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Famille : et si on arrêtait de crier les uns sur les autres ?

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Avez-vous déjà entendu parler de la communication non violente ? Au service de la paix en famille, elle permet de retrouver calme et plaisir de vivre et d'interagir tous ensemble. Explications...

Fondée par Marshall B. Rosenberg dans les années 70, la communication non violente permet, pour son auteur, “de modifier notre langage et nos interactions pour donner avec bienveillance, et inspirer aux autres le désir d’en faire autant.” Un des fondements est de reconnaître ses besoins et de les prendre en charge sans en rendre responsable son entourage. Alliant intelligence émotionnelle et intelligence rationnelle, elle est enseignée un peu partout et transforme les relations familiales.

“Ça fait un peu bisounours, votre truc, madame”, rétorque Tom à la formatrice en gestion de conflits qui intervient dans le camp d’ados où il est inscrit. D’autres, comme Chloé, 15 ans, sont ravis : “je sais enfin comment dire à mes parents qu’ils me gonflent sans leur dire qu’ils me gonflent !”. Décodez : la jeune fille a enfin un moyen de parler sans agressivité à ses géniteurs, surtout quand ils menacent de confisquer son portable…

Ce qui finissait en cris et portes claquées, se dit maintenant dans un climat apaisé, grâce à quatre lettres dont le pouvoir peut sembler magique : O, S, B, D (observation, sentiment, besoin, demande). “Quand tu me grondes dès que tu rentres de ton travail et que tu me vois avec mon portable, je suis stressée et triste, je me sens accusée à tort. J’ai besoin de confiance”. Quatre lettres et une vison de monde qui changent la vie de milliers de personnes sensibilisés à la CNV, la communication non violente. Et si tous ne retiennent pas forcément les subtilités du “langage chacal et girafe”, chacun découvre une vérité fondamentale qui change la vie : au lieu de me rendre dépendant de l’autre, c’est à moi de prendre conscience de mes besoins et de les prendre en charge.

Une méthode accessible de 7 à 77 ans

Pas besoin de savoir lire pour expérimenter cette méthode de la communication non violente en famille. Dès le plus jeune âge, les enfants peuvent ainsi exprimer un besoin, car c’est un excellent palliatif à une colère improductive. Pour Rosenberg, ces besoins sont au nombre de 9, fondamentaux, qui recouvrent toute la palette des besoins humains :

Besoins physiologiques, bien-être physique
Sécurité
Empathie, compréhension
Créativité
Amour, intimité
Jeu, distraction
Repos, détente, récupération
Autonomie
Sens, spiritualité

Dans cet appartement de région parisienne, “Dégage !” est ainsi devenu : “Quand tu es derrière mon dos quand je fais des crêpes, je stresse trop, j’ai peur que tu me chatouilles. Peux-tu partir de la cuisine ?”. Vous n’y croyez pas ? Mélanie non plus. Ce sont pourtant ses deux enfants, de 11 et 14 ans, qu’elle entend discuter calmement dans sa cuisine. Et si les noms d’oiseaux fusent encore parfois, ses enfants se sont appropriés la liste des émotions, besoins et sentiments affichés sur le frigo, entre une carte postale humoristique, un bon de réduction et une ordonnance du petit dernier. Elle avoue : ” Il y a eu un jour le conflit de trop, un soir où, en rage, j’ai balancé tout ce qu’il y avait sur le bureau de mon fils dont je ne supportais plus le fouillis. Et là, le drame : le fil de la lampe a entraîné l’aquarium… C’est quand je me suis vue à quatre pattes en train d’essayer de sauver les poissons rouges sous les yeux de mes enfants pétrifiés que je suis passée à l’action. J’ai suivi quatre jours de formation de gestion des conflits avec l’association Communications. Depuis, on en parle tout le temps, quand j’en fais trop, les ados se moquent, mais c’est fini, je ne pique plus de colère à la maison, et visiblement ils ont intégré ce que je leur ai transmis”.

Outil ou magie ?

Florence Peltier, conseillère conjugale et familiale, utilise beaucoup les outils de la CNV en consultation, et en constate les fruits pour débloquer une situation ou remettre du positif dans les relations parents-enfants. “La CNV permet de mieux se connaître, comme Charles qui faisait beaucoup de reproches à sa femme. Il a réalisé qu’il avait besoin de reconnaissance, mais que c’était impossible de tout demander à son épouse. Petit à petit, et avec persévérance, il est passé de la colère contre sa femme à une reprise du sport, s’est mis à prendre en charge son besoin et a ainsi retrouvé une relation adulte/adulte et non pas des reproches d’adolescent frustré”. Anne a aussi appris, grâce à la CNV, à être en phase avec elle-même. Quand elle ressent une vague de colère ou de tristesse, elle prend quelques minutes pour se centrer sur elle : “mon sentiment m’alerte sur un besoin non satisfait, comme un clignotant de tableau de bord automobile. Ai-je besoin de détente, de communication, de soutien ? Souvent le seul fait de le nommer m’apaise et me permet de passer à l’action de manière concrète. J’étais en train de devenir acariâtre, et je m’en voulais beaucoup. J’ai trouvé un outil pour prendre en main mon bonheur”.

Marc voit très peu ses enfants. Les quelques minutes où il dit bonsoir à Charline, 5 ans, et Léo, 8 ans, sont donc précieuses. Il leur demande “comment va ton petit cœur ?”. Un moyen d’aller à l’essentiel et de rejoindre ses enfants sur ce qui les a fait vibrer, de leur permettre de nommer leurs émotions.

Des mots au dessin

C’est le défi relevé, haut la main, par Amandine Petit-Martin. Jeune maman de 27 ans, soucieuse du bien-être de son enfant et de son couple, elle a réalisé une BD après avoir visionnée des vidéos sur YouTube. “La CNV est toujours une petite révolution dans ma manière d’appréhender ma vie et ma relation aux autres. J’ai voulu faire cette brochure pour intéresser ou initier les lecteurs à la CNV. C’est très simplifié, je n’y présente qu’une partie d’un processus en quatre étapes. En réalité, formuler son besoin est la troisième étape, après une observation sans jugement, et l’expression de son sentiment en utilisant le “JE”. Après avoir exprimé son besoin il s’agit de faire une demande claire sans exiger”.

> Lire la BD d’Amandine sur sa page Facebook

Et si la paix en famille passait par dans la manière de savoir demander de fermer une porte ?

 

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