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Qui a inventé l’école maternelle ?

© Denis Betsch
Le presbytère devenu musée Oberlin
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La fameuse chanson avait tort : non Charlemagne n'a pas inventé l'école ! Mais alors qui est à l'origine de l'école maternelle ?

L’école maternelle est née au XVIIIè siècle dans une vallée de la montagne des Vosges, alors coupée du monde. Le pasteur protestant Jean-Frédéric Oberlin, qui a fait de brillantes études universitaires à Strasbourg, est nommé en 1767 à Waldersbach au Ban de la Roche, dans la vallée de la Bruche. Le poste dont personne ne rêve, loin de tout, dans un coin perdu entre Alsace et Lorraine. Il s’installe dans le presbytère en haut du village, où il habitera jusqu’à la fin de sa vie avec sa femme et ses 9 enfants. Le climat est rude. Ses paroissiens sont des paysans pauvres et ignorants qui parlent un mauvais patois lorrain. Oberlin va consacrer les 59 années de son ministère à améliorer leur vie quotidienne. Il se soucie notamment des enfants de moins de 6 ans qu’il voit désœuvrés, livrés à eux-mêmes toute la journée, car ils n’ont pas encore l’âge d’aller aux champs ou d’aider à la maison. Les mères de familles sont trop occupées à assurer péniblement une vie misérable pour avoir le temps de les élever.

Les poêles à tricoter

Alors le pasteur Oberlin invente pour eux les « poêles à tricoter ». Dès 1769, il réunit des tout-petits dans son presbytère de montagne, autour d’un poêle qui apporte une chaleur bienfaisante. Le pasteur Oberlin part du principe que pour avoir une vie spirituelle, il faut d’abord bénéficier de conditions matérielles correctes. Nous sommes au siècle des Lumières, à la veille de la Révolution française. Le pasteur Oberlin fonde son projet d’évangélisation sur le progrès social, sur la liberté de penser et sur l’éducation qui est le premier levier de développement dans cette vallée déshéritée. Ensuite, il pense à occuper ces enfants. Les premiers écoliers de maternelle vont d’abord « apprendre » à tricoter, à filer, à coudre, proprement et sans se quereller ! Voilà pourquoi les premières écoles maternelles s’appelaient des « poêles à tricoter ». Sa recette était déjà la bonne : réunir des enfants d’une même tranche d’âge, leur offrir un cadre d’apprentissage agréable et leur proposer une activité pédagogique, sous un regard bienveillant.

© Denis Betsch
Les jardins du musée

Des conductrices de la tendre enfance

Car pour s’occuper de ces tout-petits, le pasteur embauche des jeunes filles célibataires, des paysannes qui vivent encore chez leurs parents, mais qui n’ont pas le fardeau de la maison à tenir. Il les rémunère et leur offre une « position » sociale valorisante, avec l’accord de leurs pères bien sûr ! Il faut de l’imagination pour mesurer l’impact de ce projet éducatif innovant au XVIIIe siècle, au fin fond des Vosges ! Ces premières « maîtresses » de maternelle portent le joli nom de « conductrices de la tendre enfance »…

L’histoire locale a retenu les noms de deux institutrices parmi les pionnières : Sara Banzet et Louise Scheppler. Très vite, les « poêles à tricoter » se multiplient dans toute la paroisse du Ban de la Roche.

Jouer à apprendre

Le pasteur Oberlin conçoit un programme d’enseignement incroyablement complet pour la tendre enfance. Il préconise un équilibre entre des activités manuelles et des exercices physiques en plein air, tout en introduisant des apprentissages « fondamentaux » de manière ludique. Peut-on être plus moderne ?! Jouer à apprendre résume bien l’œuvre scolaire originale de Jean-Frédéric Oberlin. Pour cela, il créé inlassablement des images, des jeux de carte. Il fabrique des alphabets en bois et des lanternes magiques, il collectionne des minéraux et des plantes à la manière des cabinets de curiosité de l’époque. Il fait découvrir à ces tout-petits leur vallée, leur montagne, mais aussi l’Europe, le monde entier, les toucans et les éléphants. Toute une pédagogie de l’éveil… dans une « zone d’éducation prioritaire » !

Un musée où l’on a le droit de jouer

Le presbytère de Waldersbach se trouve toujours en haut du village et on peut désormais le visiter. C’est émouvant et ludique, les enfants aiment beaucoup ! Le jardin est pédagogique, parfait pour une sortie de classe. On s’émerveille de l’ingéniosité d’un véritable éducateur dans l’âme, qui fut aussi l’inventeur du bon point !

© Denis Betsch

Musée Jean-Frédéric Oberlin
25 Montée Oberlin
67130 Waldersbach
03 88 97 30 27
www.musee-oberlin.com

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