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Éprouvées, elles prient pour ne pas perdre la foi

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Un mariage qui explose en éclats, un enfant malade, une agression sexuelle... Les femmes que nous avons rencontrées ont toutes vécu une épreuve particulièrement pesante. Éprouvées dans leur âme et dans leur foi, elles racontent leur parcours, ce qui les aide à relever la tête et à avancer, malgré tout, avec foi et espérance.

Chacun d’entre nous porte sa croix. Plus ou moins lourde, plus ou moins voyante, elle pèse sur les épaules et, à certains moments, nous paralyse, nous empêche d’avancer, voire nous fait tomber loin, bien loin du chemin de Dieu. Face à l’épreuve, notre première réaction est bien souvent la colère. Quand cette colère se dirige vers Dieu, il est facilement accusé d’être responsable de tous nos malheurs.

La colère devant l’épreuve : Pourquoi moi ?

Clotilde, quittée par son fiancé à un mois de leur mariage, avait le sentiment d’être punie par le Seigneur « de ne pas être parfaite » et pensait qu’elle n’avait « pas le droit d’être heureuse ».
Marianne, elle, a préféré reprocher au Seigneur de tant souffrir plutôt que de se confier à ses proches : « Déjà que je ne disais rien autour de moi il fallait que je crie sur quelqu’un. ». Violée par son cousin germain alors qu’elle était tout juste âgée de 12 ans , « j’en ai voulu à Dieu, moi qui avais fait le choix du baptême à 10 ans. Je n’ai pas compris pourquoi il me faisait subir ça. Et j’étais en colère contre lui. Malgré ma colère je ne Lui ai pas tourné le dos. Je préférais lui crier dessus directement plutôt que de tout garder. »

Dans le cas de Paule, cette phase de colère n’est pas terminée. Son mari s’est révélé être un homme blessé, malade, devenu manipulateur et violent psychologiquement : « Accepter la séparation alors que je suis viscéralement convaincue que nous n’avons pas tout mis en œuvre est difficile à avaler. Aujourd’hui, je dois donc accepter de faire le deuil de ce mariage, et sans doute aussi de la maternité… Je dois me reconstruire. Pendant des mois et des mois, j’ai prié et supplié, jour et nuit. J’ai tapé à la porte de tous les saints du ciel, les anges, les archanges… implorant un signe, un soutien, un réconfort… Espérant que mon mari trouverait la force d’accepter de l’aide. J’ai supplié et pleuré, multipliant les neuvaines de messes. Peine perdue. Alors, oui, je suis un peu révoltée : Pourquoi Dieu intervient-il dans certaines vies et pas dans d’autres, pourquoi permet-il des miracles et des guérisons, mais pas à tous ceux qui le lui demandent ? Pourquoi est-ce ma prière qui n’a pas été entendue ? »

Le cas de Paule est loin d’être isolé. Comment se sentir encore aimée et soutenue par le Seigneur alors que toutes nos prières nous paraissent vaines et sans réponses ? Il ne nous reste qu’un sentiment d’échec, d’abandon, la sensation d’une « punition divine ».

Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Une épreuve nous met face à l’immense fragilité de nos existences, l’infiniment petit de nos vies face à l’univers infini. L’épreuve nous renvoie à nos pauvres conditions de pêcheurs, de faibles et d’humains. Nous ne sommes pas encore au Ciel, nos croix pèsent lourd, quelquefois.

