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Pourquoi les moines sont-ils tondus ?

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L’entrée dans les ordres, tout comme l’entrée en religion, consiste en une initiation rendue visible par certains symboles. L’emblématique tonsure des moines, bien que désuète, compte parmi ces marques signifiantes de la vocation.

Cela peut sembler anecdotique, mais la question des cheveux et de la barbe est récurrente dans l’histoire de l’Église, et elle apparaît notamment au sein de controverses opposant les cultures occidentale et orientale. Aussi l’Écriture n’est pas muette à ce sujet, l’Ancien Testament semble préconiser au clergé le port de longs cheveux :  « Les prêtres ne se raseront pas la tête, ils ne se raseront pas les côtés de la barbe et ne se feront pas d’incisions sur le corps » (Lev 21, 5) ; l’apôtre Paul écrit pourtant aux Corinthiens ceci : « La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que, pour un homme, il est déshonorant d’avoir les cheveux longs » (I Cor 11, 14). Il faut comprendre que le terme de « cheveux », tel qu’employé par Paul, désignait davantage l’ornement que la seule chevelure naturelle. C’est donc un appel à la modestie qui est ainsi fait, plutôt qu’un appel à la tonsure.

La tonsure des moines : marque de la vocation et du renouveau

Néanmoins, si ces préconisations s’adressent d’abord au clergé, elles concernent tout le peuple. Or c’est justement à ce peuple laïc que le moine se soustrait pour suivre sa vocation propre. La tonsure des cheveux du moine marque justement l’abandon de cet ornement qui importe tant dans la vie laïque de toutes les sociétés, et souvent considéré comme un atout de séduction. C’est donc d’abord le symbole du passage du siècle à l’ordre, du renoncement que le vœu du religieux implique. Mais la forme particulière de cette tonsure circulaire, découvrant le sommet du crâne et ne laissant qu’une couronne de cheveux, n’est pas anodine. Si d’autres formes de tonsure ont pu exister, c’est celle-ci qui s’est imposée durablement en Occident et a constitué un signe de reconnaissance des religieux. La forme circulaire représenterait l’infini, c’est-à-dire l’éternité de Dieu, mais aussi la simplicité et la perfection, puisqu’elle ne présente aucun angle et s’obtient en traçant une ligne continue. Notons cependant que la tonsure est largement tombée en désuétude depuis 1972 et le motu proprio Ministeria quaedam du pape Paul VI qui la rend facultative.

Si la tonsure des moines marque l’abandon de leur vie laïque et leur entrée dans la vie monastique, elle est donc aussi un signe de renouvellement. À l’image du baptême, la tonsure marque l’abandon d’une vie passée pour entrer dans une vie nouvelle. C’est la raison pour laquelle le rite byzantin, pratiqué dans certaines Églises orientales, prévoit la tonsure des enfants à l’issue de leur baptême. Le prêtre célébrant coupe alors quelques cheveux de l’enfant nouvellement reçu dans l’Eglise, symbolisant sa vocation de chrétien. Avant de couper les cheveux, le prêtre en appelle à la descente du Saint Esprit sur la tête de l’enfant « afin qu’en avançant en âge et atteignant les cheveux blancs de la vieillesse il rende gloire et voie le bonheur de Jérusalem, tous les jours de sa vie. »

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moines
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