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Rude été pour Macron et La République en marche

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Cafouillages et grosse fatigue à l’Assemblée nationale, majorité improbable au Sénat, sondages en chute libre : la séquence estivale n’aura pas épargné Emmanuel Macron.

Les députés ne seront libérés que le 9 août — au lieu du 4 — pour voter le dernier volet de la loi sur la moralisation de la vie publique. Une ultime séance de cette session extraordinaire, entamée le 4 juillet, que certains parlementaires, « au bout du rouleau » selon Le JDD, pourraient « sécher ». Si cette grosse fatigue n’épargne aucun parti, c’est au sein du groupe La République en marche qu’elle est la plus sensible. Au point que selon Les Echos, quelques députés LREM songeraient à déserter après les vacances, se laissant « l’été pour réfléchir avant de repartir éventuellement dans le privé ».

Les sénatoriales, casse-tête pour La République en marche

D’autres parlementaires LREM ont d’ores et déjà jeté l’éponge au Sénat, constate la chaîne Public Sénat : « En moins d’une semaine, la jeune formation, qui peine à boucler ses investitures pour les élections sénatoriales, a perdu trois têtes de liste» : le député socialiste sortant Jean-Pierre Le Roch, investi tête de liste dans le Morbihan, l’ancien directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot, qui devait conduire la liste LREM dans le Nord, et — retrait plus spectaculaire encore — la sénatrice sortante de la Seine-et-Marne Nicole Bricq, l’un des premiers soutiens d’Emmanuel Macron au Sénat, qui était pressentie pour assurer une éventuelle présidence de la commission des Finances. C’est de mauvais augure pour les sénatoriales du 24 septembre, où 170 des 348 sièges seront renouvelés.

Ces élections qui « pourraient bien être l’exacte opposée des législatives de juin dernier » sont « un casse-tête pour la République en marche”, souligne France Inter. L’enjeu n’est pas mince : « Si la REM parvient à s’imposer au Sénat, Emmanuel Macron pourra réformer la Constitution en réunissant les deux chambres et en s’assurant le vote des trois cinquièmes du Parlement, évitant ainsi d’avoir recours à un référendum. ».

« La République en marche veut éviter une déroute au Sénat », explique Le Parisien (3 août) car le parti présidentiel, privé d’élus locaux, a besoin de l’appui de sénateurs « constructifs » issus des différentes familles existantes : socialistes, MoDem, centristes ou Républicains pour s’assurer d’une majorité. « Pour ne rien arranger, la rafale de réformes influant sur les collectivités locales (projet de suppression de la taxe d’habitation, baisse des dotations, suppression de la réserve parlementaire) ne crée pas un climat favorable à LREM. “La droite va faire une campagne très dure”, pronostique un sénateur macronien.»

Foire d’empoigne à l’Assemblée nationale

Si les événements du Sénat restent obscurs et sans grands attraits pour l’opinion publique, elle n’a rien perdu de la foire d’empoigne à l’Assemblée nationale. « Les couacs à l’Assemblée nationale ont rappelé l’inexpérience des députés macronistes » souligne Sud-Ouest : « Le 24 juillet, alors que les députés entament les discussions sur le projet de loi de moralisation de la vie publique, Delphine Batho (PS) recadre sèchement la vice-présidente LREM de l’Assemblée Danielle Brulebois, nommée depuis à peine un mois et éprouvant de réelles difficultés à mener les débats : “Franchement, délibérer dans des conditions de débats pareilles est proprement ahurissant”. Le lendemain, c’est une autre vice-présidente LREM de l’Assemblée, Carole Bureau-Bonnard, qui essuie à son tour les critiques. Elle aussi apparaît totalement dépassée. Philippe Gosselin, le député LR de La Manche, assène alors : “La phase d’apprentissage ça va bien. Ici on n’est pas dans une phase d’apprentissage, on fabrique la loi”. » Ces faux pas ne sont pas des accidents anecdotiques, confie à Sud-Ouest un député LREM : “Il n’y a pas de culture politique mais surtout il n’y a pas de méthode de travail, pas de dispositif politique structuré”.

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« Plusieurs vice-présidences ont (…) été confiées à des députés LREM novices qui n’étaient pas prévus au départ pour cette fonction. Et que cette inexpérience s’est fait sentir lors des débats qui ont eu lieu pendant tout le mois de juillet, suscitant dans les journaux, la télévision et plus encore sur internet, l’accusation d’amateurisme qui colle désormais à la peau de la majorité parlementaire » analyse le blogueur et romancier David Desgouilles dans Causeur. À quoi s’est ajouté l’épisode calamiteux de la démission du général de Villiers dans lequel le président de la République « s’est personnellement exposé », « confondant autorité et autoritarisme ».

