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Que fait un obélisque égyptien de 41 mètres de haut sur la place Saint-Pierre ?

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Cet objet de culte solaire trône face au balcon central de la basilique vaticane, et rappelle au successeur de Pierre le martyre de l’apôtre, crucifié non loin du monolithe.

On pourrait y voir un symbole d’occultisme ou de syncrétisme, et pourtant il n’en est rien. Cet obélisque, témoin du polythéisme exorcisé au XVIe siècle, célèbre en réalité la victoire du Christ sur les religions antiques.

Dépourvu de hiéroglyphes, érigé au temple d’Héliopolis au XIXe siècle avant notre ère, l’ouvrage en granite rouge d’Assouan aurait servi d’ex-voto après que le pharaon a retrouvé la vue. Trop massif pour être amené à Rome, le fût quadrangulaire, dont la partie basse se serait rompue pendant le transport, est érigé au forum d’Alexandrie sous le règne d’Auguste.

Le monument de près de 350 tonnes traverse finalement la Méditerranée dans un gigantesque navire vers l’an 40 sur ordre de Caligula. L’empereur le dédie à la dynastie impériale : une sphère en bronze au sommet aurait même contenu les cendres du “divin” Jules César. Placé au milieu du nouveau Circus Vaticanus, c’est pendant 300 ans le plus grand obélisque de Rome. Lors des persécutions de 64, il voit couler le sang des martyrs, dont celui de Pierre enterré dans la nécropole païenne à proximité de l’ouvrage.

Vers 319, l’empereur Constantin commence la construction de la basilique vaticane sur les gradins de l’ancien cirque. Partiellement enterré, le monolithe fait partie du circuit de pèlerinage et c’est ainsi le seul des treize obélisques de Rome à ne pas avoir été renversé pendant les invasions barbares. La papauté n’aura de cesse de vouloir le déplacer au centre du parvis, ce qui sera fait sous le pontificat de Sixte V, après sept mois de préparation. Près de mille hommes et un peu plus d’un mois sont nécessaires à l’architecte Domenico Fontana pour déplacer de 300 mètres le fût et son piédestal devant la basilique en construction. Comme souvent lorsqu’il fallut relever un obélisque, on raconte qu’un manœuvre, constatant que les cordes étaient sur le point de céder, brava le silence imposé et cria : “Mouillez les cordes”. Ce qui aurait sauvé l’opération.

Consacré à la croix invincible

À la fin d’une procession solennelle, le 26 septembre 1586, Sixte V bénit puis consacre le monolithe “ainsi purifié du culte impur, à la croix invincible”. Cette formule et trois inscriptions sont gravées en latin au flanc du piédestal. D’abord “le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande. Que le Christ préserve son peuple de tout mal”. Puis est inscrit : “L’an 1586 le pape Sixte V transporta l’obélisque du Vatican dédié aux dieux païens par un culte impie au seuil du siège des apôtres par un travail difficile”. Et enfin, figure gravée, une prière de saint Antoine : “Voici la croix du Seigneur, fuyez puissances ennemies, le lion de la tribu de Juda est vainqueur”. Pour couronner le tout, la sphère de bronze du pyramidion a été remplacée par les emblèmes héraldiques du pape, trois monts et une étoile à huit branches, surmontés de la croix victorieuse.

Trois années plus tard, le pontife bâtisseur aurait déposé au sommet des reliques de la croix du Christ. Il faut attendre 1723 pour que le pape Innocent XIII masque les dédicaces de Caligula au pied du fût par des sculptures de lions et d’aigles couronnés correspondant à ses armoiries.

Au final, l’ouvrage dressé au milieu de la colonnade du Bernin fait penser à l’aiguille d’un cadran solaire géant. En 1817, l’astronome Filippo Gigli l’entoura à cet effet d’une rose des vents à seize directions et des signes du zodiaque le long d’une ligne méridienne.

Lors de la messe des Rameaux, les papes ont pris l’habitude d’introduire la procession depuis le pied du monolithe, pour une des cérémonies les plus belles de l’année liturgique. C’est là également que chaque année avant Noël, la crèche monumentale de la place Saint-Pierre est installée, flanquée d’un gigantesque sapin. L’emplacement primitif de l’obélisque, au centre de la spina du cirque, est aujourd’hui marqué par une plaque au sol sur la place des protomartyrs, entre le cimetière teutonique et la basilique.

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