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L’incroyable histoire de sœur Nazarena, la “recluse” de l’Aventin

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Julia Crotta a fait le choix d'une vie cloîtrée pendant 45 ans, sans parler ni rencontrer personne, avec pour seule nourriture du pain et de l’eau.

L’entrée de Julia Crotta (1907-1997) au monastère des moniales camaldules Saint-Antoine-Abbé à Rome est le résultat d’une très longue et difficile recherche vocationnelle, commencée géographiquement et culturellement aux États-Unis. Originaire du Connecticut, c’est grâce à une autorisations spéciale du pape Pie XII que “Sœur Nazarena, la recluse de l’Aventin”, comme on l’appelle en Italie, a pu vivre 45 ans de sa vie enfermée dans une petite cellule du monastère sur une des sept collines de Rome, sans jamais parler ni rencontrer personne et avec pour seule nourriture du pain et de l’eau.

Pour la première fois, cette année, sa cellule a été ouverte au public, à l’occasion d’un reportage réalisé par la télévision catholique italienne Tv2000, dans le cadre d’une enquête, 27 ans après sa “naissance au ciel”. L’histoire de cette religieuse a beaucoup intrigué les papes et les fidèles, et reste encore aujourd’hui un mystère pour tout le monde.

“Viens dans le désert”

Julia est née le 15 octobre 1907, septième enfant d’un couple d’immigrés italiens. Elle étudie avec succès musique et littérature, et obtient son diplôme universitaire tout en pratiquant la danse et le basket. C’est une très jolie fille, élancée, qui a beaucoup d’amis et a devant elle un bel avenir professionnel ou sportif. Et pourquoi pas un mariage et des enfants.

Or, Julia ne retint aucune de ces hypothèses. “Viens dans le désert”, lui dit une voix alors qu’elle participe presque par hasard à une retraite spirituelle pour se préparer aux fêtes de Pâques. Nous sommes en 1934, la jeune femme a 27 ans. Elle vit ce qu’elle appellera plus tard dans ses Lettres à son père spirituel, sa “nuit bienheureuse”, une expérience qui bouleversera le cours de sa vie. Jésus l’avait appelée  personnellement à le suivre dans le désert : “Je suis si seul. Viens avec moi. Je ne t’abandonnerai jamais”, lui dit-il. C’était dans la nuit du vendredi au samedi saint. Résultat, elle quittera sa famille et finira cloîtrée jusqu’à la fin de sa vie.

Mais comme explique le journaliste italien David Murgia, qui a retracé le fil de toute sa vie, Julia ne comprend pas tout de suite ce qui lui est demandé et ne sait pas vraiment comment le mettre en pratique. Elle évalue d’abord la possibilité de se rendre concrètement dans le désert de Palestine, mais elle a l’équilibre et le bon sens d’écouter fidèlement les conseils de son directeur spirituel. “Je ne me fie absolument pas à ce que j’éprouve, même si je crois que cela vient de Lui [Dieu]. Par contre j’ai confiance en ceux qui parlent en son nom”, écrira-t-elle des années plus tard.

Onze ans de recherche

Julia savait que ce jour serait arrivé. “Dieu m’offrit des grâces hors du commun, je sentais que le mariage n’était pas pour moi, et ma vie destinée à autre chose. Je savais qu’un jour ce chemin hors du commun que j’étais appelée à suivre, se serait présenté à moi”, rapporte-t-elle dans une autre de ses Lettres.

Onze ans s’écoulent après ce premier appel au désert, sans que Julia n’abandonne jamais son projet et ne trépigne pour en faire à sa tête. Sa recherche est continue et incessante. Elle trouve enfin la juste installation pour elle à Rome, comme « recluse », au monastère Saint-Antoine abbé des bénédictines camaldules.

Le 21 novembre 1945 Julia est reçue par le pape Pie XII. Il lit le règlement que celle-ci a rédigé pour sa propre réclusion, le trouve un peu sévère mais finit par l’approuver. Il lui donne sa bénédiction. Aussitôt après, Mgr Giulio Penitenti, qui s’est occupé de son installation, accompagne Julia dans sa cellule qu’elle ne quittera plus jamais.

Pendant toute sa vie, Julia, désormais appelée sœur Maria Nazarena, se montre comme une femme forte, équilibrée, joyeuse, comme la décrivent les seules personnes à avoir eu de très rares contacts avec elle : le père Anselmo Giabbani, procureur général de l’ordre des camaldules pendant de longues années et son père spirituel jusqu’à la fin de sa vie, et la mère abbesse du monastère.

“Jamais, durant ces 43 années je n’ai éprouvé de tristesse, ou d’ennui ; au contraire, une joie toujours neuve, qui ne perd pas de sa fraicheur. Comme celle de l’éternité”, écrit sœur Nazarena en 1988, soit deux ans avant de mourir, dans ses souvenirs autobiographiques rédigés à la demande insistante du père Giabbani.

Rien que du pain et de l’eau

La règle de vie de sœur Nazarena est très stricte. Le reportage de TV2000 montre les conditions d’incroyable austérité auxquelles se soumettait la religieuse.

Sa cellule est une pièce de cinq mètres carrés sur trois. Elle dort sans matelas et oreiller, sur un coffre en bois, clouté d’une croix. Elle travaille de ses mains quelques heures par jour, tressant des palmes qui étaient distribuées pendant la période de Pâques et consacre le reste de son temps à la prière, l’étude et la lectio divina. Elle participe à la messe par une petite fenêtre grillagée, à travers laquelle elle reçoit la communion. Son régime alimentaire est fait de pain et d’eau presque tous les jours de la semaine (certains jours on y ajoute une cuillère d’huile, un peu de fruits ou de légumes, voire un peu de confiture), endurci ultérieurement pendant le Carême et dans les périodes de pénitence de l’Église.

Nazarena, qui avait bon appétit durant sa jeunesse, écrit : “Je souffre la faim, mais j’en suis contente, car autrement je n’aurais rien à offrir, mais c’est supportable”.

La clef de sœur Nazarena est une vie offerte totalement, en union avec les souffrances du Christ, pour le bien des âmes et de l’Église, mais dans la dissimulation la plus totale : “Je vous supplie de ne dire plus rien de moi, laissez tout tomber dans le vide, dans le silence. Je crois que l’heure de Dieu est encore très loin. J’ai l’impression qu’elle ne sonnera qu’après ma mort”.

Article traduit et adapté de l’italien par Isabelle Cousturié

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couvent
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