Aleteia

“Ordonner des hommes mariés ? Et pourquoi pas.”

Père Pierre Humblot © L'Œuvre d'Orient
Père Pierre Humblot
Share
Comment

Le père Pierre Humblot a vécu parmi les chrétiens d'Orient. Il nous partage les conclusions tirées de son expérience.

Le Pape François, dans une interview donnée à l’hebdomadaire allemand Die Zeit, n’a pas écarté la possibilité, pour l’Église latine, d’ouvrir le sacerdoce à des hommes mariés. Ouvert à la discussion sur le sujet, le Saint-Père entend moins remettre en cause le célibat sacerdotal que répondre à la pénurie des vocations dans certaines régions. Bien qu’ils demeurent marginaux, les prêtres mariés existent déjà, dans toutes les Églises catholiques. Ils sont une réalité profondément ancrée dans l’histoire des Églises orientales. Et l’Église latine elle-même a récemment ordonné des pasteurs anglicans mariés. Le père Humblot, prêtre en Iran pendant 45 ans, en a côtoyé beaucoup, y compris en France, à son retour de Perse : “Je connais le cas d’un prêtre maronite marié qui, après s’être installé en France, a mis un an et demi à obtenir l’autorisation de célébrer la messe”.

Ordonner les “viri probati”

Précisons qu’il n’est pas question dans le débat ecclésial actuel de “marier les prêtres”, mais plutôt d’ordonner des hommes mariés. Des “viri probati”, c’est-à-dire des hommes d’âge mûr, accomplis. Dans les Églises où cette pratique est permise, on n’ordonne pas de jeunes mariés et l’évêque demande le consentement de l’épouse, voire des enfants s’ils ont atteint leur majorité. Ils deviennent prêtre à part entière, même s’ils doivent composer avec leurs deux vocations, et n’ont pas autant de temps à consacrer à la paroisse que ceux que l’on appelle les “prêtres-moines”, c’est à dire les prêtres célibataires.


Lire aussi : Marié, père de famille, chroniqueur pour Aleteia… et prêtre depuis peu !


Un service spécifique, exigeant

Le père Humblot, lui-même “prêtre-moine”, se montre lucide sur la situation de ces prêtres mariés qu’il a côtoyés en Orient : “Malheureusement, ils sont souvent considérés comme des prêtres de seconde catégorie, alors qu’ils rendent des services inestimables !” Il recommande à ceux qui choisissent cette voie de garder une activité professionnelle, de façon à ce que leur famille ne soit pas dépendante de la paroisse. Sur deux fronts, leur situation a toutefois des vertus en termes d’évangélisation. Ils pallient surtout le manque de prêtres dans les régions les plus reculées. C’est pourquoi le père Humblot s’insurge quand il entend que le “problème n’est pas le mariage des prêtres mais l’élan missionnaire”. C’est oublier, à ses yeux, que les chrétiens ont besoin de l’Eucharistie, et que l’absence de prêtres, dans les régions reculées, les en prive.

“N’oubliez pas l’Eucharistie !”

Hors des frontières de France, il y a de nombreuses régions où le manque de prêtre, le manque de moyen de transport, privent les fidèles de messe dominicale. C’est l’une des raisons du succès des Églises évangéliques en Amérique latine ou en Afrique. Or les Églises orientales abordent la question de la présence des prêtres très sérieusement. Pour illustrer son propos, le père Humblot prend l’exemple des funérailles d’un prêtre auxquelles il a assisté dans un village de la montagne libanaise. L’évêque, orthodoxe, qui célébrait la cérémonie interrompit la liturgie et proclama : “Je terminerai notre prière quand vous aurez choisi un nouveau curé pour votre paroisse”. Après un flottement dans l’assistance, les villageois discutent, puis tombent d’accord sur deux noms. L’évêque interroge les deux hommes : “Êtes-vous d’accord ? Votre épouse est-elle consentante ?” Les candidats répondent par l’affirmative et l’évêque conclut : “C’est bien, je choisirai. Donc concluons notre liturgie”.

Une formation et une reconnaissance spécifique

“Il faudra inventer une formation spécifique pour les prêtres mariés, qui n’ont pas exactement les mêmes défis que les prêtres célibataires.” Le père Humblot a côtoyé tout au long de sa vie des hommes à l’engagement prodigieux et il accompagne encore de nombreux musulmans convertis au christianisme. Constatant chez beaucoup une foi ardente, une passion pour la théologie chrétienne et le désir manifeste de prendre une part active dans leur communauté, il sait qu’ils deviendront “des laïcs engagés dans l’accompagnement des catéchumènes, ou des diacres.” Et des prêtres mariés ? “Oui, pourquoi pas.”


Lire aussi : Le récit du père Humblot sur le phénomène insoupçonné des nombreuses conversions au christianisme en pays musulmans


 

Newsletter
Get Aleteia delivered to your inbox. Subscribe here.
[See Comment Policy]