« Nous en avons beaucoup voulu au Seigneur » nous explique Delphine, maman de trois enfants dont deux petits garçons malades. «Nous ne comprenions pas pourquoi il nous avait nous confié un petit garçon aussi particulier que Thibault, puis notre Baudouin ! Nous voyions cette double-épreuve comme un acharnement à nous “compliquer” la vie. (…) Durant un moment, je ne voulais plus croire, plus faire confiance à Dieu car le désespoir était trop important. »

Élisabeth, elle, a vu s’éloigner sa fille partie sous l’emprise d’un homme manipulateur. Elle en souffre encore terriblement aujourd’hui : «Le pourquoi a été là longtemps. Pourquoi nous retirer cet enfant pris dans le délire de cet homme ? Pourquoi nous ? Quel sens donner à ce tsunami incroyablement douloureux ? »

Quand l’épreuve rapproche de Dieu et ravive la foi

Si l’épreuve nous fait chavirer, renverse nos convictions et nous fait douter, parfois, dans un deuxième temps, l’effet inverse se produit. L’épreuve, quand elle est acceptée et sublimée peut donner, étrangement, des grâces immenses et des fruits inattendus…

Bénédicte, mère de famille éprouvée dans sa foi, nous raconte ainsi qu’après trois ou quatre mois pendant lesquels elle n’emmenait plus ses enfants à la messe, elle y fut rappelée… par sa fille ! « Ma dernière a demandé à faire sa première communion. Le bon Dieu ne manque pas d’humour ! » Il ne manque pas, surtout, de venir nous repêcher même quand nous nous sommes éloignés de Lui.

Profondément meurtrie dans son corps – mais également dans son âme – par l’agression sexuelle de son cousin, Marianne le dit elle-même, elle aurait pu tout abandonner : « J’aurais pu me dire que Dieu, la foi, tout ça, c’est n’importe quoi parce que personne ne devrait subir ce que j’ai subi. Mais voilà, c’est la vie qui est comme ça. Je crois en Dieu pour nous aider. Je ne crois pas qu’il ait de plans pour nous. (…) Il a créé la vie certes, mais il a créé nos âmes pour qu’elles grandissent et resplendissent… Et c’est souvent dans la douleur que les plus belles choses se passent, il n’y a qu’à penser aux souffrances de l’accouchement. Le Seigneur, malgré tout, est mon berger et ma lumière. »

Déposer nos souffrances au pied de la croix

Clotilde l’admet : « Je suis très mauvaise pour prier pour moi, je préfère prier pour les autres et relativiser ensuite sur ma propre souffrance. » S’il est tout à fait admirable de prier pour notre prochain, prier pour soi n’est pas interdit et peut aider à extérioriser une grande souffrance intérieure. Alors, pour que le Seigneur prenne nos souffrances et nos peines, pensons à les lui déposer. Ayant souffert pour nous sur la Croix, Jésus peut parfaitement comprendre et entendre nos supplications.

Elisabeth a découvert l’adoration perpétuelle. « Ce fut merveilleux. J’ai appris à lui parler, à l’écouter et à lui remettre mon chagrin. Dieu seul peut nous aider à espérer et à continuer de vivre. » Bénédicte aime également se retrouver « seule à seul » avec Dieu. Elle recommande  d’avoir «l’humilité de se tourner vers Dieu qui est sans jugement et qui écoute, reçoit et agit dans le secret, pour peu que nous soyons attentifs et que nous ne fermions pas les yeux devant les pépites déposées par l’Esprit Saint. »

Mais la prière peut être difficile, voire impossible, par culpabilité ou désespoir… à l’image de Manon. « Il m’arrive certains soirs de ne pas avoir la force de prier. Parce que je ressens de la haine envers mon père et que j’en ai honte (…) je sais que ce sentiment n’est pas celui auquel aspire Jésus. Alors je me contente d’essayer de me calmer ou de lire le passage de l’évangile du jour pour m’apaiser. »

S’entourer, prier à plusieurs, pour activer notre foi !

Comment réagir face à l’épreuve quand on n’y arrive pas seule ? S’entourer de personnes bienveillantes, positives et porteuses de l’Espérance.

