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Être chef scout en 2017 ? Ils témoignent…

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Ils ont fait rêver des générations de lecteurs de Signe de piste, ont été gentiment brocardés par Jugnot, tentent de proposer le meilleur malgré une règlementation de plus en plus contraignante. Âgés de 17 à 25 ans, ils emmènent cet été des dizaines de milliers de jeunes campeurs. Mais qui sont les chefs et cheftaines scouts de la nouvelle génération ?

Orange, bleu, beige, blanc, les couleurs de leurs chemises sont aussi variées que les branches et les mouvements auxquels ils appartiennent. Scouts et guides de France, Scouts unitaires de France, guides et scouts d’Europe, ce sont les 3 principaux mouvements d’un scoutisme créé en en 1907 et regroupant plus de 170 000 en jeunes en France. À leur tête, des adultes souvent quadragénaires, les chefs de groupe. Pour chaque unité d’une trentaine de jeunes, sont désignés : un chef, une cheftaine et des assistants. Plus que tous les cours de leadership, leurs années au contact d’une jeunesse variée (de 8 à 16 ans) les marquera, à vie pour certains.

Être chef scout : des choix de vie concrets

20 ans après, Jean-Baptiste témoigne : “quand j’ai dû affronter, à deux reprises dans ma vie, des supérieurs hiérarchique d’une perversité sans nom, j’ai toujours lutté pour les autres, au péril de ma santé et de ma carrière. La plupart des gens ne veulent pas voir ce qui se passe et surtout pas agir. Cela fait désormais partie intégrante de mon ADN d’aider mon prochain en toutes circonstances. Dans les moments de doute, c’est la loi scoute qui m’a dicté quoi faire et c’est une excellente chose”.

Victoire, 23 ans, confirme : “pas question de pipeauter devant les guides, elles voient tout de suite si je suis cohérente ou pas. Être cheftaine, de jeannettes puis de guides, ça m’a aidée dans mes choix de vie affective et professionnelle”. Philippine, elle, a dû expliquer à ses camarades de l’école de design Boulle, qu’elle était cheftaine de louveteaux, et que ce n’était pas un poste dans un zoo. Elle était la première de son espèce dans son groupe d’amis, et fut très vite surnommée “louvette”. Fin juin, une amie de promo lui a demandé d’un air mystérieux de lui rendre un service, “tu peux refuser, mais est-ce que je peux venir en camp avec toi ? J’ai trouvé des habits bleu marines et je peux enlever mes piercings”. Émotion mutuelle et évangélisation aux périphéries réussie.

La joie de servir quand on est chef scout

Qu’est-ce qui fait que ces jeunes, qui n’ont pas l’air de manquer d’amis ou d’idées, passent pourtant deux à trois semaines de leur été sous la tente à soigner des bobos, à organiser des grands jeux ou à diriger les fameuses “installs” ? On a la devise des boxeurs, sourit Paul, “il y plus de joie à donner qu’à recevoir” rit-il. Points de coups ici, mais de la bienveillance, de la fermeté qui s’apprennent dans les CEP (camps d’école pédagogiques) que les chefs suivent pour se former et obtenir les fameuses autorisations de camper. Anciens scouts ou néophytes, ils viennent de tous les horizons. Maud, vendéenne, a découvert le scoutisme à 20 ans en gardant des enfants, et elle y est comme un poisson dans l’eau. Paul, lui, est revenu comme chef dans son ancienne troupe, “c’est un juste retour de service” explique-t-il.

Sophie, elle, a été “attirée par sa bande de copines de lycée. On est devenues ensemble cheftaines de louveteaux. Après trois ans, j’ai passé la main, ils me manquent trop !”. Qu’est-ce qui les fait courir ? Pour Thimothé, 19 ans, assistant chef scout à La Roche sur Yon, c’est “une exigence envers soi-même. Je construis de solides amitiés et je monte des projets qui marqueront mes scouts et leurs donnent envie de se dépasser. Évidemment il y a du stress, et un manque de sommeil, mais de voir les garçons progresser, et ce qu’ils me donnent en échange de mon investissement, mérite que je traverse ces obstacles une centaine de fois. Je me souviendrai toujours, par exemple, du soin qu’ils ont mis pour faire de magnifiques costumes aux veillées du camp, en se démenant pour que ça ait l’air réaliste. C’est grâce au mal qu’on s’est donné dans l’année, pour donner l’exemple, qu’ils nous l’ont rendu en mille”.

Une école de l’exemplarité, chère à Michel Menu, un ancien chef mythique, qui leur donna cette ligne de conduite qui n’a pas pris une ride :

ÊTRE CHEF

Si tu veux être chef un jour,
Pense à ceux qui te seront confiés,
Si tu ralentis, ils s’arrêtent.
Si tu faiblis, ils flanchent.
Si tu t’assieds, ils se couchent.
Si tu critiques, ils démolissent.

Mais…
Si tu marches devant, ils te dépasseront.
Si tu donnes la main, ils donneront leur peau.
Et si tu pries, alors, ils seront des saints

Ce qu’il faut savoir avant de s’engager comme chef scout

“Vais-je concilier un stage et un camp ? Et si je n’ai pas d’autorité ? Je n’ai jamais été scout, je n’y connais rien”. Il y a mille raisons d’hésiter avant d’accepter de figurer sur la liste des chefs que les parents reçoivent en début d’année. Autres sollicitations passionnantes, besoin de souffler, peur de ne pas être à la hauteur…  “Il est bon d’oser dire non, ou de s’engager avec un véritable oui”, analyse Perrine, cheftaine de groupe. “Le mouvement forme les jeunes. Nous sommes un appui 24h/24 pour eux, mais cela reste un choix exigeant. Ils auront à prendre des décisions dans l’urgence, commander en douceur, donner de leur temps avec patience”. La patience, une des vertus que Geoffroy a le plus admiré chez Melchior, son chef : ” il nous écoutait comme si on était très important, je sais pas comment il a réussi ça”. “A chaque rendez-vous de progression il commençait en disant : “ce que j’admire chez toi pendant ce camp c’est…” Je ne pensais pas que c’était possible !”, continue le jeune homme.

“J’ai mis carte sur table avec les parents, raconte encore Victoire, cheftaine de jeannettes, et étudiante à l’école des Mines. A la réunion de rentrée, j’ai dit aux parents que j’avais besoin d’eux pour trouver un stage à des dates précises, si ils voulaient que j’emmène leurs filles en camps d’été. Et j’ai été exaucée : je suis partie un mois chez Nissan au Japon, mon rêve absolu, grâce au contact d’un parent de jeannette.”

Cet été, certains jeune n’ont pas pu partir camper, faute de chefs. Et, dans toute la France, de nouvelles unités se créent, dans l’espérance de trouver un encadrement à la rentrée, pour répondre aux demandes croissantes des familles. Ainsi Jean avait-il à peine eu ses résultats de concours d’école de commerce qu’une troupe de Roubaix, alertée par le tam tam scout, le sollicitait, il y a un mois, pour étoffer ses rangs. Une proposition qu’il a accepté avec joie, occasion unique de se faire des amis dans une ville où il ne connait personne. Votre portable ne sonne pas et l’aventure scoute vous tente ? Les coordonnées des groupes scouts locaux se trouvent en trois clics sur le net ou au fonds des églises, et vous y serez accueillis à bras ouverts.

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