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Soudan du Sud : six ans après l’indépendance, une détresse immense

© SAMIR BOL / ANADOLU AGENCY / AFP
JUBA, SOUTH SUDAN - DECEMBER 25: People attend a Christmas mass at the Cathedral of St. Therese to celebrate the birth of Jesus Christ, in Juba, South Sudan on December 25, 2014. Samir Bol / Anadolu Agency
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Le pays est embourbé dans une crise humanitaire effroyable et une guerre civile sanguinaire, comme le rappellent les Œuvres pontificales missionnaires.

Bien triste anniversaire au Soudan du Sud… Six ans après son détachement du pouvoir central de Khartoum, le pays, qui a pour capitale Juba, est embourbé dans une crise humanitaire pire que jamais, avec de graves violations des droits de l’homme et une guerre civile brutale et persistante. Dans un message à l’occasion du VIe anniversaire de son indépendance, le président de la conférence épiscopale du Soudan (SCBC) et évêque de Tombura-Yambio, Mgr Edward Hiiboro Kussala, fait un état des lieux depuis le référendum du 9 juillet 2011, qui a sanctionné cette indépendance, et invite les citoyens à “prier intensément pour la paix, afin que les cœurs des personnes soient guidés par l’amour et par la confiance réciproque, indépendamment des ethnies ou de la communauté d’appartenance, rendant ainsi la vie au Soudan du Sud plus significative et plus joyeuse”, rapporte l’agence Fides, qui relève des Œuvres pontificales missionnaires (OPM).

“Le pays est chargé de violences et de guerre par toutes les forces qui combattent ou les personnes qui détiennent des armes”, souligne l’évêque dans son message. Y règne également la faillite, a-t-il poursuivi, laquelle demande à être proclamée officiellement par l’État, en ce moment crucial. Ceci représenterait “un acte courageux” de la part du gouvernement, estime-t-il, car “lorsqu’un pays ne peut plus payer les intérêts de sa dette ou convaincre quelqu’un à lui prêter de l’argent, c’est bien de cela qu’il s’agit : une faillite”. Et la cause la plus évidente de cette faillite comprend la guerre civile ou “la mauvaise gestion financière du gouvernement !”.

Abandonner les armes

L’occasion pour le président des évêques soudanais d’appeler tout un chacun à abandonner les armes “par amour pour cette belle nation”, et à soutenir le dialogue national lancé par le président Salva Kiir Mayardit. L’évêque poursuit : “Je veux continuer à travailler en faveur de l’unité de mon pays. Je veux dépenser ma vie pour une paix durable, la paix qui a été volée par quelqu’un. Il en existe beaucoup comme moi, de toutes les religions, qui n’ont pas renoncé à l’espérance. Je crois que l’état actuel du pays est seulement une phase de transition. La liberté est un don de Dieu. La paix est un don de Dieu. Les dons de Dieu sont destinés à Ses enfants. L’indépendance n’est pas acquise une fois pour toutes mais elle est forgée au quotidien, réalisée chaque jour”, a conclu Mgr Kussala.

Fin juin, dans un compte-rendu de la situation sur place rapporté à Fides, le directeur des Médecins avec l’Afrique – CUAMM – le père Dante Carraro a fait état d’une augmentation de l’insécurité dans les zones rurales, en particulier dans le nord du pays, au sein des anciens États des Lacs et d’Unité, où “la monnaie sud-soudanaise est désormais sans valeur, la pauvreté est grave et déferlante”. Contrairement à l’annonce de la FAO, de l’UNICEF et duProgramme alimentaire mondial (PAM) qui ont déclaré officiellement conclue la famine, le religieux déplore une situation encore dramatique autour des quelques 90 centres sanitaires placés sous leur administration. Ce n’est peut-être plus le cas à Juba, la capitale, mais ailleurs, assure-t-il, “tous les moyens sont bons pour trouver de la nourriture pour sa propre famille”.

Se rendre de Juba, la capitale, jusqu’à Rumbek, dans l’ancien État des Lacs, et Nyal, dans le sud de l’ancien État d’Unité, se déplacer en avion, en hélicoptère ou en en voiture est devenu trop dangereux, car les affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles et la guérilla y sont quotidiens. Sur place, vivent quelques 70 000 personnes très pauvres et sans assistance sanitaire, dont beaucoup de mères et d’enfants, des jeunes femmes, souvent veuves, qui ont subi des violences et des humiliations et vivent cachées dans des baraques de fortune, couvertes de toiles blanches de nylon fournies par les organisations humanitaires.

Le Pape toujours attendu

À toutes ces “victimes inécoutées et silencieuses de ce conflit sanguinaire et inhumain”, le Pape, qui a dû renoncer à son voyage sur place, a voulu tendre la main en donnant le coup d’envoi à un grand projet de solidarité qui couvre trois champs d’activités — santé, éducation, agriculture — confié à Solidarity with South Soudan, une association de congrégations religieuses présentes dans le pays.

Mgr Kussala, après cette annulation du voyage du Saint-Père, avait souligné l’intention du Pape de se rendre “tôt ou tard” en personne au Soudan du Sud et invité les habitants du pays à s’engager dans une œuvre concrète “de discernement spirituel, et de construction pour la paix”, et à “créer une atmosphère positive”, pour que cette visite puisse avoir lieu “dans les conditions requises”.

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