Élisabeth, souffrant de l’éloignement de sa fille, a éprouvé ce besoin de prier à plusieurs : « Messes en semaine et chapelet deux fois par semaine avec un petit groupe de la paroisse. J’ai fait dire des messes. Je suis partie souvent dans une abbaye bénédictine. La beauté des chants grégoriens, ces journées rythmées par les offices m’ont apaisée. Les prêtres de cette paroisse prient pour nous. Ces moines aussi. De nombreux amis aussi… »

Bénédicte, victime d’une grosse crise de foi a demandé à tous ses proches de prier pour elle, sans leur dire la raison : « Ça c’est très fort de se sentir soutenue sans même qu’ils connaissent la raison. »

Paule, souffrant encore terriblement de son divorce bientôt prononcé, sait qu’elle a des amis et des parents qui prient pour elle… « Je compte beaucoup sur eux parce que moi je n’ai pas trop la force de prier personnellement : C’est pour le moment encore trop douloureux ! Et pourtant, je sais que c’est par là que je me reconstruirai, mais je n’y arrive pas encore. J’ai rencontré un prêtre qui m’a aidée… enfin, qui a essayé ! J’entends bien tout ce qu’il me dit, cela correspond à tout ce que je sais sur la question de l’épreuve, le sens de la souffrance, le mystère de la Croix, le livre de Job, etc  mais pour le moment, ça ne descend pas de la tête au cœur, cela reste purement théorique, ou abstrait, ou trop loin…. »

Le rôle de l’entourage est si important lors d’une épreuve… Les chaines de prières, les messages de soutien, la présence fidèle d’une maman ou d’un ami, peut réellement sauver une âme en peine et l’aider à s’en sortir. Pensons-y et sachons entourer nos amis et nos familles de notre amour et de notre présence… à toute épreuve.

Kate, rejetée par ses parents suite à une histoire d’amour qu’ils n’approuvaient pas, a eu la chance d’avoir beaucoup d’amis pour la tirer vers le haut et l’aider : « Ils m’invitaient en week-end pélé, m’ont proposé de monter chez moi un cercle de jeune une fois par semaine (conférence, chapelet, repas), mon mari (à l’époque fiancé) me motivait grandement à aller à la messe, je suis même rentrée à l’ordre de Malte. »

Delphine, elle, raconte ce qui les aide à tenir le cap et maintenir leur foi allumée : « Je pense que j’aurais pu tout plaquer mais ce qui m’a beaucoup portée c’est de savoir que de grandes chaînes de prières étaient mises en place pour Thibault puis pour Baudouin. »

Après l’épreuve, la renaissance

Nous avons demandé à toutes ces femmes de nous dire ce qui les a aidé, concrètement, à ne pas perdre pied.
Pour Clotilde c’est la rencontre avec celle qui est, depuis, devenue son amie la plus proche : « Elle préparait son mariage alors que le mien avait été annulé. Tout nous opposait… mais.je me suis investie, j’ai été témoin de son mariage, cela m’a “boostée” ! Mon engagement comme choriste et soliste de ma paroisse m’a également beaucoup aidée. J’étais tous les dimanches à la messe quelle que soit l’humeur ou l’envie.»

« Il est juste et bon, ne souhaite que le bien. Je dois alors en sortir grandie et positive. » confie Manon, qui n’a jamais perdu confiance en Dieu.

Kate nous raconte : « Une amie m’a un jour envoyé un message en me disant que le Bon Dieu nous envoyait des épreuves parce qu’il nous aimait. Que plus il nous aimait; plus les épreuves étaient lourdes. Qu’il n’envoyait pas d’épreuves qu’il savait qu’on ne pourrait pas surmonter. Cela m’a beaucoup aidée à revenir vers l’Eglise. Se lancer dans une activité de charité pour ne pas rester concentrer sur ses propres problèmes aide également beaucoup à se relever. »

A l’image de Clotilde, mariée avec celui qui devait être son témoin, à l’image de Marianne, qui a su se reconstruire après l’impensable, à l’image de Delphine et de toutes ces femmes qui se battent au quotidien pour rester dans le chemin du Salut, ne perdons pas notre Espérance, notre seul Salut quand tout s’assombrit dans nos vies. Ne quittons pas la seule vraie source de Lumière quand nous sommes dans l’obscurité. Au cœur de la folie des hommes, Dieu est là et il nous aime.

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