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Taizé, haut lieu de l’œcuménisme

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Depuis trois-quart de siècle, le village de Taizé en Bourgogne accueille au sein d’une communauté monastique œcuménique, des jeunes venant du monde entier.

En Saône et Loire, près de Cluny, un Suisse protestant fonda après la Seconde Guerre Mondiale, une communauté monastique. Ce fut une initiative insolite au sein de l’église Reformée, qui, à part quelques communautés de femmes comme les diaconesses de Reuilly, les sœurs de Pomeyrol et la communauté de femmes de Grandchamp en Suisse, avait rejeté le principe de communauté religieuse. Et celle-ci sera d’autant plus originale qu’elle se réclame dès le début de l’œcuménisme en ayant des relations fréquentes avec le père Paul Couturier et le groupe des Dombes, qui dès 1936, forma une cellule œcuménique composée de prêtres et de pasteurs pour réfléchir à l’unité des chrétiens. Ils sont 7 au départ, 12 en 1950, 65 en 1965, dont 12 pasteurs, 90 dans les années 90, et 120 en 2004.

Frère Roger, fondateur de Taizé

Avant même de fonder la communauté de Taizé, durant la Seconde Guerre, Roger Schutz utilisait la ferme qu’il avait acquise en 1940, située à proximité de la ligne de démarcation, pour accueillir des réfugiés. Avec sa sœur Geneviève, il y recueillit alors des dizaines de Juifs pourchassés par les nazis qu’il aidait à passer en Suisse où il fut obligé de rester pour échapper à la Gestapo. Il retourna à Taizé en 1944 avec trois autres frères et y aida cette fois-ci des prisonniers allemands et des enfants orphelins. La communauté de Taizé compte aujourd’hui une centaine de Frères de plusieurs confessions chrétiennes et originaires d’une trentaine de pays. L’œcuménisme de la communauté s’est affirmé lorsque Frère Roger et un autre frère furent invités au concile Vatican II comme observateurs. Frère Roger fut assassiné le 16 aout 2005 lors de la prière du soir par une femme psychiquement malade. C’est un catholique allemand, frère Aloïs, qui prit sa suite.

Taizé, l’ancêtre des JMJ ?

L’autre priorité de la communauté de Taizé est l’ouverture en faveur des jeunes, leur accueil est d’ailleurs une priorité. La grande Église de la Réconciliation, construite par des jeunes venus de tous les horizons pour faire oublier les drames de la guerre, est inaugurée le 5 août 1962 en présence des plus hautes autorités des Églises réformées, anglicanes orthodoxes et catholiques. Dès 1978, la communauté organise chaque année dans une métropole européenne un « pèlerinage de confiance sur la terre » qui réunit plusieurs dizaines de milliers de jeunes. Jean Paul II, qui rendit visite à Frère Roger en 1986, s’en inspira pour organiser le jour des Rameaux 1984, le Jubilé International de la Jeunesse qui deviendra l’année suivante les Journées Mondiales de la Jeunesse.

La croix devenue colombe

Avant la chute du mur de Berlin, les frères de Taizé avaient établi de nombreux liens avec les jeunes d’Europe de l’Est. Comme il fallait se montrer discret et ne pas afficher d’insignes d’appartenance religieuse, ils avaient imaginé cette fameuse croix qui se transforme en colombe, réunissant ainsi selon eux, l’esprit de Dieu au début de l’évangile, qui plane sur les eaux, et la fin, la croix et la Passion. C’est devenu désormais l’emblème de toute une jeunesse, le signe de reconnaissance des pèlerins de Taizé qui viennent séjourner, généralement le temps d’une semaine, sur la colline bourguignonne.

Venir à Taizé

Lorsque Jean Paul II vint à Taizé en octobre 1986, il dit aux jeunes : « Comme vous, pèlerins et amis de la communauté, le pape n’est que de passage. Mais on passe à Taizé comme on passe près d’une source. Le voyageur s’arrête, se désaltère et continue sa route. » Toute l’année, sauf entre le 22 décembre et le 6 janvier, à cause des rencontres européennes qui ont lieu dans différentes villes d’Europe, les 17/30 ans s’y retrouvent généralement sur le temps d’une semaine. Une logistique très importante s’est mise en place pour permettre leur hébergement, certes un peu spartiate.

Ce sont souvent des jeunes volontaires qui se chargent de ces tâches ainsi que d’encadrer les participants à la semaine. On peut aussi y venir en groupe (avec autorisation parentale pour les mineurs) ou en tant qu’adulte ou encore en famille avec enfants. La participation aux frais est proportionnelle au niveau de vie de chaque pays.

La vie quotidienne est rythmée par trois temps de prière, le matin à midi et le soir. Les prières sont très souvent dites avec des mots simples et récitées en plusieurs langues. De nombreux temps de partage ou des études biblique menées par un frère, sont aussi organisés. Certains préfèrent aussi l’écoute et se réservent ce temps en silence. Pour le prieur, Frère Aloïs, « C’est comme une fête de voir de si nombreux jeunes sur la colline, ensemble dans une telle diversité. Cela nous donne la grande espérance qu’une humanité en paix est possible. »

> En savoir plus : https://www.taize.fr

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