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Beauté divine : Du sacré au profane

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Un pschitt de parfum dans le cou, un massage aux huiles parfumées, des soins du corps ou des cheveux... tous ces gestes anodins trouvent leur source dans des gestes ancestraux parfois liturgiques. Le parfum est leur fil conducteur et les marques se plaisent à puiser dans les textes sacrés pour trouver l’inspiration.

Prendre son bain, se maquiller, se coiffer ou se parfumer, tout simplement prendre soin de son corps… Des gestes qui nous paraissent anodins mais qui prennent en fait leur source dans des gestes sacrés.

Souvent parfumés, ces rituels religieux sont inscrits dans les trois livres monothéistes et plus anciennement dans l’Antiquité Égyptienne, Grecque et Romaine. Les premiers objets ayant trait à la cosmétique et plus précisément au parfum dateraient de 4000 avant J.C.. Le plus vieux parfum lui-même remonterait à 2040 avant J.C.. Le parfum, d’abord divin puis profane est au cœur de toutes les préparations cosmétiques d’hier et d’aujourd’hui.

Le parfum autrefois remède thérapeutique

Utilisé pour des rituels, comme médicament ou comme antidote, le kyphi est l’un des premiers parfums de l’histoire utilisé en fumigation et à l’origine de toutes les fragrances qui remplissent nos armoires. Né dans l’Egypte pharaonique, sa formule est gravée sur l’une des parois du temple d’Edfou.

Seize ingrédients aromatiques lui donnent cette odeur florale et sucrée. D’autres hiéroglyphes donnent les recettes d’onguents parfumés : quantité des ingrédients, ordre dans lequel ils doivent être ajoutés, temps de cuisson et de macération…
En fumigation, le kyphi révèle des notes de tête hespéridées aromatiques, en cœur des effluves épicés et un fond balsamique. Onde 7, le dernier parfum d’Evody, s’inspire directement de cette source première.

Dans l’Antiquité, le parfum possède des fonctions religieuses, médicales, sociales et hédoniques citées dans la Bible hébraïque et le Nouveau Testament. Bien qu’il ne soit pas inscrit sur le Coran,« le Prophète, selon un hadîth, les aimait pourtant » explique Fabrice Aghassian dans son ouvrage « Beautés sacrées ».  À cette époque, les plus coûteux provenaient de la péninsule arabique.

Aujourd’hui le parfum tient une place importante dans les habitudes de ses habitants. Pas un de ces pays n’échappent aux échoppes débordant de flacons et de fioles remplies d’un précieux nectar. Dans les religions, seuls les grands prêtes étaient habilités à fabriquer les parfums. Et toujours en fonction d’un rituel très précis. Le parfum sous toutes ses formes ainsi que les soins du corps honorent les dieux et aident les défunts lors que leur passage vers le monde éternel.

L’Eau de Cologne est un parfum qui a d’abord été considéré comme un remède. Née à la fin du 17e siècle dans l’arrière boutique d’une épicerie italienne (et non pas allemande), l’Aqua mirabilis, composée d’esprit de vin, de mélisse, d’essences d’orange, d’orange amer, de néroli, de citron, de cédrat, de romarin, de bergamote était utilisée avant tout pour ses vertus présumées thérapeutiques.

La fumigation, ancêtre de nos bougies parfumées ?

Le parfum porte en lui les traces de son lointain passé. D’après son étymologie, constitué du préfixe « per » et du verbe « fumare », le mot signifie « par la fumée » ou « à travers la fumée ». Diffuser l’odeur d’ingrédients dans l’atmosphère en les transformant en fumée a donc été l’un des premiers gestes liés au parfum. Son essence même. La fumigation est en quelque sorte l’ancêtre de nos brûle-parfums.

Aujourd’hui, si le caractère sacré a disparu dans l’acte de fumigation, ce geste n’en demeure pas moins utilisé autour d’un rituel qui vise à atteindre un certain bien-être. Le succès des bougies et des autres procédés pour parfumer sa maison (papier parfumé, diffuseurs de parfums, encens) est tel que leur utilisation a été érigée en Art de vivre.

Par extension, l’ingrédient « fumé » est en pleine émergence dans la parfumerie. Ombre fumée d’Evody, Violette fumée de Mona di Orio, Smoked Plum & Leather de Jo Loves, Smoked Vetiver de Clean sont les étendards de cette nouvelle tendance.

