cependant grâce et malgré Mouchette que l’abbé pourra atteindre la sainteté. Une quête qui ne s’effectue pas sans doutes, Donissan étant par moment persuadé que Dieu a été vaincu dans notre monde par le diable.

Après Le journal d’un curé de campagne et Mouchette réalisés par Robert Bresson en 1951 et 1967, ainsi que Le dialogue des Carmélites de Philippe Agostini et Raymond Leopold Bruckberger (1960), Sous le soleil de Satan est le quatrième roman de Bernanos adapté au grand écran. Le doute et l’affrontement du bien contre le mal sont les points communs de chacun de ces films indispensables, qui captent très bien les aspirations spirituelles du célèbre pamphlétaire.

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