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Décès de l’historien Gérard Cholvy, grand défenseur du christianisme

© Youtube / Kto
Gérard Cholvy
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Avec son ami Yves-Marie Hilaire, l’historien qui vient de disparaître a initié des travaux qui montrent que le christianisme est resté central chez nous.

Il est des disparitions qui laissent le sentiment d’une présence, parce l’œuvre accomplie se poursuit. C’est ce qu’inspire le décès, le 23 juin 2017, de l’historien Gérard Cholvy, à l’âge de 85 ans. Il avait fait toute sa carrière à Montpellier où il avait été étudiant, mais ses travaux ont eu un retentissement national et même international. Il n’a pas en effet publié uniquement sur son Languedoc, mais a été un des principaux artisans d’un renouveau de l’histoire religieuse en un temps où la sécularisation était tenue dans les universités pour un fait acquis et irréversible et où donc chercheurs et enseignants tendaient à considérer les expressions de foi à l’époque contemporaine comme des phénomènes désormais sans plus d’intérêt que les ébats des dinosaures dans le bassin parisien  il y a des millions d’année.

Vitalité et fécondité du catholicisme aux XIXe-XXe siècles

Au contraire, avec ses propres livres sur des figures de sainteté dans sa région (André Soulas, le cardinal de Cabrières), pour toute la France (Frédéric Ozanam, le frère Exupérien) et même au-delà (Marie-Benoît de Bourg d’Iré), il a illustré la vitalité et la fécondité du catholicisme aux XIXe et XXe siècles. André Soulas (1808-1857) était aumônier d’hôpital et a fondé une crèche et un orphelinat. François de Cabrières (1830-1921), archevêque de Montpellier, fait ouvrir sa cathédrale et les églises du diocèse aux viticulteurs grévistes en 1907. Le rayonnement d’Ozanam (1813-1853), béatifié en 1997, doit beaucoup aux études que lui a consacrées Gérard Cholvy. Le frère Exupérien (1829-1905) fut à la fois un éducateur, un maître spirituel et un pionnier du syndicalisme. Le capucin Marie-Benoît de Bourg d’Iré (1895-1990) fut reconnu « juste parmi les nations » pour avoir sauvé nombre d’Israélites pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de devenir un des principaux artisans du rapprochement judéo-chrétien.

Mais c’est d’abord à travers des ouvrages collectifs, codirigés avec Yves-Marie Hilaire (1927-2014), son ami lillois formé aux côtés du futur cardinal Lustiger, que Gérard Cholvy a montré l’ampleur et la profondeur de la dynamique insufflée dans la société par la foi chrétienne. Ce sont les trois volumes de l’Histoire religieuse de la France contemporaine, 1930-1988, publiés entre 1985 et 1988 chez Privat à Toulouse, avec une réédition augmentée en 2002. Ils ont été prolongés et actualisés par Le Fait religieux aujourd’hui en France, 1974-2004, sorti en 2004 au Cerf, qui a aussi édité en 2009 et 2011 les deux tomes d’une Histoire des organisations et mouvements chrétiens de jeunesse en France (XIXe-XXe siècle), due au seul Gérard Cholvy et qui illustre bien l’investissement dans l’avenir que se sont toujours attachés à faire les croyants. Avec leur érudition scientifique, ces travaux d’historien complètent et corrigent l’image de l’Église imposée et véhiculée au jour le jour par les médias. Ceux-ci ne font guère écho qu’à des événements ponctuels (souvent des crises) ou des statistiques sèches. Mais l’info est impropre à refléter l’intensité des expériences spirituelles qui se déploient en imprégnant la vie sociale et la culture où elles laissent pour les chercheurs une quantité impressionnante de traces documentaires.

Quand l’histoire approfondit l’actualité

Il faut souligner que Gérard Cholvy n’a pas été un homme seul. Avec Yves-Marie Hilaire, il n’a pas constitué un binôme comme autrefois Mallet et Isaac, Lagarde et Michard ou Carpentier et Fialip pour des manuels scolaires. Car ils ont attiré, formé et encouragé de jeunes universitaires qui ont contribué à leurs grands ouvrages collectifs et qui aujourd’hui reprennent le flambeau. Cet effort de regroupement de compétences afin que la science historique prenne la relève de l’actualité pour approfondir la compréhension de l’époque s’est concrétisé en 1992 dans la création par Cholvy et Hilaire, avec l’aide du journaliste Jean-Yves Riou, du Carrefour d’histoire religieuse, qui organise depuis chaque année une université d’été dans un lieu différent. Enseignants du supérieur et du secondaire, thésards, chroniqueurs, clercs et laïcs y échangent sur leurs recherches et leurs interrogations. Les communications sont éditées ensuite dans des volumes d’actes, qui donnent un aperçu des travaux et publications que mènent pour leur part les plus éminents des participants – qu’il est impossible de nommer tous ici. Au-delà de la santé de ce que l’on pourrait appeler une école, cette activité témoigne de l’intensité et de l’impact, voire de la centralité trop méconnue du fait chrétien aujourd’hui.

Ce vivier a fourni nombre de collaborateurs à Jean-Yves Riou pour la revue Histoire du christianisme Magazine, qui a fait place en 2016 à Codex, avec une formule encore plus accessible et utilisable, pour mettre à la portée du grand public les résultats des meilleures études sur les dossiers non seulement les plus « chauds » mais encore les plus éclairants sur le passé et aussi le présent de la foi vécue et mise en œuvre.

Oui, Gérard Cholvy et inséparablement avec lui Yves-Marie Hilaire méritent bien une action de grâce avant même de les lire ou relire et de recevoir ce que nous offrent leurs successeurs et héritiers.

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