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Laurent Dandrieu : « Claude Rich cultivait la fidélité en amitié et en amour »

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Décédé le 20 juillet dernier, Claude Rich demeurera un comédien d’exception mais aussi un homme d’une grande hauteur. Laurent Dandrieu, journaliste, auteur d’un "Dictionnaire passionné du cinéma" (Éditions de l’Homme Nouveau, 2013), revient sur les deux facettes de cette grande figure du septième art.

Aleteia : À l’occasion de la disparition de Claude Rich, Les Tontons Flingueurs et Le Crabe-Tambour ont été cités de manière pavlovienne pour résumer sa filmographie. Ne faut-il pas aussi retenir le Claude Rich du Souper ou du Caporal épinglé ?
Laurent Dandrieu : Oui, pourquoi toujours vouloir opposer les diverses facettes d’une même réalité ? L’Antoine Delafoy des Tontons flingueurs est à l’évidence l’une des compositions marquantes d’une carrière qui en compte beaucoup, mais lui-même ne se plaignait pas, bien au contraire, de la popularité de ce rôle, et s’amusait franchement d’être encore abordé, quarante ans plus tard, par des jeunes gens qui lui resservaient par cœur les dialogues du film d’Audiard. Quant au Crabe-Tambour, c’est un film d’une originalité et d’une puissance certaines, qui restera dans l’histoire du cinéma. Cela n’ôte rien aux mérites des prestations de Claude Rich dans le Souper, où il est un Talleyrand inoubliable d’élégance madrée, ou du prisonnier de guerre mélancolique du Caporal épinglé de Jean Renoir, d’après Jacques Perret.

Quels autres films méritent d’être revus ? 
Beaucoup de films que Claude Rich illumine de sa présence ironique dans un rôle secondaire : au risque d’en oublier, on peut citer Les Copains d’Yves Robert, La Mariée était en noir de Truffaut, Capitaine Conan de Bertrand Tavernier, Le Derrière de Valérie Lemercier, sans oublier le Panoramix de Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Il faut aussi redécouvrir deux films où il tient le premier rôle : les extraordinaires Compagnons de la marguerite de Jean-Pierre Mocky (1967), une comédie jubilatoire où il compose un escroc à l’état-civil, et Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais (1968), film de science-fiction méconnu où Claude Rich sert de cobaye à une machine à voyager dans le temps.

Avec sa discrétion et son élégance, Claude Rich détonnait fortement sur le reste du « show-biz »…
Oui, par cette discrétion même, son refus de se mettre en avant que ce soit en rejoignant le troupeau bêlant des artistes pétitionnaires ou en se faisant remarquer par une vie privée tapageuse. Il cultivait la fidélité, en amitié (ses copains du Conservatoire, Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort, Bruno Cremer) et en amour, puisqu’il est resté marié toute sa vie avec la comédienne Catherine Rich, avec qui il a eu deux enfants. Ils avaient également adopté le fils d’un camarade comédien trop tôt décédé. Et, bien sûr, Claude Rich détonnait aussi par son catholicisme pratiquant.

Le Claude Rich « intérieur », celui qui confessait avoir retrouvé la foi de son enfance, a été négligé par les médias. Il était d’ailleurs très discret vis à vis de sa foi. Par crainte d’être épinglé « acteur catholique » comme on disait « romancier catholique » ?
Oui, il refusait cette étiquette comme les autres : « Ne me transformez pas en comédien catholique, avait-il déclaré à la Croix. Je veux rester un acteur qui puisse jouer tour à tour un salaud ou un saint ». Mais, orphelin de père à 5 ans, il avait été très marqué par la piété exigeante de sa mère, comme par le désir d’absolu de Charles de Foucauld. Sans en faire un étendard, son catholicisme était la seule opinion dont il se sentait le droit de faire état publiquement : « Lorsqu’il m’arrive de confier à quelqu’un mon intention d’aller à la messe le dimanche et que mon interlocuteur me fait part de son étonnement, je lui dis que c’est moi qui suis étonné qu’il n’aille pas à l’église », dit-il un jour à Valeurs actuelles, à qui il confiait aussi qu’en voyage, il ne manquait jamais de rendre visite au bon Dieu dans telle ou telle petite chapelle…

Comment résumeriez-vous le parcours de Claude Rich en quelques mots seulement ?
C’est, me semble-t-il, un homme qui a su toute sa vie se souvenir que l’esprit d’enfance est la meilleure part de nous-mêmes, un comédien qui a su dans le moindre de ses rôles rendre justice à la complexité de l’âme humaine, un artiste d’une infinie subtilité qui en toute chose mettait ce grain de folie qui est l’élégance de la sagesse.

Propos recueillis par Thomas Renaud. 

Tags:
cinema
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