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Quand nos parents deviennent nos enfants

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L'espérance de vie augmente, le troisième âge aussi. Si la vieillesse est parfois pénible pour ceux qui la vivent, elle peut l'être tout autant pour les enfants... Car il est difficile de trouver sa place, sans sacrifices inutiles, ni culpabilité excessive.

Elle n’en peut plus, elle est à bout. Bibi, de son surnom d’Internaute, se confie sur Doctissimo.fr : « Ma mère est en maison de retraite, je vais la voir tous les dimanches et j’appréhende : Elle critique tout, se plaint tout le temps mais moi je n’ai pas le droit de me plaindre. Il n’y a plus aucun dialogue possible. Bref, plus rien à voir avec la mère douce et attentive que j’ai connue ».

Une autre : « J’habite à 400 kilomètres de chez mes parents et je m’en veux de ne pas aller les voir plus souvent… tout en redoutant d’aller les voir. Mon époux me dit que je lui préfère ma mère… C’est moi maintenant qui suis en dépression ».

Ces témoignages sont loin d’être uniques. Sentiment mêlé à une peur lancinante de la vieillesse dans une société où les personnes âgées sont considérées encore comme dépassées, voire “inutiles”, ce parent qui est en train de décliner sous nos yeux nous renvoie à notre fragilité, nous confronte à la mort : La sienne comme la nôtre. Lestés par cette culpabilité, il arrive que les aidants somatisent… Les réactions psychophysiologiques encourues par les aidants sont multiples : Epuisement, troubles du sommeil, irritabilité, abus/violence. Avec, comme effets sur la santé, anxiété voire dépression. Sans compter les sources de stress secondaires : Conflits familiaux, problèmes économiques et professionnels. Et les incidences sur la foi, alors que la révolte contre Dieu peut devenir une tentation.

L’expérience du docteur Agnès Saraux montre à quel point les familles sont démunies devant les difficultés de leurs parents, d’autant que certains ne se laissent pas aider et/ou ont un fichu caractère à la Tatie Danielle (film d’Etienne Chatillez). « Souvent, ils ne se rendent pas compte de tout ce qu’ils exigent, de tout ce que leur enfant fait déjà comme remplir le frigidaire, faire le ménage… d’autant plus lorsqu’ils sont atteints de maladie type Alzheimer : Ils n’ont pas conscience de leurs troubles », souligne-t-elle.

Certaines familles supportent tellement peu cette situation qu’ils rompent avec leurs parents,  d’autres, au contraire, se sentent tellement concernés qu’ils les prennent chez eux. Comme Ariane, 41 ans : « Je ne me suis pas posé la question, il me semble logique d’accompagner maman tout comme elle l’a fait pour moi enfant ». Ce n’est pas l’avis d’Anne, 47 ans : « Je suis toujours en train de culpabiliser, mais je dois faire un effort pour ne pas me laisser manger par ma mère. Voici ce que mon confesseur m’a dit un jour : « On doit honorer son père et sa mère, pas leur écrire une reconnaissance de dettes ».

On pourrait croire que les relations étaient plus simples autrefois. « C’est faux rétorque le docteur Agnès Saraux, elles étaient juste différentes : Les parents vivaient chez leurs enfants ou à proximité, les problèmes étaient liés à la promiscuité ».

Comment gérer sereinement notre relation avec ce parents qui ‘’perd’’ et se perd, ce corps qui se transforme, cette parole marquée d’absences ? Comment faire le deuil de la relation passée et accepter de jouer le rôle de protecteur ? Cette problématique douloureuse, aggravée parfois par des histoires familiales difficiles, réduit souvent la vieillesse à sa dimension négative. Pourtant, l’épreuve est parfois une occasion de porter un regard plus fraternel et charitable sur son parent, qui a perdu de sa superbe, et sur la nature humaine en général. « En aidant maman à se nourrir, comme elle l’avait fait pour moi bébé, j’ai été bouleversée par notre humanité commune, et j’ai pu entrevoir concrètement ce qu’était la communion des saints ». « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites », disait Jésus (Mat 25,40). Se dépasser soi-même, décupler patience et bienveillance, n’est-ce pas une manière de gagner son paradis ?

Des livres pour aller plus loin

‘’Aidants, liens familiaux et maladie d’Alzheimer’’, de Géraldine Pierron-Robinet (L’Harmattan 2016) photo
L’aidant familial incarne un nouvel acteur de santé, incontournable dans le maintien à domicile de son proche malade Alzheimer. Pourtant les enjeux psychiques de la relation d’aide restent mal connus. Comment les familles vivent-elles l’évolution de la maladie d’Alzheimer de leur proche, qui bouleverse leurs relations antérieures ? Quelles sont les incidences des pertes sur les liens du couple et de la fratrie ? Et pourquoi les aidants restent-ils réticents à demander de l’aide face à la dépendance ? En s’appuyant sur le vécu des familles accompagnant un proche malade Alzheimer, cet ouvrage analyse les facteurs affectifs en jeu dans la relation d’aide

‘’Mes parents vieillissent : mode d’emploi’’ de Martine Trudel (Broché, 2009 Guide) photo
Quels sont les droits de mes parents ? Quelles ressources sont à leur disposition ? Que faire face à ma mère qui dépérit ? Mon père est-il malheureux ? Dois-je en faire plus ou en fais-je déjà trop ? Le vieillissement pose des défis incontournables autant aux parents qu’aux enfants. Que la vieillesse soit vécue avec aisance ou qu’elle soit hypothéquée par la perte d’autonomie, la famille aura tôt ou tard à négocier avec les changements qu’elle entraîne dans la vie des parents qui prennent de l’âge. Afin de faire face à cette réalité avec une plus grande paix d’esprit, les enfants ont avantage à s’y préparer. Cet ouvrage a été conçu pour guider l’adulte dans son rôle d’aidant auprès de ses parents vieillissants et l’aider à éviter qu’il s’épuise. La démarche proposée permet d’avoir une vue d’ensemble de la trajectoire que peut prendre l’accompagnement, notamment en prenant conscience de certains enjeux comme le sentiment de redevance envers ses parents ainsi que des contradictions et des malaises entourant l’aide. Il permet à chacun de construire son propre projet d’accompagnement et de cibler le soutien des ressources qui s’offrent à lui et sa famille pour alléger sa tâche. Un outil indispensable pour tous ceux et celles qui ont des parents qui arrivent à l’hiver de leur vie et qui veulent trouver des réponses concrètes et pratiques à leurs questions, pour mieux vivre l’accompagnement de leurs êtres chers.

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