Les soins du corps trouvent leur source dans les onguents et les huiles sacrées

L’onguent est lui aussi né en Égypte ancienne. Matière grasse imprégnée d’huile essentielles et de parfum, il servait à nourrir et à apaiser la peau mais aussi à hydrater les cheveux. Selon les trois religions monothéistes, prendre soin de son corps est honorer l’œuvre de Dieu à condition que cela reste dans le domaine de l’utile et non dans le but futile de plaire.

Dans l’église copte, on confectionne et consacre encore aujourd’hui des huiles saintes comme autrefois, avec des ingrédients et un ordre précis. Cinq éléments entrent dans la composition de l’huile d’onction sainte. La recette la plus connue est constituée de quatre aromates rares et coûteux et un hin (environ 6 litres) d’huile d’olive.

Pourtant l’Exode en donne des versions différentes. L’Eternel dit à Moïse: «Prends des meilleurs aromates: 5 kilos de myrrhe, de celle qui coule d’elle-même; la moitié, soit 2 kilos et demi, de cinnamome aromatique; 2 kilos et demi de roseau aromatique; 5 kilos de casse, tout cela d’après la valeur étalon du sanctuaire, ainsi que 4 litres d’huile d’olive. Tu feras avec cela une huile pour l’onction sainte, un mélange de parfums préparé selon l’art du parfumeur. Ce sera l’huile pour l’onction sainte » Exode 30, 22, 23, 24, 25. «Prends des aromates: du stacté, de l’ongle odorant, du galbanum et de l’encens pur, en quantités égales » Exode 30, 34.

Les matières premières utilisées en parfumerie

Les matières qui entrent depuis toujours dans les parfums sont nombreuses. Certaines ont traversé les siècles pour être encore aujourd’hui très utilisées dans les fragrances modernes. Dans l’Antiquité, les Egyptiens en faisait brûler dans les temples et chez eux pour communiquer avec les dieux. Le commerce de l’encens était si important qu’est née la fameuse route lui étant dédié, favorisant les échanges entre l’Asie et le bassin méditerranéen.

L’Ancien Testament mentionne l’encens comme une composition aromatique de gommes et de résines mélangées à des épices, des écorces d’arbres et des fleurs destinée à la fumigation ou la fumée elle-même.

Dans l’évangile de Matthieu, l’encens – avec l’or et la myrrhe – est l’une des matières offertes par les rois mages à Jésus nouvellement né. Chez les Israélites de l’Antiquité, l’encens ne pouvait être offert que par ceux ayant des fonctions sacerdotales. Que le peuple puisse offrir de l’encens à Jéhovah était pour lui une offense. Le Coran fait mention également de l’encens dans les sourates Saba (34) et an-Naml (27). L’encens est le signe de la prière qui monte vers Dieu.

La myrrhe qui entre notamment dans la composition de l’huile d’onction sainte, est une gomme-résine provenant d’un arbrisseau poussant en Arabie. Elle s’obtient soi par suintement naturel ou après avoir incisé l’arbre. La première est la plus qualitative. La myrrhe servait à parfumer les lits, à se purifier, à diminuer les souffrances, à embaumer et était synonyme de cadeaux luxueux. L’encens et la myrrhe sont au cœur de Santo Incienso, le dernier jus de The Different Company. « un parfum sacré qui tire son secret des stances chamaniques » nous explique la marque. L’encens est une matière toujours aussi inspirante pour les parfumeurs notamment dans la parfumerie de niche : Noble Spirit d’Eternel Gentleman, Ambra de Jéroboam, Woody Mood d’Olfactive Studio, Dead of Night de Strange Love NYC, Liwa de Widian, Pelargonium de Aedes de Venustas. Le benjoin, une résine tirée de divers styrax, est utilisé comme encens au Maghreb et dans l’église orthodoxe russe.

Pour aller pour loin

L’excellent ouvrage « Beautés sacrées, les soins du corps dans les trois livres, bible hébraïque, Nouveau Testament et Coran » de Fabrice Aghassian, passe en revue l’histoire des cosmétiques et des gestes de beauté sur plus de 3000 ans. Ce livre met en relief le lien entre ces rituels dont on a hérité parfois sans s’en compte et les textes religieux. Prendre soin de soi et de son corps n’est finalement pas si anodin et prend un sens sacré puisqu’à l’origine il s’agissait de rendre hommage au Puissant. Un livre magique et totalement envoûtant… 29€, Les Editions du Cerf.

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beauté
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