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24 heures dans la vie d’un orthodoxe

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Salut des icônes, signe de croix, cierges : la confession orthodoxe porte dans sa tradition une multitude de signes de piété, à faire pâlir le plus dévot des catholiques. Toute la journée d’un fidèle est rythmée par ces gestes qui maintiennent ainsi un lien permanent avec les réalités célestes.

Igor est orthodoxe. Il habite le XVe arrondissement de Paris, non loin de l’église Saint-Séraphin de Sarov. Dimanche, il compte se rendre à l’office. À partir de minuit, cette nuit-là, il devra s’y préparer par le jeûne afin de communier le ventre vide. Un jeûne qui, dans certains pays de l’Europe de l’Est, peut durer plusieurs jours. Mais la préparation d’Igor ne s’arrête pas là. Elle est aussi spirituelle, par la prière, pour arriver dans de bonnes dispositions à l’office.

L’entrée dans l’église

Le jour venu, à l’approche de l’église, il se signe, avec trois doigts, de haut en bas et de la droite vers la gauche. Un geste qu’il répétera également devant la porte de l’édifice. Une fois dans l’église et après s’être de nouveau signé, Igor se dirige vers le comptoir des cierges. C’est le passage incontournable du fidèle. Une table s’y dresse, avec toutes sortes d’ustensiles payants. Il ne s’agit pour autant pas d’une boutique souvenirs. Plutôt d’un point de vente regroupant les accessoires indispensables aux fidèles. On peut y acheter des icônes, des ouvrages, des CD-ROMs. Mais ce n’est pas ça qu’Igor est venu chercher. Selon l’usage, Igor achète d’abord des cierges pour les icônes, qu’il n’allumera que plus tard. Il s’approche ensuite d’une petite corbeille recouverte d’une nappe où se trouvent les prosphores : chaque fidèle se “réserve” un de ces petits pains bénits en entrant dans l’église, mais seule une partie du pain, de forme triangulaire, prélevée avec une lancette rejoindra le calice et sera consacrée. En théorie il faut donc une prosphore par communiant puisque les morceaux seront puisés et versés entre les lèvres du communiant. À la fin de la liturgie, les prosphores entamées de cette petite portion seront distribuées aux fidèles qui pourront les consommer sur place ou les emporter chez eux. Une fois la prosphore déposée dans la corbeille, il se dirige encore vers un autre coin de la table pour une dernière acquisition : les diptyques. Comme son nom l’indique cette feuille de papier (ou petit livret suivant les églises) est divisée en deux listes. Sur la première Igor inscrit le nom des morts pour lesquels il veut prier, et sur la seconde celui des vivants. Les personnes ainsi désignées seront spirituellement présentes lors de la cérémonie. Enfin, une fois les dytiques remplis, Igor les laisse sur le comptoir et s’avance dans l’église, ses cierges à la main.

Les icônes, les cierges et les embrassades

Igor s’est approché d’une icône. Il a pris soin de respecter l’usage de l’ordre des visites. D’abord l’icône du Christ, en premier. Une fois devant elle, il se signe, s’approche, près, très près, jusqu’à embrasser l’un des coins inférieurs de l’objet et, aussitôt le baiser posé, il le touche avec son front. Ce geste permet à Igor d’entrer en contact avec le Christ, par l’image, qui en est l’intermédiaire. Il allume alors son cierge, le pose devant l’icône et entame sa prière : un court dialogue avec le Christ. La deuxième icône vers laquelle il se dirige est celle de la Vierge Marie. Elle est appelée Mère de Dieu par les orthodoxes depuis le concile d’Éphèse en 431. Après ces deux visites incontournables, Igor se dirige enfin vers les très nombreuses icônes de saints qui ornent les murs. Il y salue successivement le vénéré Nicolas, sainte Geneviève et l’intournable sainte Trinité. Chaque fidèle possède ses saints favoris, aux grés de son histoire, de son identité ou des circonstances.

Les signes de piété pendant la liturgie

Igor est à présent debout parmi les fidèles ; la messe a commencé. Elle durera plusieurs heures. Il n’y a pas de chaises derrière lui et très peu dans l’église, car les célébrations orthodoxes, contrairement aux catholiques, se font entièrement debout. À l’instar des autres, Igor se signe très régulièrement. Au hasard de son recueillement pourrait-on croire. En réalité, ce geste est exécuté à chaque énoncé de doxologies : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ». Quelques fois même, il tend la main vers le sol, fléchit les genoux et remonte aussitôt. Il marque ainsi son désir d’humilité en s’abaissant vers le sol face au Seigneur. Enfin, à la fin de la messe, avant de quitter l’église, Igor saluera de nouveau les icônes mais, cette fois-ci, pour leur dire au revoir.

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