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Georges Bernanos : 5 ouvrages à lire absolument

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Écrivain de combat et ancien combattant, romancier spirituel et figure de la résistance antitotalitaire, Georges Bernanos a laissé derrière lui une pléthore d’œuvres majeures. Parmi la quarantaine d’écrits (essais, romans, théâtre et correspondance), publiés par Bernanos, voici les cinq œuvres qu’il faut impérativement avoir lues.

Sous le soleil de Satan (1926)

« Le mal, comme le bien, est aimé pour lui-même, et servi. »

L’abbé Donissan, jeune vicaire, ascète, hanté par le doute et la présence charnelle du démon fait la rencontre de Mouchette, jeune révoltée mystique abandonnée au vice et à la violence. L’abbé Donissan fera tout pour sauver l’âme de Mouchette, jusqu’à en perdre la sienne ?

Dans un style halluciné, Georges Bernanos met en scène chaotiquement la lutte entre le bien et le mal à travers deux personnages dont les âmes se retrouvent comme liées dans un combat surnaturel. Premier roman de Bernanos, Sous le soleil de Satan laisse entrevoir les principales thématiques de son œuvre colossale : spiritualité, lutte, résistance, mysticisme habilement mêlés dans un affrontement à la fois humain et divin, le propre de l’homme, le privilège de l’écrivain.

Ce roman fera l’objet d’une adaptation cinématographique de Maurice Pialat en 1987, avec Gérard Depardieu et Sandrine Bonnaire à l’affiche. Le film recevra la Palme d’or du Festival de Cannes, provoquant l’indignation des élites culturelles dans un clin d’œil tout bernanosien.

Les Grands cimetières sous la lune (1938)

« Je vois là d’abord une fatalité historique contre laquelle vous allez vous briser »

Contraint à l’exil financier en 1934 à Palma de Majorque, Georges Bernanos est témoin malgré lui des atrocités de la guerre civile espagnole. Au plus près du conflit, il rédigea un violent pamphlet antifranquiste dénonçant notamment les persécutions du Caudillo. Condamnant tour à tour la résignation des petits-bourgeois, la toute-puissance des bien-pensants et des imbéciles.

Ce livre n’a pas pour objectif de décrire les horreurs de la guerre civile espagnole, Bernanos a trouvé plus utile de pourfendre non les agissements de l’ennemi mais plutôt la passivité et la complicité des braves gens. Une œuvre qui lors de sa publication en France choqua l’opinion publique qui ne se rendit alors pas compte que cette œuvre prophétisait le drame de la collaboration.

Journal d’un curé de campagne (1936)

« Son tort, ça n’a pas été de combattre la saleté, bien sûr, mais d’avoir voulu l’anéantir, comme si c’était possible. »

Un jeune prêtre est nommé curé dans une pauvre paroisse du nord. Marqué par des douleurs physiques perpétuelles, sa seule certitude est que « tout est grâce » alors même que tout ce qu’il entreprend est un échec aux yeux des hommes.

S’il y a un roman de Bernanos à connaître, c’est bien celui-ci. Et c’est d’ailleurs l’auteur qui en parle le mieux :

« J’ai résolu de faire le journal d’un jeune prêtre, à son entrée dans une paroisse. Il va chercher midi à quatorze heures, se démener comme quatre, faire des projets mirifiques, qui échoueront naturellement, se laisser plus ou moins duper par des imbéciles, des vicieuses ou des salauds, et alors qu’il croira tout perdu, il aura servi le bon Dieu dans la mesure même où il croira l’avoir desservi. Sa naïveté aura eu raison de tout. »

Lauréat du Grand prix du roman de l’Académie française, le Journal d’un curé de campagne a également fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1951 avec Claude Laydu dans le rôle du curé — pour l’anecdote, il s’agit du créateur et producteur de Bonne Nuit les Petits.

Dialogues des carmélites (1952)

« On n’a pas peur, on s’imagine avoir peur. La peur est une fantasmagorie du démon. »

Blanche de La Force, jeune fille de l’aristocratie, annonce à son père son désir d’entrer comme postulante au Carmel de Compiègne. Nous sommes en avril 1789. Devenue novice, Blanche va vivre les derniers jours de la congrégation en pleine persécution religieuse. Lorsque la troupe envahit le couvent, Blanche parvient à s’échapper. Alors que les carmélites montent à l’échafaud en chantant le Salve Regina (Veni creator, dans la version cinématographique) Blanche de La Force les rejoint et meurt la dernière.

Ces dialogues ne sont pas à proprement parlé une œuvre de Georges Bernanos. C’est un opéra posthume en trois actes composé et écrit en 1952 et joué pour la première fois en 1957 à la Scala de Milan. Un opéra dont Georges Bernanos aura écrit le scénario sous la forme d’une pièce de théâtre publiée après sa mort. Il est en effet décédé en 1948 à l’âge de 60 ans.

Dans cette courte pièce, on retrouve les interrogations qui ont taraudé l’auteur. L’héroïsme dans la simplicité, la lutte entre bien et mal torturés par le scalpel du doute qui peuplera la majorité des œuvres de Georges Bernanos.

La France contre les robots (1947)

Recueil de textes contre la société industrielle, Bernanos fait ici le procès du machinisme qui compromet la liberté humaine et conditionne sa pensée.

« Un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble. La Force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l’esprit de Révolte, elle fait des héros et des Martyrs. La tyrannie abjecte du Nombre est une infection lente qui n’a jamais provoqué de fièvre. Le Nombre crée une société à son image, une société d’êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. »

Amoureux du silence et de la méditation, Bernanos fait ici état de sa vision orwelliene de l’avenir. Un an avant 1984, l’auteur, outre sa violente critique envers ce qu’il considère comme un modèle anglo-saxon incompatible avec la civilisation française, fait étalage de son talent de prophète, prédisant « une société folle qui fabriquera des fous ».

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