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Belgique : Laura, 24 ans, en pleine santé, sera euthanasiée cet été

Lawrence Murray-cc
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Elle ne supporte plus sa vie, l’État trouve normal de l’aider... à mourir plutôt que de l'accompagner. Vers une banalisation de la mort ?

Laura a 24 ans. Elle a l’air en très bonne santé physique, pourtant elle est candidate à l’euthanasie. Pour quelle raison ? Parce qu’elle accumule dépression sur dépression et s’imagine que "vivre, ce n’est pas [son] truc". Aussi incroyable que cela puisse paraître, la législation belge l’y autorise, précisant que pour y avoir recours la personne doit présenter "des souffrances physiques ou psychiques  inapaisables et insupportables". Donc ni "distorsion" ni "dérive" apparente : la loi belge l’autorise bien… Pas besoin d’être en fin de vie pour demander à être euthanasié !

Une jeune fille "mal dans sa peau"

Le quotidien belge De Morgen a rencontré Laura pour en savoir plus sur ses motivations profondes. La jeune femme lui rapporte les détails d’une enfance difficile pendant lesquelles elle connaîtra l’automutilation, l’incompréhension et les souffrances. Ses comportements autodestructeurs seront négligés par ses proches et ses professeurs à l’école, et ne feront qu’augmenter, se transformant peu à peu en comportements suicidaires. Elle a l’impression d’abriter un monstre qui cherche à s’échapper de son corps. L’agressivité, la colère, la douleur ne sont pas soignées par les psychiatres.

Et puis, c’est l’entrée à l’asile psychiatrique où elle rencontre Sarah qui organise précisément sa propre euthanasie. Laura "est séduite" et décide de réclamer elle aussi une piqûre mortelle. La demande a été faite en 2014, à partir de sa conviction à elle que son enfance n’est pas la cause de ses souffrances, mais "un monstre" qu’elle porte en elle, et "qui cherche à s’échapper de son corps". Trois médecins ont décidé qu’elle souffre de manière insupportable et qu’elle doit pouvoir mourir. L’échéance est cet été.

L’euthanasie entre dans les mœurs

Carine Brochier de l'Institut européen de bioéthique (IEB) à Bruxelles, dénonce "la perméabilité" de la loi belge qui ouvre la porte à toutes les interprétations possibles : "Qui peut juger des caractères inapaisables ou insupportables de la souffrance, si ce n’est la personne en question ?", s’interroge-t-elle sur Atlantico. Cette notion est "subjective". Or, l’euthanasie pour des cas psychiques est de plus en plus acceptée en Belgique. 

À cela, Carine Brochier avait déjà réagi en octobre 2014, dans une autre affaire – un homme de 50 ans, détenu en prison depuis près de 30 ans, avait  demandé et obtenu d’être euthanasié dans un hôpital belge, faute d’accéder à des soins psychiatriques – expliquant et commentant "la dépression, le manque de sens à la vie, la solitude poussent des gens à demander à mourir (…). C’est avant tout un immense échec de la psychiatrie belge. C’est une peine de mort inversée" (Alliance Vita). Elle le redit pour Laura : "L’euthanasie est aujourd’hui entrée dans les mœurs en Belgique : on en vient à trouver normal d’aider une personne à se suicider au lieu de l’accompagner, ce qui est une défaite de la psychiatrie belge".

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