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Macron sur le pont, Philippe au charbon

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Le président de la République s’est exprimé à Versailles devant le Congrès, son premier ministre devant l’Assemblée nationale : l’un a désigné le cap, l’autre a décrit un laborieux itinéraire…

À Emmanuel Macron, l’exaltation des horizons lointains, à Edouard Philippe, le labeur des détails. Le chef de l’État a exprimé « la volonté de mettre un terme à l’inflation législative maladive pour mieux évaluer, corriger, voire supprimer les lois votées et mieux contrôler l’action du gouvernement » résume Guillaume Tabard dans Le Figaro (3 juillet). Au-delà d’un catalogue de réformes (dose de proportionnelle, réduction du nombre de parlementaires, limitation des mandats dans le temps, redéfinition du Conseil économique, social et environnemental…), il faut remarquer « une distinction claire entre le rôle du président de la République et celui du premier ministre », Macron restant « sur le terrain des principes, des objectifs, des considérations sur le “sens” de l’action politique » laissant à son premier ministre le rôle d’expliquer aux parlementaires comment y parvenir.

Rendre à la République son efficacité sans oublier « la France d’en-bas »

Dans le discours présidentiel long, voire ennuyeux (l’expression « Le roi sommeil » a fait fureur sur les réseaux sociaux, s’amuse le quotidien belge Le Soir), l’annonce la plus spectaculaire, propre en tout cas à réveiller les parlementaires, sénateurs et députés, fut la réduction d’un tiers de leurs effectifs. Une promesse de campagne assurément populaire ! Mais, avertit Guillaume Tabard, « si le débat institutionnel des mois à venir se transforme en querelles arithmétiques sur le nombre opportun de parlementaires ou le seuil acceptable de proportionnelle, on passera à côté du débat de fond sur l’efficacité des institutions », le but étant clairement de remettre « la Ve République à l’endroit en lui rendant une efficacité perdue. »

Attention à ne pas oublier « la France d’en bas », alerte Diane de Bourgues dans dans Causeur. « Le président a fait son discours depuis le château de Versailles. Faut-il rappeler que c’est la faim au ventre que le peuple parisien s’y est rendu en 1789 ? N’en déplaise aux belles âmes, ce n’est pas au nom du noble et philosophique concept de l’émancipation de ses déterminismes que le peuple a marché, mais au nom d’un sentiment d’injustice croissant entre une élite qui s’accapare tout, et un peuple prié de se contenter de rien. »  Aujourd’hui, poursuit-elle, que dit-on « à ceux qui se demandent chaque jour comment ils vont pouvoir offrir un repas décent à leurs enfants, à ceux qui à force de ne plus voir se produire le miracle de l’école de la République ont depuis longtemps fini d’y croire (…) [à ceux qui] s’inquiètent à juste titre de l’arrivée massive et continue de migrants » ? « On ne réveillera pas la flamme vacillante dans le cœur des Français d’en bas en arborant un discours qui fasse fi de leur réalité quotidienne, qui masque d’un voile pudique leurs souffrances bien réelles, qui leur demande d’adhérer sans réserve à l’économie de marché mondialisée alors même qu’elle les tue à petit feu (…) et leur assène de s’ouvrir sur l’Autre (….). En réponse au discours du Président qui exalte l’idée de liberté, il importe de dire que l’attachement à son territoire et le sentiment nostalgique ne sont pas des chaînes qu’il conviendrait de briser pour gagner son affranchissement. »

« La bienveillance du moment s’accompagne d’une impatience »

À l’Assemblée nationale, le mardi 4 juillet, « les députés LREM avaient reçu pour consigne d’applaudir » quasiment chacune des phrases du discours de politique générale du premier ministre Edouard Philippe, s’amuse Europe 1 : « Au total, 55 salves d’applaudissements sur un discours d’1h05/10. Soit près d’une fois par… minute. » Mais la consigne appliquée trop mécaniquement « a conduit à ce que les députés LREM applaudissent Edouard Philippe au moment où il évoquait les 60% de bacheliers qui échouent en licence. Oups. »

« Alors qu’Emmanuel Macron a fixé lundi à Versailles un cap pour la France, le premier ministre Edouard Philippe a, lui, détaillé par le menu et par le concret l’action qu’il entend imprimer à son gouvernement devant l’ Assemblée nationale. Cette prise de parole était suivie d’un débat et d’un vote. La large majorité présidentielle qui dépasse le cadre de la seule représentation de La République en marche ! a voté la confiance au gouvernement (370 pour, 67 contre) », rapporte La Tribune de Genève. « Edouard Philippe en mécanicien du quinquennat, alors qu’Emmanuel Macron en est l’architecte. Le mécanicien Edouard Philippe (ex-Les Républicains) a donc ouvert la notice du moteur qui doit remettre en mouvement un pays en panne. En amateur de boxe sportive, l’ancien maire du Havre a donc dit : « La France est dans les cordes et aucune esquive ne nous sauvera ! » Et le premier ministre d’annoncer « un grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros » ainsi que plusieurs réformes dans les domaines de la santé, de la fiscalité et de l’éducation. » « Le discours d’Edouard Philippe a été à son image. Un intrigant mélange de raideur et de décontraction. Le premier ministre n’est pas un grand orateur mais il avait bien travaillé (…) ». Reste que « les Français attendent des résultats ». En effet, avertit Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’institut Ifop, la mise en scène du renouvellement a assez duré. « Car la bienveillance du moment s’accompagne d’une impatience. Elle peut se transformer en frustration et en insatisfaction qui peuvent motiver une contestation forte ».

