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Quand le pire ennemi d’une femme est une autre femme…

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Quelle femme, au cours de sa vie, n’a jamais été la cible de critiques de la part d’autres femmes ? Et laquelle n’a jamais pris part à une conversation à charge, contre une autre femme, accusée d’être au cœur d’une rumeur ou ridiculisée pour son physique ? Le harcèlement moral des femmes envers d’autres femmes a un nom : le "wollying", somme de deux concepts : woman + bullying...

S’il y a bien quelque-chose qui caractérise la gent féminine, c’est l’intuition. Et celle-ci se confirme la plupart du temps lorsqu’une femme se sent victime d’un traitement vexatoire de la part de certaines de ses congénères. Quelle que soit la gravité de cette agression, celle-ci a des répercussions négatives aussi bien sur la personne qui la reçoit que sur l’initiatrice.

C’est à l’adolescence que ce harcèlement est davantage enclin à agir de manière négative. Selon une étude réalisée par Tracy Vaillancourt de l’université d’Ottawa (Canada), les adolescentes, en plein dans la rivalité et les critiques propres à leur âge, peuvent s’exposer à un scénario de harcèlement et de maltraitance psychologique pouvant avoir des répercutions à long terme sur leur confiance en elles.

Pour mieux comprendre ce phénomène de “wollying”, nous avons questionné le psychologue Pedro Martínez, directeur thérapeutique du centre de désintoxication aux addictions, Neurosalus, à Madrid :

Comment éviter de critiquer une autre femme lorsque nous faisons face à une conversation dénigrante ?

Pedro Martínez : En défendant et faisant connaître nos propres opinions et valeurs. Ce sont les comportements qui peuvent être critiqués, pas les personnes, et encore moins de manière insultante. Si nous rencontrons ce type de situation de dénigrement d’autrui, à nous de fixer des limites en étant bien conscients de la ligne rouge à ne pas franchir lorsqu’il s’agit de nos opinions et jugements envers les autres.

Dans notre société, nous participons tous à discréditer ceux qui nous entourent, sans réaliser que souvent nous interférons dans leur vie avec une impunité et une complicité surprenante. La dévalorisation et la critique des autres sont mieux perçues que la défense de leurs droits. Il ne suffit pas de se protéger en se disant que la société est ainsi faite et que chacun doit se préoccuper de lui-même. Si nous ne tenons pas compte du fait que notre bien-être individuel dépend du bien-être commun, nous deviendrons tôt ou tard les victimes de ce système. Faisons également preuve de courage en dénonçant et en refusant le harcèlement moral.

Que faire lorsque l’on est victime de ce type de comportement ?

Pedro Martínez : Avant tout, et sans attendre, demander de l’aide : l’isolement empêche d’aborder et de résoudre une situation qui requiert le soutient et la complicité de tous.

Si le harcèlement n’en est qu’à sa phase initiale, je conseille de ne pas hésiter à mobiliser immédiatement l’entourage. La réaction première face à un comportement de violence psychologique est souvent celle de l’auto-punition : la victime justifie ce mauvais traitement en se faisant des reproches à elle-même et en fuyant les autres.

Si elle ne réagit pas dès le début en parlant de cette situation avec des proches, la femme harcelée s’isolera et pourra ressentir des sentiments négatifs comme l’insécurité et la vulnérabilité dont elle aura du mal se détacher dans le temps.

Si le harcèlement dure depuis déjà un certain temps, la femme devra faire preuve de courage et de détermination. De courage pour communiquer aux autres son degré de souffrance psychologique ; de détermination afin de lutter contre ce type de situations, de démontrer à ses “harceleuses” qu’elle ne les craint pas, en croyant en elle et en s’affirmant face aux personnes qui la malmènent. N’oublions pas que les harceleuses se nourrissent du sentiment d’insécurité et du manque de confiance en elles de leurs victimes.

Quels effets le “wollying” peut-il avoir sur les femmes qui en souffrent ?

Pedro Martínez : Ce type de comportement relève de la maltraitance psychologique, du harcèlement… On peut alors s’attendre à ce que la victime développe tous les symptômes associés : déséquilibre émotionnel, faible estime personnelle, mauvaise image d’elle-même, mais aussi sentiment d’insécurité, de vulnérabilité, de peur, de rejet, de solitude, d’incompréhension, etc.

Sur le long terme, cette expérience cause un état d’alerte permanent caractéristique d’épisodes de stress post-traumatique augmentant le risque de phobies spécifiques, d’anxiété générale, y compris de troubles alimentaires et de la personnalité.

Et sur la femme qui critique ou harcèle une autre ?

Pedro Martínez : De l’autre côté, la harceleuse se conduit ainsi pour se protéger elle-même de cette blessure dont elle est l’auteur : la critique, le discrédit, le rejet… Cela engendre alors un comportement obsessionnel pour contrôler cette supériorité sur les autres : soin de l’image, intérêt démesuré de plaire aussi bien aux hommes qu’aux femmes, être la mère et l’épouse parfaite ou encore paraître la meilleure sur le plan professionnel…

S’exposer continuellement à de telles exigences peut donner lieu à des symptômes psychopathologiques ayant comme dénominateur commun le stress, l’anxiété et l’obsession pour certains aspects de l’image et de la rivalité sociale.

Comment la prière peut-elle nous aider ?

Pedro Martínez : Nous savons en tant que psychologues que, pour les croyants, la prière peut marcher comme une sorte “d’exercice de renforcement mental” et agir positivement sur le contrôle de l’anxiété et de la dépression, sur le développement de l’empathie mais aussi sur l’amélioration du fonctionnement cognitif et intellectuel. La prière aide également à atténuer les effets du stress.

Dans les situations de harcèlement évoquées ici, en plus de chercher un soutien auprès de l’entourage et de spécialistes, il peut être très utile de se tourner vers la prière, ce moment de paix intérieure si important qui permet de se sentir plus fort et confiant pour affronter de tels épisodes.

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