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Dérives sectaires : 7 indices à repérer

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Les communautés nouvelles apportent un dynamisme incontestable dans l’Église. Mais l’actualité révèle que certaines portent en elles de préoccupantes dérives. Les conseils d’un prêtre pour discerner sereinement.  

En tant que prêtre, la question de la sectarisation de paroisses ou communautés au sein de l’Église catholique m’intéresse particulièrement. Le phénomène me préoccupe quand je constate que certaines activités apostoliques, pourtant prometteuses, sont vouées à l’échec faute de discernement adéquat. 

Prenons en guise d’illustration un feu de circulation tricolore : le feu vert représente un charisme approuvé par la hiérarchie de l’Église, dont nous sommes certains qu’il provient de l’Esprit saint. Souvenons-nous que le premier charisme de l’Église est la hiérarchie, qui est sacramentaire et dont l’une des missions est de reconnaître les charismes que l’Esprit saint suscite dans le cœur des fidèles.  

Mais l’approbation ecclésiale ne suffit pas car certaines entités approuvées font preuve de graves déficiences. Seule la canonisation du fondateur est reconnue de manière infaillible.  

Le feu rouge représente les faux charismes que l’Église a su repérer et purifier. C’est le triste cas du père Maciel dont le Saint-Siège a demandé une purification et une correction des œuvres. Même chose pour la communauté des Béatitudes qui a entrepris un processus d’assainissement de la mémoire de ses fondateurs, poursuivis par la justice civile et le Saint-Siège.

Je reconnais, sans hésiter, la noblesse et la bonne volonté des membres de ces associations qui restent pour les développer et les refondent afin que leurs actions soient en adéquation avec le message de l’Église. Je suis convaincu de leurs bonnes intentions. Ces frères et ces amis ont beaucoup souffert.

Éviter les pièges

Discernons avec attention ce qu’est réellement un charisme et méfions-nous des apparences qui, par leur pouvoir attractif ou leur capacité à répondre à des besoins actuels, sont parfois trompeuses.

Le feu orange représente ainsi la coexistence d’éléments douteux pouvant provenir de Dieu, être purement naturels ou encore découler du mal. Voici une réflexion sur certains de ces pièges à éviter :

1. Le fondateur est-il narcissique ?

Il s’agit là du véritable trouble narcissique de la personnalité. L’individu a besoin d’être admiré par son entourage et utilise la manipulation pour parvenir à ses fins. Cela me rappelle l’une de mes visites à la fin de années 80 chez un fondateur à Rome qui avait commencé à me flatter et qui était lui-même vénéré comme un saint par ceux qui étaient là. J’avais l’impression d’être face à un grand manipulateur. J’ai pu le réaliser car j’avais étudié pendant un certain temps le phénomène des sectes au séminaire dans le cours sur l’œcuménisme.

Lorsqu’un fondateur se présente comme un saint, il est très probable de se trouver face à un problème. Cela ne veut pas dire que certains d’entre eux ne sont pas saints. Mais ayons conscience que lorsqu’une personne narcissique se complait à fonder une association, il y a fort à parier que ce soit pour satisfaire secrètement son ego.

L’association risque de tomber dans un vanité spirituelle nuisible en se considérant comme une élite qui, sans s’en rendre compte et de manière irréfléchie, suit celui qu’elle vénère. Ces éléments dangereux peuvent être source d’appauvrissement à long terme. Pour appuyer ma réflexion, voici un commentaire sur Internet à propos de la lettre de démission écrite récemment par un fondateur : “Il me parait être un homme saint, je pense qu’il le sera. Mais aussi sainte une personne puisse être, les internautes ne peuvent s’empêcher de la critiquer. Le pécher originel est présent même sur les pages les plus catholiques d’Internet. Le mal ne s’arrête jamais. Monseigneur XXX est un saint.”

Je conseille la lecture, pour mieux comprendre les confusions d’aujourd’hui, des livres des révélations à Marga Illana (El Triunfo de la Inmaculada).

2. La confusion naturel — surnaturel

La séparation entre le naturel et le surnaturel est un principe de base de la foi et de la pensée catholique, expliqué par exemple dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, ou encore dans le concept d’autonomie des réalités temporaires formulé par le concile Vatican II.

J’ai connu des personnes obligées de suivre un traitement psychiatrique après qu’on leur ait demandé de discerner puis de prier pour se libérer de supposés démons. Cette confusion entre phénomènes naturels et surnaturels a déclenché en eux une brutale anxiété entraînant des soins psychiatriques. Si le fondateur est un saint, comment peut-il se tromper sur la question du discernement et du remède ?

Les maux du corps, comme les maladies, nécessitent cependant un remède physique : la médecine. Les maux de l’âme (le péché) nécessitent un remède moral, spirituel : la grâce. Et nous croyons toujours au pouvoir miraculeux de Dieu lorsque nous souffrons sur le plan physique. Mais faut-il appliquer un remède moral à un tel mal ? Oui, prier Dieu miséricordieux.

À cet égard, il convient de discerner les dons mystiques collectifs. On m’a un jour rapporté un don mystique que possédaient 70 personnes lors d’une retraite collective. Ma question est la suivante : cela ne s’apparente-t-il pas davantage à un cas d’hypnose collective ? Certaines personnes sont capables d’hypnotiser un public. Ce phénomène mystique collectif est-il naturel ou surnaturel ? Il faut être très prudent lorsque l’on affirme que l’Esprit saint intervient ici ou là, car il peut parfois s’agir de phénomènes, bons sans aucun doute, mais purement naturels.

