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Il plaque son métier chez un chef étoilé pour devenir éducateur en Seine-Saint-Denis

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Benoît, 25 ans est un ancien chef pâtissier. Après deux années passées dans un restaurant étoilé, il quitte la restauration et se tourne vers des études d’éducateur spécialisé avec les Apprentis d’Auteuil.

“Mon rêve de gamin c’était d’être chef pâtissier d’un grand restaurant et mon rêve d’adulte, c’est ce que je fais aujourd’hui ». Le parcours de Benoît est atypique. En effet, après un BEP et un BAC pro option cuisine, qu’il obtient en 2010 à Lyon au lycée hôtelier Jehanne de France avec une mention complémentaire en dessert de restaurant, le jeune homme arrive à Paris en septembre 2012. Après deux entretiens dans des restaurants gastronomiques réputés, il est embauché chez un chef étoilé.

Mais ses deux ans en pâtisserie sont compliqués, le rythme est « infernal », le métier est éreintant et le jeune chef pâtissier commence à être fatigué de travailler pour des gens qu’il ne voit pas, d’évoluer dans un domaine où il existe trop peu de contact humain. Malgré une passion toujours là pour la pâtisserie de luxe, le besoin de se rendre utile naît dans la tête du jeune homme. C’est le déclic.

C’est en marchant dans les rues des quartiers sensibles de Lyon, ville dont est originaire Benoît, que le souhait de devenir éducateur spécialisé grandit.

« Un réel déclic »

Dans un premier temps Benoît s’engage plusieurs fois comme animateur pour des camps de la communauté Saint-Jean, puis il se dirige vers des jeunes qui ne bénéficient pas d’un environnement aussi protecteur.

Benoît se tourne en 2014 vers la fondation des Apprentis d’Auteuil, les seuls à préparer aux concours d’éducateur spécialisé via une classe préparatoire d’une durée d’un an.

C’est à Meudon que l’ancien chef pâtissier prépare les concours des métiers de l’éducation spécialisée.

Au centre de préformation (CPF), il est placé en stage pendant toute l’année par les apprentis d’Auteuil à la Maison d’enfants à caractère social (MECS) Martin Luther King de Saint-Denis. Sa première réaction est de préférer un environnement plus stable aux quartiers difficiles de Saint-Denis. Mais passées les appréhensions de travailler avec des « délinquants qui cassent tout et qui ne font rien de leurs journées », Benoît se félicite désormais de ne plus jamais se lever le matin sans motivation.

Ses horaires, son rythme au sein du foyer des Apprentis d’Auteuil de Saint-Denis ne sont pas évidents et travailler avec des jeunes de 9 à 14 ans pour les garçons et de 15 à 18 ans pour les filles, le plus souvent livrés à eux-mêmes au sein de leur familles parfois très éclatées, n’est pas tous les jours facile. Avant le foyer, la vie a souvent été très rude. Ces adolescents vivaient, avant le placement ordonné par le juge, dans un environnement où la drogue et la violence sont particulièrement présents et ont souvent été mis en foyers car leurs parents ne pouvaient plus s’occuper d’eux.

Mais ce métier apporte à Benoît des moments réellement intenses en émotion, ainsi qu’une grande satisfaction de voir les jeunes évoluer.

À la fin de sa première année à Saint-Denis, Benoît est engagé au foyer en tant qu’apprenti et ayant réussi les concours d’éducateur spécialisé, il intègre l’école BUC ressources en septembre 2015, en formation par l’apprentissage, en vue de l’obtention trois ans plus tard du diplôme d’éducateur spécialisé.

« Voir le Christ en chacun des jeunes »

Au cours de ses études d’éducateur spécialisé, Benoît apprend à « voir le regard du Christ dans les yeux de chaque jeunes » avec les Apprentis d’Auteuil. Et parce que ce n’est pas tous les jours facile, Benoît dit également que très souvent : « Il faut savoir prendre sur soi humainement, c’est bien beau d’être catholique, mais il faut également réagir en tant que professionnel, avec un contrôle de ses émotions et une bonne maîtrise de soi ».

Ses études permettent à Benoît d’être compétent dans trois domaines : la protection de l’enfance, le handicap et l’insertion.

Son stage avec des enfants trisomiques et autistes a été une vraie découverte pour lui, en effet il a appris ce que pouvait être l’humain.

Mélomane et ayant effectué des stages dans chacun de ces trois domaines, Benoît pense s’orienter vers la musicothérapie, pour l’appliquer sous forme d’ateliers réguliers en institut médico pédagogique (IMP).

Aujourd’hui et pendant trois mois, Benoît réalise un stage d’insertion à l’association des Petits Frères des Pauvres, et accompagne des personnes de plus de 50 ans en situation de grande précarité. Il retrouvera les jeunes de Saint-Denis dans quelques semaines…

Aujourd’hui, quand on lui demande quelle est sa plus grande fierté de son stage qu’il effectue actuellement, il répond en toute sincérité que « sa plus grande fierté est de repartir en ayant reçu la reconnaissance de la personne et son sourire en fin d’entretien ».

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