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Women Wage Peace : quand les femmes s’engagent pour la paix

Marie-Lyne Smadja devant l'enseigne du mouvement Women Wage for Peace en arabe et hebreu.
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Jordana Dray, avocate au barreau de Paris, a rencontré pour Aleteia Marie-Lyne Smadja du mouvement de femmes israéliennes Women Wage Peace qui s'engage pour la paix.

S’il est des rencontres qui nous marquent, ma rencontre avec Avital Brown et Marie-Lyne Smadja de Women Wage Peace sont de celles-là. En cette période difficile où de nombreux conflits de par le monde ne cessent de faire des victimes toujours plus nombreuses, Women Wage Peace («Les Femmes Font la Paix» — WWP) apporte une lueur d’espoir dans cette obscurité qui semble nous gagner…

WWP est un mouvement de femmes mais pas exclusivement, qui démontre que la communication et le dialogue permettent d’avancer vers un but commun, celui de pouvoir vivre en paix, ce qui traduit finalement la volonté d’une majorité silencieuse prise en otage par les extrémistes de tous bords.

Le slogan de WWP est simple : « Nous choisissons la vie — Nous exigeons un accord politique !”.

Ce mouvement regroupe des femmes israéliennes, chrétiennes, juives et musulmanes, religieuses ou athées, et de tout bord politique (droite, centre et gauche), qui n’ont qu’un but : forcer les dirigeants à se rassoir à la table de négociations pour parler et arriver à une solution afin d’arrêter ce cercle incessant de violence.

Lors de mon entretien avec le docteur Marie-Lyne Smadja, mère de deux enfants, professeure et chercheuse en éducation dans le domaine cognitif social de l’enfant, et co-fondatrice de WWP, j’ai pu en apprendre un peu plus sur ce mouvement d’une force incroyable.

Aleteia : Comment a mûri l’idée de Woman Wage Peace ?
Docteur Marie-Lyne Smadja : À la fin de l’été 2014, après le meurtre des trois adolescents juifs et le meurtre d’un adolescent arabe, dans un contexte de peur et de haine, après  la guerre « Bordure protectrice» en Israël et à Gaza, il n’était plus possible de se taire.

Nous avons décidé de créer un mouvement de femmes déterminées à œuvrer pour faire redémarrer le processus de paix actuellement dans l’impasse.

Deux avocates, Me Irit Tamir et Me Michal Barak ont pensé qu’une des clés non mises en place pour faire avancer la paix était l’implication des femmes conformément à la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’Onu (au paragraphe 16) :

“Invite le Secrétaire général à étudier les effets des conflits armés sur les femmes et les petites filles, le rôle des femmes dans la consolidation de la paix et la composante femmes des processus de paix et de règlement des différends, et l’invite également à lui présenter un rapport sur les résultats de cette étude et à le communiquer à tous les États Membres de l’Organisation des Nations Unies”

Des études ont démontré que l’implication des femmes accroît significativement les chances d’obtenir un accord, et ceux-ci sont maintenus plus longtemps quand les femmes sont impliquées comme nous l’a démontré l’Irlande du Nord, le Libéria,  la Croatie, et d’autres pays à travers le monde.

La coopération entre femmes palestiniennes et israéliennes œuvrant pour la paix accroit les chances de trouver une solution viable au conflit.

Nous sommes un mouvement citoyen, composé aujourd’hui de 38 000 membres (dont 15% sont des hommes) voulant exercer une influence sur la scène publique et politique pour remettre le projet de paix à l’ordre du jour dans le débat publique et au cœur de l’action politique. Ce mouvement n’appartient à aucun parti politique.

Nous œuvrons pour une solution non-violente, respectable et acceptable pour les deux parties : Israéliens et Palestiniens.

Il est important que les hommes s’impliquent dans ce mouvement mais cela doit être un combat de femme. Nous devons mener ce combat pour toute la population.

Quels sont les enseignements que vous avez pu tirer de cette expérience jusqu’ici ?
Tout d’abord l’application de la résolution 1325 de l’Onu est capitale dans notre combat : les femmes de notre mouvement ont créé un lobby au sein du parlement israélien : « Les femmes pour la paix et la sécurité ». Tout types de femmes en font partie. On avance dans une même direction. Nous avons exigé de rencontrer le Premier ministre Benyamin Netanyahu, nous étions présentes à l’examen du rapport du contrôleur d’État sur l’opération “Bordure protectrice” afin d’impliquer les femmes sur ces questions.

Ensuite, il est capital de « faire ». On est un mouvement de terrain. Depuis septembre 2014 nous n’avons pas quitté le terrain. Dans tout Israël, nous multiplions les actions, habillées  en blanc avec un bracelet turquoise, symbole d’union entre le bleu israélien et le vert palestinien. Nous sommes un mouvement pour les populations, pour montrer la solidarité féminine. La paix, ça avance avec une conscience des besoins les plus simples et fondamentaux.

Enfin, la paix est une vision sur le long terme. Nous ne prétendons pas avoir la solution. Mais, nous savons que pour arriver à une solution il faut parler et s’assoir à une même table. Ce que j’ai pu observer c’est qu’un des plus gros problèmes est le manque de confiance. Il faut absolument montrer que l’on a un partenaire de chaque côté.

Il faut changer les consciences par la prise de responsabilité, l’absence de victimisation et admettre qu’un conflit fait souffrir les gens des deux côtés. Il faut promouvoir la solidarité.

Quelle votre plus belle victoire ?
La Marche de l’espoir en octobre dernier où on a parcouru 205 kilomètres en quinze jours à travers tout le pays et plus de 20 000 femmes nous ont rejointes !

Ce qui a été très important pour moi c’est que 30% des femmes qui ont constitué cette marche étaient des arabes israéliennes et que plus de mille femmes palestiniennes de Ramallah, Djénine, Bethlehem, Naplouse ou encore Hébron étaient également présentes autour d’une idée commune, obtenir une accord politique pour stopper ce cercle de violences, sans être politisées, sans avoir une étiquette particulière, pouvoir échanger sur les moyens d’y arriver tout en étant d’opinions politiques et d’idées très différentes, ce qui n’est pas toujours facile !

Cette marche a pris une telle ampleur qu’elle a eu des échos partout dans le monde et que d’autres marche sont organisées à Cordoue le mois dernier, ce mois-ci à Berlin et peut-être bientôt à Paris.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux générations actuelles et futures ?
Soutenez nous ! Il faut montrer l’espoir et la solidarité et montrer que ce mouvement existe pour multiplier ces actes de solidarité.

Il faut renforcer ce mouvement pour arriver à mettre un terme au conflit au Proche-Orient.

Propos recueillis par Jordana Dray. 

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