3. Le mépris de la raison et la suprématie de l’émotivité

La raison est également un principe de la vie catholique, et davantage aujourd’hui où elle est malmenée par le démon. Il paraît positif que la relation entre la foi et la science soit étudiée au sein de la communauté.

Certains de mes amis athées, ayant une profonde estime pour l’Église, s’inquiètent du faible niveau intellectuel de celle-ci dans l’actualité. Selon eux, et je partage leur point de vue, la pensée a laissé place à l’émotivité. L’absence de formation sérieuse, impliquant un effort rationnel pour bien consolider la foi catholique, serait donc à l’origine d’une dérive vers un feu orange. En s’appuyant juste sur le sentiment ou l’expérience, la foi risque de disparaître.

J’ai parfois rencontré des groupes avec un accent marqué pour la religion orthodoxe, mais pour un motif inadéquat. La raison nous confronte à la réalité ; il est donc nécessaire d’affronter les problèmes actuels sans crainte.

Parfois, certains groupes assurément orthodoxes se servent de la raison comme d’un refuge ou d’un moyen de confrontation avec la modernité. Ils n’ont pas le courage d’en assumer les bons côtés, agissant ainsi de manière irrationnelle et préjudiciable. Même présenté comme une défense de l’orthodoxie, un tel comportement n’est “pas orthodoxe”. Les grands théologiens des années 60, comme de Lubac ou Congar, sont pour moi des modèles en matière d’usage de la raison. Ils ne sont pas restés accrochés à une orthodoxie figée, mais ont su moderniser la théologie en profondeur.  

4. L’absence de tradition spirituelle de l’Église

Il est surprenant de constater comme certains grands docteurs de l’Église, tels que saint Jean de la Croix ou sainte Thérèse d’Ávila pour ne citer qu’eux, peuvent être méconnus de nos jours. On parle beaucoup des apparitions mais peu des grands instruments choisis par Dieu pour porter son message.  

5. Le prosélytisme

Comme l’Église est catholique (c’est-à-dire universelle), un groupe sans charisme peut tomber avec facilité dans le prosélytisme en agissant pour lui-même et non pour l’Église (actions en marge de l’évêque ou du diocèse, etc).

Dans le cadre d’un pèlerinage organisé avec mon ancien groupe de jeunes, j’ai reçu la demande d’y associer des membres consacrés d’un mouvement apostolique. Quelle ne fut pas surprise lorsque ces derniers ont demandé les numéros de téléphone des jeunes de notre groupe et ont passé leur temps à les appeler pour qu’ils prennent part aux activités de leur mouvement. J’émets désormais un doute sur le charisme de ce type de groupes. Leurs membres agissent de la sorte pour de mauvaises raisons, laissant de côté certains concepts d’ordre ecclésiologique.  

L’origine du prosélytisme peut être la vanité spirituelle pouvant amener des individus à considérer qu’ils font partie d’un groupe d’élus supérieurs. Dans cette optique, qui voudrait en sortir ? Et pourquoi ne pas inviter leurs amis à entrer dans une telle communauté ? Cela paraît bien éloigné de l’évangélisation de l’Église. Le Seigneur ressuscité confie à celle-ci la responsabilité du baptême, ce qui implique que les destinataires de cette mission évangélique ne soient pas baptisés.  

Inviter à rejoindre des groupes promouvant de manière positive un chemin de sainteté n’est une action mauvaise. Mais cela doit être réalisé dans un bon cadre ecclésiologique et en recherchant la volonté de Dieu, sans perdre du vue la générosité et les différents chemins de sainteté présents dans l’Église.

6. Une faible sensibilité pour l’Église actuelle

En l’absence de bons principes ecclésiologiques pour les guider, les membres peuvent être incités à agir de manière indépendante. Par exemple, la miséricorde prônée par le pape François depuis le début de son pontificat ne semble pas toucher de façon suffisante le cœur des associations ecclésiales. Cette prédication du Pape doit pousser l’Église toute entière à un renouveau de la charité et de la miséricorde.

7. L’imprécision du charisme

Le charisme d’un groupe ou d’un ordre religieux est une manière particulière de vivre l’Évangile à travers un don de l’Esprit saint passant par l’intuition spirituelle d’un fondateur (saint la plupart du temps). Le déploiement de ce don est partagé entre les disciples du groupe. Saint François d’Assise, sainte Thérèse d’Ávila, le bienheureux Charles de Foucault en sont de bons exemples.

Mais un charisme ne doit pas obligatoirement atteindre ce degré de “sainteté” pour exister. Je ne comprends pas pourquoi certains fondateurs ou communautés déjà établies sont encore à la recherche de leur charisme. À mon humble avis, un charisme est un don particulier transmis par le fondateur à son œuvre, respectant l’action de Dieu, un moyen de marcher dans les pas du Christ.

Un exemple : les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola sont le charisme de la Compagnie de Jésus. Il faut différencier le charisme et la spiritualité. Il est possible de vivre la spiritualité ignacienne sans en partager le charisme, c’est-à-dire sans intégrer la Compagnie de Jésus.

La Congrégation pour la doctrine de la foi a écrit un long document (Iuvenescit Ecclesia) sur l’insertion des nouvelles réalités et charismes au sein de l’Église et leur discernement nécessaire. On peut y lire plus en détail les réflexions ecclésiologiques sous-jacentes à ces simples notes. Mon intention est ici est de présenter quelques exemples vécus au cours de mon ministère sacerdotal.

Puissent ces réflexions aider à discerner ces nouvelles réalités et prévenir la souffrance ainsi que l’appauvrissement de mouvements victimes de ces phénomènes néfastes à notre chère Église catholique.

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