« Les discours d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe ont convaincu à peine plus d’un Français sur quatre » selon un sondage Harris Interactive pour RMC et Atlantico publié mercredi 5 juillet, relève Francetvinfo. « Selon cette enquête d’opinion, le discours d’Emmanuel Macron devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès a convaincu 26% des personnes interrogées, 42% ne se disant pas convaincues et 32% ne se prononçant pas. Le discours de politique générale d’Edouard Philippe a été, pour sa part, jugé convaincant par 27% des sondés, pas convaincant par 41%, 32% ne se prononçant pas. » « Parmi les mesures annoncées, les Français sont à 80% favorables à la baisse de la taxe d’habitation, 79% à la revalorisation de l’allocation adulte handicapé et du minimum vieillesse, 70% à la création de 15 000 places de prison, 62% à la modification du baccalauréat, 52% au paquet de cigarettes à 10 euros et, enfin, 49% au fait de rendre obligatoire les vaccins pour les enfants recommandés par les autorités de santé. Enfin, une majorité de 52% s’attend à ce que la politique engagée par le gouvernement entraîne une hausse des impôts, 10% s’attendant à une baisse et 38% à aucun changement. »

Tour de vis fiscal immédiat, baisses d’impôts différées

C’est là surtout que le bât blesse, souligne Le Point (5 juillet): « Dans son discours de politique générale, le Premier ministre a annoncé le report de quasiment toutes les baisses d’impôts annoncées par le candidat Macron ». « CSG, impôts locaux, taxe carbone vont bondir, tandis que les baisses prévues par le candidat Macron sont repoussées ». Et de détailler : « La suppression complète de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages est repoussée à 2022, la réforme de l’ISF qui devait sortir de l’assiette imposable tous les actifs non immobiliers, l’instauration de la flat tax de 30 % (prélèvements sociaux inclus) sur les revenus du capital n’interviendront qu’en 2019. Tout comme la transformation du CICE en baisse des charges. Un report assorti d’aucune certitude que, cette fois, ces mesures ne seront pas l’an prochain encore repoussées. Le retour du déficit public sous la barre des 3 % du PIB est d’autant moins acquis que se profilent de nouvelles charges du fait de la hausse des taux d’intérêt (augmentation de la charge de la dette) et que ces réformes devaient contribuer à redonner du dynamisme à la croissance, redonner de l’attractivité à notre pays. Dans un pays où le ras-le-bol fiscal est fort, les Français accepteront-ils d’attendre un an de plus ? » …ou plus longtemps encore ?
Néanmoins, c’est toujours l’état de grâce pour le président et son premier ministre, constate RTL : « Malgré un été qui s’annonce politiquement risqué, aux yeux de l’opinion, le couple exécutif semble en état de grâce. La cote de confiance d’Emmanuel Macron (+4) et celle du Premier ministre Edouard Philippe (+8) se sont nettement renforcées en un mois, notamment auprès des proches de la droite et du centre, selon un sondage YouGov diffusé ce jeudi 6 juillet. »

Mélenchon  « maillot jaune de l’opposition »

« Attendons les prochaines séances et surtout la rentrée pour voir monter la température. Car la démocratie, ce n’est pas et, ça ne doit pas être, le monde de Oui-Oui », avertit Bruno Jeudy dans Paris Match. Lors de la première séance de questions au gouvernement, mercredi 5 juillet, constate-t-il, Mélenchon a fait figure de « maillot jaune de l’opposition » tandis que Les Républicains étaient la « lanterne rouge » : « Les Républicains “Canal historique”, une petite centaine tout de même, se sont divisés lors du vote de confiance : une partie, les trois quarts, se sont abstenus, les autres (plutôt les sarkozystes) votant contre. La droite a, pour l’instant, bien du mal à s’opposer et à se faire entendre. » Elle a laissé le champ libre et le maillot jaune de l’opposition à Jean-Luc Mélenchon et ses amis de la France insoumise : «  Ils ne sont que dix-huit dans l’Hémicycle mais ils font du bruit comme cent. (…) Mélenchon est presqu’aussi fort en com’ que Macron, lequel n’est pas mécontent d’avoir les extrêmes comme principal adversaire. » Il n’est quasiment plus question des socialistes : « Mélenchon a définitivement pris l’ascendant sur le PS, réduit à la portion congrue et surtout dépourvu de leader audible. » Quant à « Marine Le Pen, elle, mesure déjà la difficulté d’exister dans une Assemblée où elle ne dispose pas d’assez d’élus pour former un groupe et donc prendre la parole dans l’Hémicycle à sa guise. »

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