Emmanuel Macron a déjeuné mardi 1er août avec des parlementaires LREM et a demandé mercredi à ses ministres d’être plus politiques. Un recadrage ? Nenni, selon le porte-parole, Christophe Castaner : le président ne « recadre pas ses ministres, il dit ce qu’il pense » rapporte Europe 1. Ce serait juste « l’occasion de resituer les événements dans une “vision plus globale” et de rappeler le chemin “sans précédent” accompli depuis plusieurs mois ».

La chute de popularité d’Emmanuel Macron

Précisément, deux mois après son arrivée aux affaires, « Emmanuel Macron accuse une chute de popularité quasi inédite sous la Ve République, signe d’un profond hiatus entre la communication présidentielle et la “politique d’austérité” conduite par l’exécutif, analyse le politologue Jérôme Fourquet, de l’Ifop » pour LCP : dix points de moins selon l’Ifop, huit selon Harris Interactive, sept selon YouGov, cinq selon Elabe… « C’est une baisse inégalée lors du premier été d’un mandat présidentiel sous toute la Ve République. À une exception près, celle de Jacques Chirac, élu en 1995 sur la réduction de la fracture sociale et qui avait annoncé un tour de vis sur la Sécu considéré comme un reniement de ses promesses électorales. »

Jérôme Fourquet pointe trois foyers principaux de mécontentements : la fonction publique à cause du gel du point d’indice, du retour du jour de carence vécu comme une mesure vexatoire, des coupes budgétaires… ; les retraités « qui s’inquiètent vivement de la hausse annoncée de la CSG » ; enfin « l’attitude d’Emmanuel Macron à l’égard du général de Villiers. Beaucoup y voient un excès d’autoritarisme conjugué au reniement de la parole donnée sur le budget de la défense. » Qui plus est, ces sondages ont été réalisés avant l’annonce d’une baisse de cinq euros mensuels des APL et le coup de rabot de 300 millions d’euros pour les collectivités locales… L’état de grâce n’aura pas duré longtemps : « Dans une partie de l’opinion commence à s’installer le sentiment d’avoir affaire à un grand séducteur et un communicant hors pair mais dont la communication hyper hollywoodienne et léchée est un instrument au service d’une politique d’austérité ».

« Baisse du budget de la Défense, départ du chef d’état-major des armées, baisse des APL, cacophonie à l’Assemblée… le président de la République a vu les polémiques s’enchaîner les unes après les autres, ce qui est sanctionné aujourd’hui » résume le Huffington Post (3 août). « Les choses ne sont guère plus réjouissantes pour le Premier ministre. Edouard Philippe voit en effet sa cote baisser de 2% pour arriver à 37% d’opinions favorables, dépassant d’une courte tête celle du locataire de l’Élysée. »

Après la canicule, une rentrée politique bouillante ?

« Ce n’est plus une chute mais une dégringolade qui prouve combien sont inconstants les Français qui, le 24 mai, étaient derrière lui à 67 % ! » commente Floris de Bonneville, ancien directeur des rédactions de l’Agence Gamma, dans Boulevard Voltaire. « Les Français sont-ils vraiment en vacances ou nous préparent-ils une rentrée bouillante ? »

Les députés LREM se retrouveront pour un séminaire de rentrée fin septembre. « Puisque le chef de l’État s’est donné pour louable objectif de réduire le déficit public, il va mesurer dès septembre la difficulté qu’il y a à combattre l’addiction à la dépense dans un pays comme le nôtre » prédit Paul-Henri du Limbert dans Le Figaro (30 juillet). « Pour mener cette politique rigoureuse, le chef de l’État devra probablement maltraiter sa majorité de “députés marcheurs”. Venus d’un peu partout (gauche, centre, droite, société civile), ils se distinguent davantage par leur inexpérience que par leur cohérence. Accepteront-ils de se faire insulter par le PS et La France insoumise ? Sauront-ils, eux si novices, se transformer en vieux grognards à qui on ne la fait pas ? Quand on observe le joyeux désordre parlementaire de ce mois de juillet, le doute est permis. » Cet automne, le vote de la loi de finances 2018 sera un test crucial pour le quinquennat.

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