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Comment expliquer le succès de “The young pope” ?

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Des millions de téléspectateurs ont suivi avec passion la série. Et pas uniquement grâce au charisme de Jude Law. Décryptage.

La série réalisée par Paolo Sorrentino, a plus d’un secret : comme pour toute série réussie, il y a plus d’une raison à sa notoriété.

Alors que la deuxième saison est actuellement en cours de production, il est possible d’identifier dix facteurs qui ont contribué au succès retentissant de la série, diffusée pour la première fois le 21 octobre 2016 sur HBO. Les dix premiers épisodes diffusés décrivent ce que pourrait potentiellement devenir une Église dirigée par un pape américain refusant toute ouverture au monde moderne.

1. Le titre

“The young pope” (“le jeune pape”) est un titre étrange pour une série à succès, et pourtant, il participe au charme de la série : le personnage du pape, qui dans l’imaginaire collectif est associé à un homme âgé et pieux, est ici un homme jeune, amenant ainsi cette singulière contradiction : un pape peut-il vraiment être jeune ?

2. La vraisemblance

La série est crédible, et bien que Sorrentino introduise quelques touches saugrenues (comme ces kangourous qui sautent dans les jardins du Vatican), l’intrigue semble réaliste. Lenny Belardo, le pape de la série, ressemble bien à un pontife suprême. On peut y voir une certaine ressemblance avec Jean Paul II ou reconnaître certains traits singuliers du pape Benoît XVI, et même relever quelques similitudes avec le pape François. La série a des conseillers ecclésiastiques, et elle décrit fidèlement la conceptualisation, l’histoire, la liturgie…

3. La bande sonore

La musique est puissante et envoûtante, accrocheuse et tour à tour poétique, surréaliste ou contradictoire, à l’image de la série. La variété de la bande son va de chansons aussi décalée que “Sexy and I Know It” de LMFAO, à d’autres plus classiques comme “X” de Dean Blunt, “Watchtower” de Devlin, “Blues From an Airplane” de Jefferson Airplane, “I remember” par Saint Sauviour, et “Deleted Poems” par Venetians Snares.

4. Les acteurs

Le casting est au coeur de ce succès. Jude Law incarne le rôle du pape Pie XIII, personnage principal : un pape énigmatique, extrémiste, dur, impénétrable, dénué d’émotions et solitaire. Diane Keaton est Sœur Mary, sa secrétaire personnelle et sa confidente: une sorte de mère adoptive, à qui il accorde la plus grande autorité au sein de la hiérarchie.

Silvio Orlando joue le rôle du cardinal secrétaire d’État, et il incarne parfaitement l’image du collège des cardinaux et son fonctionnement très napolitain.

Javier Cámara est Bernardo Gutiérrez, le maître des cérémonies.

Ludivine Sagnier joue Esther, un personnage féminin curieux, épouse d’un garde suisse, et l’une des rares personnes qui comprennent immédiatement ce pape très original. Tous les personnages, très bien interprétés, participent à rendre l’intrigue crédible.

5. Le facteur émotionnel

La série n’est pas un documentaire ennuyeux et convenu sur le Vatican. Au contraire, la série débute par l’évocation du traumatisme causé par les privations d’enfance du futur pape, apportant l’émotion nécessaire à la série, sans jamais tomber dans la sensiblerie. Dans cette histoire, la raison et le cœur vont rythmer les différentes étapes du jeune pape.

6. La réalisation

La mise en scène de cette première saison a été spectaculaire. Certains images sont si fortes et emblématiques qu’il est difficile de les oublier. L’impression de chaleur, les éclairages, l’intégration de la bande sonore… Ce sont sans aucun doute l’un des secrets du succès de la série.

7. La force de la série

Parce qu’elle a été conçue à l’ère d’Internet, la série a bénéficié d’un succès viral qu’elle n’aurait pas connu si elle avait été destinée à la télévision traditionnelle. HBO, comme Netflix, a compris qu’Internet permet aux séries de bénéficier d’un réseau extrêmement dense de téléspectateurs, auquel n’ont pas accès les séries de l’ère de la télévision.

8. Les femmes

Le rôle des femmes dans la série est très intéressant : Diane Keaton, une femme forte et décisive dans la vie du pape dès son enfance, Esther et son intuition, en passant par Sophie, responsable des relations publiques déterminée ou encore la légende de la bienheureuse Juana. Elles incarnent des modèles de femmes très différents et offrent une autre perspective à l’institution ecclésiastique.

9. Son impact chez les jeunes

Cette série a eu un fort impact chez les jeunes adultes, et pas uniquement auprès des croyants. Ils ont été séduits par la qualité de la réalisation, la puissance émotionnelle de l’histoire portée par des acteurs de premier plan ainsi que la vraisemblance des faits.

10. Une Église à visage humain

Le principal message véhiculé tout au long de la série souligne les différentes façons possibles de diriger l’Église. Les conversations du pape avec des interlocuteurs divers, ses discours, les conseils qu’il donne et reçoit, les critiques qui lui sont adressées… La série est le point de départ d’un débat sur l’institution ecclésiastique qui, à l’ère du pape François, est d’une grande actualité : l’Église devrait-elle fermer ou ouvrir ses portes ? Qu’est-ce que la bonté ? Quelle est le sens de l’évangélisation ?

Bien sûr, de nombreux chrétiens ont été heurtés par le personnage de ce jeune pape dans la série. Tous, cependant, sont confrontés à cette question : pourquoi “The Young Pope” a-t-il suscité un tel intérêt, en particulier chez les jeunes ?

Quatre phrases mémorables de “The Young Pope”

“Nous avons oublié les femmes et les enfants, qui changeront ce monde avec leur amour et leur gentillesse.”

“La bonté, à moins d’être combinée à l’imagination, risque de n’être qu’un simple exhibitionnisme.”

“Vous dormez, Saint-Père ? — Non votre éminence, je prie. Pour vous.”

“La liberté et la peur vont toujours de pair, comme un vieux couple marié, chacun prêt à mourir pour l’autre.”

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